Posted by Alexandra Giroux

Concours de l’Excellence Universitaire : Quelle Europe en 2030 ?

Dans la mythologie grecque, Europe, fille d’Agénor et de Téléphassa, est une jeune fille de grande beauté. La beauté de l’Europe politique est une construction dans le temps. Qu’en sera-t-il en 2030 ? Née le 7 février 1992, lors de la signature du traité sur l’Union européenne à Maastricht par les douze États membres de la CEE, l’Europe ne cesse d’évoluer et de se transformer. Etape par étape, le traité de Maastricht (1992), le traité d’Amsterdam (1997) ou encore le traité de Nice (2000) sont des étapes majeures de sa transformation. Dans les vingt prochaines années, cette structure supranationale hybride empreinte à la fois de fédéralisme et d’intergouvernementalisme va évoluer. Elle sera nécessairement différente de la CEE de 1948. Cette union intergouvernementale et supranationale est actuellement composée de 27 États. L’Europe, en tant que Sui Generis, est une construction sans précèdent dans l’histoire. Son succès peut être noté du point de vue économique et monétaire : l’euro a résisté à la crise et évité de vivre une catastrophique dévaluation ou une crise de l’emploi pire que celles que nous connaissons actuellement. Les conséquences de l’européanisation ont un impact sur l’identité européenne, l’économie, l’action, la théorie, l’unité et la multitude. L’Europe a réussi à mener à bien un projet mêlant diversité et unité : le point de l’identité européenne n’est qu’une question de temps. Les défis de demain sont nombreux : l’identité nationale ne doit pas être remise en cause par l’Europe, le projet identitaire doit avoir une légitimité, les européens doivent se sentir plus liés et l’Europe doit avoir un unique plan plutôt que des opinions nationales divergentes.

Certes, l’Europe fait actuellement face à certaines situations difficiles telles que des problèmes économiques relatifs à la trop faible croissance ou au chômage, une commission qui est actuellement plus dévouée à la dérégulation qu’à la construction d’une Europe sociale, une présidence en Grande Bretagne qui ne suit pas l’ambition européenne ou encore l’impasse du traité constitutionnel. Mais l’Europe, c’est aussi une vision, un projet de société, des valeurs humanistes, c’est tirer profit de la diversité plutôt que de ne la voir comme un frein. Si l’on s’intéresse à la personnalité juridique, actuellement, il s’agit d’une organisation qui combine le niveau supranational et le niveau intergouvernemental, sur un champ géographique restreint mais avec un rôle politique propre et un pouvoir de contrainte sur ses membres plus importants. L’Européanisation est synonyme d’intensification du processus démocratique au delà des frontières des états. La politique domestique ne peut plus être séparée des exigences internationales dans un monde d’interdépendance. Il est possible que d’ici vingt ans, l’Europe atteigne un stade où le nombre de transfert de compétences rendra la souveraineté nationale moins pertinente. Une des questions majeures dans un futur proche touchera les questions de démocratisation, d’identité et d’intégration européenne.

Les enjeux de l’Europe de demain s’exprimeront à travers l’Union Européenne. L’Europe tend vers une configuration socio-politique d’un nouveau genre où les élites nationales et les gouvernements des états, et les bureaucrates renoncent à une partie de leur pouvoir au profit d’une entité plus puissante. Être citoyen n’est plus nécessairement lié à un état : on peut se sentir également citoyen européen. plus particulièrement, la mondialisation permet de se confronter au regard de l’autre et d’être perçus sur un autre continent comme une personne dite “européenne”. Cela montre l’unité vers laquelle nous tendons. Alors que la notion de citoyenneté est en train d’évoluer, la question des droits des minorités doit être posées, en l’occurence l’appartenence nationale. L’exemple de l’ex-Yougoslavie et de la Russie montrent à quel point il pourrait être dangereux de gommer les identités nationales au profit d’une identité européenne. La question de l’élargissement de l’Europe à la Turquie est un leitmotiv sur la scène publique. Il n’est pas nécessairement envisageable que cette hypothèse devienne réalité. D’une part, le gouvernement turc le souhaite mais pas tous les citoyens. D’autre part, beaucoup d’Européens ne souhaitent pas accueillir un pays grand, avec une forte démographie et une économie bien solide. Dans les prochaines années, l’Europe devra régler ce type de questions. Le socle commun, la clé de voûte doit donc être construite avec raison. Cette Europe n’est pas nécessairement construite par un patchwork de différentes nationalités, à l’inverse ce sont les gens qui construisent mutuellement cette métareflexivité en rapport aux autres et au monde. L’européanisation passe par plusieurs étapes. Le polyglotisme européen est parfois vu comme un problème car de nombreux interprètes et traducteurs sont sollicités au sein des organes politiques de l’Union. Au contraire, il faut voir cette diversité comme une atout, considérant qu’une autre langue, c’est aussi une manière différente d’envisager un problème, du fait même de la structure mentale impliquée. Utiliser uniquement l’anglais au parlement par exemple pourrait avoir comme conséquence de créer un ghetto linguistique où juste une élite pourrait participer aux débats, rappelant l’élitisme du latinisme par le passé. De plus, l’anglais qui est une langue de référence actuellement ne le sera peut-être plus dans les prochaines années, considérant l’émergence de nouvelles puissances. Le problème reste malgré tout que certaines langues telles que le catalan, même s’il s’agit de la dixième langue la plus parlée en Europe n’est pas reconnue officiellement dans les institutions européennes. Pourtant l’hypothèse Sapir Whorf montre que nous avons tout à gagner au multilinguisme puisque le langage reflète une compréhension particulière et unique culturellement, du monde.

La question de l’Europe des vingt prochaines années soulève le cas de la protection, au sens large. l’Europe garantit l’identité de chacun, culture langues doivent être protégés et mis en valeur. L’identité de l’Europe est construite de l’intérieur mais également par les influences extérieures. Le multiculturalisme est une force pour peu que l’on s’attache à unir et unifier tout en préservant les différentes identités. Chacun se doit avoir vis à vis de l’Europe une exigence sociale, civique et écologique. ces dernières doivent être défendues. Des pays qui s’influencent les un les autres : prendre exemple des pays nordiques sur leur politique équité parité genre et travail. L’Union Européenne doit travailler pour devenir plus légitime. Une identité européenne devra être créer afin d’avoir toujours la possibilité de jouer le rôle d’acteur au plan international. Le processus accéléré d’intégration a rendu difficile le travail sur l’identité, d’autant plus que chaque pays tiens à conserver la sienne. Mais identités peuvent être combinées, comme le théorise Habermas ou même le marketing avec le concept d’identité parapluie.

Concernant le pouvoir économique, la concurrence doit devenir équitable au sein de l’Europe et les pays doivent être aidés pour atteindre ces standards. L’Europe doit promouvoir la coopération plutôt que la compétition au sein des pays membres. l’harmonisation plutôt que le dumping. Un impôt unique sur les transactions boursières en Europe pour financer des projets européens tels que l’éducation et la recherche. Un SMIC européen pourrait également être crée. L’Union européenne a fonctionné pour l’Europe mais peut être qu’il n’en serait pas de même ailleurs dans le monde. L’Europe est un modèle mais il faut garder que tout comme certains pays ont été des échecs, certaines organisations peuvent m’être aussi. Espace et temps doivent être pris en considération. Les choses ont changé et si l’Europe devait être recréée aujourd’huin elle serait sûrement différente. Néanmoins, les organisations internationales de ce type semblent être une réponse à la mondialisation et permettent aux plus petits pays de gérer une plus grande compétition des grands pays, via les alliances. La monnaie unique, tout en préservant les identités nationales a permis une nouvelle naissance de l’Europe. L’adoption de l’Euro a été une étape majeure. Ce modèle économique a inspiré d’autres organisations internationales telles qu’ECOWAS en Afrique et dans les prochaines années, d’autres pays adopteront probablement également une monnaie commune. Bien qu’elle soit plus organisée et plus réglée que d’autres endroits du monde; maintenant il faut travailler à une union monétaire plus commune, plus intégrée. L’Union Européenne peut être à l’initiative d’une nouvelle régulation mondiale comme cela a été montré au G20. Le tourisme en Europe et plus particulièrement le tourisme culturel nécessitera dans le futur une grande attention. Il s’agit d’un agent majeur en matière de changement social et économique. De nombreux touristes sont attirés par la richesse historique et culturelle de l’Europe. Mais l’Union devra légiférer dans le futur pour contrôler les dérives du narcotourisme ou du tourisme médical, générateurs d’anxiété.

L’Europe de demain devra être une Europe plus active, plus protectrice, avec un véritable pouvoir économique. Il est nécessaire de se pencher activement sur la question du vote et de la représentation des citoyens européennes au Parlement. Les élections européennes sont extrêmement importantes puisque beaucoup de lois que les Etats implémentent ont comme source l’Europe. Il faut donc réhabiliter ses élections et faire que politiques médias et citoyens se sentent impliqués et concernés dans la campagne. Les élections européennes ne se jouent pas sur une opposition gauche droite ou sur des débats nationaux; au contraire elles ont une portée globale. L’échec de la ratification du traité constitutionnel doit être vu comme un épisode révélant la nécessaire réforme des institutions européennes. Il faudrait une réforme des institutions où un vote à la majorité suffit. La Convention a d’ailleurs proposé dans son projet de redéfinir ainsi la majorité qualifiée de cette manière : “la majorité qualifiée requise est constituée des deux tiers des États membres, représentant au moins les trois cinquièmes de la population de l’Union” (art. 24-2). Des institutions réformées permettraient d’éviter des moments embarrassants telles que le revirement de situation avec la convention sur l’avenir de l’Europe, quand Le Conseil européen, le 23 juin 2007 à Lisbonne, a mandaté une conférence inter-gouvernementale afin d’adopter avant 2009 le traité de Lisbonne. L’avantage des négociations intergouvernementales est la relative rapidité par rapport au vote avec ratification qui ralentit le processus. L’Europe n’est pas celle des bureaucrates de Bruxelles, elle doit être celle de tout un chacun. Il est nécessaire de construire une identité européennes si l’on souhaite renforcer le pouvoir politique de l’Union. Les citoyens doivent avoir la possibilité d’être informés sur les actions qui vont être entreprises et dans un second temps la manière dont elles ont été menées. Ils doivent être en mesure d’être représentés au parlement. Les délibérations doivent être rendues publiques, comme cela se fait pour l’assemblée nationale en France. Bien évidemment, le rôle de l’éducation est fondamental et des projets pédagogiques devront accompagner chaque le projet politique.

Des experts et observateurs peuvent avoir un rôle crucial dans le processus décisionnel. Il est également souhaitable que les organisations non gouvernementales et les organisations internationales telles que l’Europe travaillent mains dans la main pour solutionner les questions de santé, d’énergie où d’aide alimentaire dans le reste du monde. La question des immigrés politiques, économiques ou même climatiques devrait par exemple être adressée de manière Européenne. La questions de la sécurité et du respect des droits de L’Homme devrait être adressée par l’Europe travaillant avec, et non pas contre, des organisations telles que l’OTAN. Chacun a sa force. Par exemple là où l’OTAN est efficace sur le point militaire, l’Europe est efficace sur le plan de l’administration. Il faudra travailler à l’avenir à une sécurité européenne forte, similaire au conseil de sécurité des nations unies. L’ordre mondial de demain n’est ni à chercher du côté de l’anarchie internationales, ni de l’hégémonie mondiale, ni de l’état monde mais plutôt la gouvernance mondiale. Ainsi, l’Europe a et aura dans le futur un rôle important dans l’arène internationale. La vision institutionaliste des relations internationales et une école qui aide à comprendre quels liens entretiennent les institutions : elle est relativement pertinente pour analyser la probable situations mondiale, plutôt que réaliste ou idéaliste. Les pays ont tout intérêt à coopérer ensemble, au sein de l’Europe, afin de servir leurs intérêts. Travailler ensemble provoque une synergie, une valeur ajoutée utile pour gérer des problèmes globaux.

Avec la mondialisation, il est et il sera de plus en plus facile de voyager, et à bas prix, harmonisant temps et distance. La notion “d’étranger”, de “barbare”, risque de devenir floue, révélant du passage du salad mix au melting pot. Des programmes tels qu’Erasmus ou Socrates participent à l’échange d’idées en impliquant directement les jeunes. L’Europe devra par exemple dans le futur jouer un plus grand rôle vis à vis de la question du genre. Légiférer avec harmonie sur la pilule, l’avortement, le mariage homosexuel ou même la pornographie sont des points importants. La question de la prostitution devra aussi être harmonisée : aux Pays-Bas par exemple, les gérants des maisons closes sont tenus garants de la santé de leurs employées. Le modèle reproductif hétérosexuel normé qui est actuellement un idéal ne le sera plus dans un futur proche. Couples monoparentaux, homosexuels ou d’autres formes de familles sont en train d’apparaître. La société devra en tenir compte et un mariage homosexuel aux Pays-Bas devrait être reconnu en France, en tout cas il s’agit d’un des challenges des prochaines années. Le sport symbolise l’Europe en mouvement. Différents groupes luttent à ce propos pour leur propre intérêt, généralement économique. Le football, alliant compétition et coopération est une métaphore intéressant du chemin qu’est en train d’emprunter l’Europe. On peut se demander si le concept d’une unique équipe de football européenne serait possible. La télévision transnationale européenne, régulant la diffusion permet à tous les européens de visionner les grands événements sportifs. Mais ces régularisations peuvent aller plus loin. Par exemple, un système de quotas de programme européen à diffuser permettrait de préserver la culture européenne et d’éviter la dallassification de la culture.

Perpétuer la nation ou réinventer le vivre ensemble sont les questions que l’Europe devra se poser dans les vingt prochaines années. La construction d’une identité européenne sera un des défis majeurs de demain afin de créer un socle commun, tout en préservant les identités nationales. Politique économique et politique d’intégration doivent aller de paire. La culture doit servir de liant entre les différentes nations qui parfois divergent dans leur vision de l’Europe. Actuellement l’Union Européenne est vue comme une menace pour le Royaume-Uni, une nécessité pour l’Allemagne et une chance pour l’Espagne. Malgré ces différentes positions, les pays ont tout à gagner à construire ensemble l’Europe de demain pour que résonne mélodieusement l’ode à la joie dans les oreilles de nos enfants. L’Europe plus qu’un symbole doit devenir une réalité.

Posted by Alexandra Giroux

Ruwen Ogien contre le moralisme personnel

La pornographie définit toute production – écrit, dessin, peinture, photographie, film, spectacle – qui vise à provoquer l’excitation sexuelle. Souvent, elle est considérée comme blessante ou dégradante pour la dignité de la personne, en raison de la présence explicite ou implicite d’éléments de contrainte, de violence physique ou psychologique, de mépris ou de déséquilibre de pouvoir. Dans de nombreux pays, sa diffusion est soumise à la loi, par un âge minimum requis ainsi que des espaces et des moments bien définis. Ainsi, la pornographie entretient des liens étroits avec la question de la morale. Dans son ouvrage, Penser la pornographie, Ruwen Ogien s’intéresse au rapport entre ces deux notions. A travers son étude, il définit le concept d’ éthique minimale. Comment envisager la pornographie autrement qu’à travers tous les clichés et les aprioris que nous en avons ? A la lecture de ce texte, quelques éléments de compréhension sont apportés au lecteur. Quelle est la justification de la stigmatisation de la pornographie par la société ? Dans cette guerre métaphysique et morale, comment Ogien nous exhorte-t-il à aller contre le moralisme personnel ?

Alors que l’idée de l’érotisme est de suggérer, de montrer l’âme à travers les corps personnifiés, la pornographie a un but totalement opposé : gros plans sur les organes génitaux, vulgarité – il s’agit de susciter les satisfactions brèves du consommateur. Face à la pornographie stigmatisée, Ruwen Ogien pose le concept d’éthique minimale. Conception qui propose de réduire la morale à trois concepts. Selon l’auteur, de nombreux libéraux devraient s’en remettre aux trois principes suivants : neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien, principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui et principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.
L’éthique et la morale sont deux concepts différents. La morale a une connotation religieuse, elle comporte une notion de contrôle imposée de l’extérieur, elle porte sur le bien et sur le mal et crée des obligations. L’éthique quant à elle est laïque, comporte une notion d’auto-contrôle, part de l’intérieur de la personne, porte sur le positif et le négatif, elle nous fait réfléchir et nous responsabilise.
Le juste et le bien sont également à différencier. Le juste a une dimension collective alors que le bien renvoie à la personne, à l’effet que la pornographie pourrait avoir sur l’individu.
Souvent, les détracteurs de la pornographie mettent en avant qu’elle va contre la dignité de l’homme. Porterait elle atteinte à notre qualité de personne humaine en nous présentant comme des objets ? Selon l’auteur, il s’agit d’une autre manière de parler d’ « outrage aux bonnes moeurs » ou de « troubles à l’ordre public ». La pornographie est vue comme « réifiante », « objectifiante » et « déshumanisante ». Mais au fond, qui est réifié ? Les personnages ? Les catégories représentées ? Les spectateurs ? Est-il au moins vrai que la pornographie réifie ? Si ce postulat est vrai, en quoi est-ce un problème ? Les acteurs ne peuvent être considérés comme objets puisqu’ils ne répondent pas aux critères d’absence d’autonomie, d’inertie, de violabilité, de possession et d’absence de subjectivité. Ils répondent seulement aux critères de fongibilité et d’instrumentalité. L’auteur explique que « pour un kantien, le traitement comme objet peut être acceptable tant que l’autonomie (ou le consentement) n’est pas niée ».
Si tant est que la pornographie objectifie, est-ce nécessairement un mal ? N’est ce pas au contraire une force qui lui permet de s’inscrire dans un important mouvement intellectuel ou artistique contemporain ?  Sur quelle nuisance se base-ton alors pour condamner la pornographie ?

Ce genre cinématographique auraient selon certains des effets immédiats et durables, sur  le problème de l’émancipation de la femme et sur la protection des enfants. Dans notre époque post soixante-huitarde, l’idée que la femme pourrait être un objet est violemment critiquée. Au fond, qu’il s’agisse de la femme ou de l’Homme, le problème est le même. Les corps présentés dans la pornographie ne peuvent être considérés complètement comme des objets et s’ils le sont, ce n’est pas un argument suffisant pour s’y opposer. Qu’en est-il des enfants ? La pornographie leur est interdit alors que dès treize ans ils sont considérés comme assez responsables pour aller dans des centres de correction et dès quinze ans, ils ont la majorité sexuelle. Pourquoi la pornographie ne leur serait accessible qu’à partir de dix-huit ans ? Probablement qu’elle n’intéresserait pas les tous petits et si elle intrigue les plus grand, où est le mal à vouloir satisfaire cette curiosité ? Lorsque le double cryptage a été recommandé à la télévision, pour la diffusion, au delà du comportement « laxiste » des parents ou de l’Etat, c’est le comportement des jeunes qui a été dénoncé. Au lieu de parler d’une génération violente et sans repère, ne vaudrait-il pas mieux valoriser les principes de liberté de s’informer, d’éducation dans l’autonomie et de refus du traditionalisme ?
L’auteur se propose de revenir sur trois points. Une préférence peut être injuste ou répugnante mais pourquoi le serait-elle plus si c’est un enfant qui l’exprime ? Ensuite, il explique qu’il pourrait exister des raisons normatives de défendre l’idée que « la pornographie ne doit pas détenir le monopole des moyens de satisfaire [sa] curiosité sexuelle » mais aussi des raisons du même genre de ne pas l’interdire complètement aux jeunes. Enfin, il pose la question de savoir quel prix nous sommes prêts à payer, en terme de liberté publique pour « épargner » les enfants.
Ces trois reflexions le mènent à la question des droits de l’enfant où il confronte « illégal » à « psychologiquement traumatisant » et les « dommages psychologiques aux « dommages idéologiques ». Les progressistes y sont vivement critiqués puisque dans côté, ils considèrent les enfants responsables juridiquement et sexuellement, et de l’autre, la pornographie leur est interdite. Ogien commence par prendre l’exemple des impôts : il est illégal de ne pas les payer mais ce n’est pas pour autant que le percepteur risque d’être traumatisé psychologiquement. A l’inverse, une rupture n’est pas illégale mais elle peut avoir de forts dommages psychologiques. Peut être est-ce en suivant l’opinion publique ou les moeurs que le législateur a interdit qu’un message pornographique soit diffusé s’il risque d’être vu par des mineurs. Il instaure une règle mais qui peut démontrer qu’elle est liée à un désir de prévenir des dommages psychologiques ? Le lien entre la vision de ces images et les éventuels traumatisme est-il si net ? Certes, il y a des émotions immédiates comme l’excitation ou le dégoût mais qui a prouvé qu’il y aurait des « atteintes durables à l’identité personnelles » par exemple ? Des expériences sur des enfants semblent inconcevables du point de vue de la morale, probablement car elles seraient considérées comme « violentes » même si encore une fois, l’existence de liens entre pornographie et violence est à démontrer.
Une tendance encore plus désastreuse consisterait selon l’auteur, à confondre le psychologique et l’idéologique. Dire que la pornographie encourage à dissocier les sentiments et la sexualité n’est pas un problème psychologique authentique. C’est simplement la défense d’une idéologie conventionnelle. Et de toute façon, dissocier sexualité et amour est-il plus grave que de dissocier sexualité et procréation ?

Au fond, dans ces guerres métaphysiques et morales, Ogien se positionne contre le moralisme personnel. Il fait même état de situations où le sexe est légitimé. Si l’on condamne le traitement froid du corps, il faudrait également s’en prendre aux sciences naturelles, aux documentaires et à une grande part des arts plastiques. Le corps pouvant être lui aussi un médium, nombreux sont les réalisateurs ayant montré explicitement dans leurs films des représentations répondant stylistiquement aux critères de la pornographie. Il suffit de penser à Lars von Trier, Catherine Breillat ou encore Bruno Dumont. Est-ce pour autant que leurs oeuvres ont moins de valeur ? Question rhétorique, évidemment que non. Certains films pornographiques peuvent d’ailleurs même être élevées au rang d’oeuvres, comme par exemple le film Lilith où Ovidie est réalisatrice. Dans ce film, l’héroïne a une psychologie importante à saisir pour la compréhension du film. Psychologie nécessaire et bien plus que dans des documentaires d’information ou d’éducation sexuelle : là, les sexes ne sont que sexes ! Sur de grandes chaînes familiales comme « Planète », on peut voir des sexes en activité sans même savoir à qui ils appartiennent.
Alors pourquoi ces discours de protection ? Se positionner contre la pornographie, n’est-ce finalement pas une manière de vouloir se préserver soi-même et la société ? Les pornophobes, avant de vouloir protéger leurs enfants ne voudraient-ils pas se protéger personnellement ? Dans ce cas là, la pornographie est une affaire plus privée que publique. Si ces réactions sont du pur moralisme, elles sont injustifiées du point de vue de l’éthique minimale. Vouloir faire des zones réservées à la pornographie dans les villes consisterait de la même manière à la ghettoiser, la stigmatiser. De même, quelles sont les motivations des associations dites de protection de la famille ou religieuses ? L’argument des enfants n’est-il pas un prétexte pour censurer des messages qui ne plaisent pas à ces personnes mêmes ? Les combats de ces associations peuvent même aller contre l’art ultra conceptuel. Pourquoi ces mêmes associations ne sont pas si virulentes lorsque des enfants sont victimes cette fois de pédophilie par les prêtres ? Les enfants seraient alors un prétexte pour combattre « la bête moderniste ou progressiste ».

Il convient pour finir de s’interroger sur la rigueur méthodologique d’Ogien. Lorsque l’auteur évoque la stylistique des film et leur fin, il écrit « fin de toute façon bâclée et incroyablement bien-pensante dans de nombreux films, à ce que disent les plus courageux qui ont eu la curiosité de les examiner ». Est-ce un trait d’humour ou laisse-t-il supposer que lui-même n’est jamais arrivé à la fin d’un film pornographique ? Cela voudrait-il dire qu’il écrit un essai sur un sujet qu’il ne connaît finalement même pas entièrement ? De plus, souvent, il part d’exemple précis et uniques pour expliquer son idée. L’induction est-elle le meilleur moyen pour son argumentation ? Il prend par exemple le cas d’un psychiatre spécialisé dans le développement psycho-sexuel qui affirma qu’en vingt cinq années de pratique, il n’avait jamais été confronté à des problèmes psychologiques provenant de l’exposition à la pornographie. Est-ce parce que ce médecin n’a pas rencontré de tel cas qu’effectivement ils n’existent pas ? Quand il écrit « aucun jeune, je suppose, ne s’est retrouvé aux urgences médicales après avoir vu un film ou lu un livre pornographique », on a envie de lui demander sur quoi il base ses suppositions. S’il s’était un peu plus renseigné sur le sujet, il aurait constaté qu’aux urgences, les médecins sont parfois confrontés à des cas bien étranges comme des objets tranchants coincés dans des cavités intimes. Probablement que l’idée de cette pratique n’est pas tombée de nulle part.
Des approximations sont également     présentes dans son texte. Ogien écrit, en parlant du lien entre sexe et amour, « Les jeunes d’autrefois qui, dit-on, ne séparaient pas ces choses ont-ils eu une vie sexuelle et amoureuse d’adulte plus belle, plus épanouie ? » Dit-on ? Qui est « on » ? Et de quels jeunes parle-t-on ? De quelle époque ? S’agit-il des jeunes gens qui était mariés tôt par leurs parents, ensemble, dans le seul but de capitalisation de la propriété ? Dans ce cas la réflexion de l’auteur est contestable.
De la même manière, une autre réflexion manque un peu de rigueur : « Personne ne pense à interdire la vente de bière ou de pastis sous le prétexte que les enfants risquent d’ouvrir une bouteille quand leurs parents sont au travail ou à l’hypermarché ». Justement, l’auteur a tort car la vente d’alcool est soumise à une législation stricte : certaines enseignes n’ont pas le droit d’en vendre après vingt-deux heures et dans un bar, il faut être âgé d’au moins seize ans pour consommer une boisson alcoolisée. La comparaison n’est donc pas pertinente.

A travers ce texte, Ogien montre comment il est nécessaire de repenser la pornographie, au-delà de nos a prioris qui nous incitent à la condamner radicalement. Même si l’auteur ne prend jamais clairement position, il montre que les arguments des pornophobes sont facilement contestables. La pornographie est plus une affaire privée qu’une affaire publique. Nous devons envisager notre rapport à elle de manière individuelle. Si certains la considèrent comme dangereuse, elle peut aussi être pour d’autres un élément d’épanouissement comme le montrent les recherches actuelles des porn studies aux Etats-Unis.

Posted by Alexandra Giroux

L’Enfant (Luc et Jean-Pierre Dardenne)

Un film de Luc Dardenne et Jean Pierre Dardenne
Avec Jérémie Rénier, Déborah François, Jérémie Segard, Fabrizio Rongione et Olivier Gourmet.
Durée : 1H35
Date de sortie : 19 octobre 2005

Tout commence sur le tournage du dernier film des frères Dardenne. Les réalisateurs sont interpellés par une jeune femme qui pousse un landau, effectuant seule des allers retours. L’absent de cette situation, le père, deviendra quelque mois plus tard le héros du film l’Enfant.
Six ans après Rosetta, les réalisateurs remportent pour la deuxième fois une palme d’or pour ce film brut et sans fioriture. Ces anciens documentaristes nous présentent en effet le quotidien de Sonia et Bruno, deux jeunes paumés qui viennent d’avoir leur premier enfant. Son prénom, « Jimmy », sonne comme l’espoir d’une vie meilleure, les consonances renvoyant aux séries américaines où l’on ne connaît pas la souffrance. Sonia accole tout de même à celui-ci le prénom « Nicolas », appartenant au grand père de Bruno, comme pour montrer néanmoins son attachement à la lignée. Mais comment élever un enfant lorsque soi même on joue encore à se faire des croches pieds ou à se chamailler ? Autant Sonia fait preuve d’une faculté d’adaptation impressionnante, témoignant d’une inattendue maturité, autant pour Bruno, un bébé n’est qu’un bien matériel de plus. Idéal pour dormir plus facilement en foyer d’hébergement, gagner plus aisément de l’argent en faisant la manche, Jimmy n’est pas considéré par son père comme un sujet mais comme un objet.
Puisqu’il faut bien gagner sa croûte et que « travailler c’est pour les cons », Bruno décide un jour de vendre l’enfant à des receleurs. « Qu’est ce que je t’ai fait ? » demande Bruno face à la réaction violente de sa compagne, « Je pensais qu’on en referait un autre ». Mais le jeune homme ne pense pas mal, il n’en a pas les moyens. Hors de la réalité, il envisage son quotidien en blouson de cuir, dans un cabriolet, avec toujours du liquide « frais » sur lui. Son objectif n’est pas de faire le mal puisqu’il ne semble même pas avoir conscience de ce que sont les valeurs.
Ce film porte bel et bien la signature dardenienne : colorations de plusieurs mois, objets cachés dans les bois, eau glacée, cuisine sommaire, route bruyante et tous ces petits détails qui nous ramènent à la difficile réalité. Mais malgré le pathétique de l’histoire, les deux réalisateurs ne tombent jamais dans l’excès, nous épargnant le risque d’un côté trop mélodramatique. Toujours précis, leur regard montre avec justesse, sans jugement, l’histoire d’un petit cocon perdu dans une effrayante Belgique.