Posted by Alexandra Giroux

Concours de l’Excellence Universitaire : Quelle Europe en 2030 ?

Dans la mythologie grecque, Europe, fille d’Agénor et de Téléphassa, est une jeune fille de grande beauté. La beauté de l’Europe politique est une construction dans le temps. Qu’en sera-t-il en 2030 ? Née le 7 février 1992, lors de la signature du traité sur l’Union européenne à Maastricht par les douze États membres de la CEE, l’Europe ne cesse d’évoluer et de se transformer. Etape par étape, le traité de Maastricht (1992), le traité d’Amsterdam (1997) ou encore le traité de Nice (2000) sont des étapes majeures de sa transformation. Dans les vingt prochaines années, cette structure supranationale hybride empreinte à la fois de fédéralisme et d’intergouvernementalisme va évoluer. Elle sera nécessairement différente de la CEE de 1948. Cette union intergouvernementale et supranationale est actuellement composée de 27 États. L’Europe, en tant que Sui Generis, est une construction sans précèdent dans l’histoire. Son succès peut être noté du point de vue économique et monétaire : l’euro a résisté à la crise et évité de vivre une catastrophique dévaluation ou une crise de l’emploi pire que celles que nous connaissons actuellement. Les conséquences de l’européanisation ont un impact sur l’identité européenne, l’économie, l’action, la théorie, l’unité et la multitude. L’Europe a réussi à mener à bien un projet mêlant diversité et unité : le point de l’identité européenne n’est qu’une question de temps. Les défis de demain sont nombreux : l’identité nationale ne doit pas être remise en cause par l’Europe, le projet identitaire doit avoir une légitimité, les européens doivent se sentir plus liés et l’Europe doit avoir un unique plan plutôt que des opinions nationales divergentes.

Certes, l’Europe fait actuellement face à certaines situations difficiles telles que des problèmes économiques relatifs à la trop faible croissance ou au chômage, une commission qui est actuellement plus dévouée à la dérégulation qu’à la construction d’une Europe sociale, une présidence en Grande Bretagne qui ne suit pas l’ambition européenne ou encore l’impasse du traité constitutionnel. Mais l’Europe, c’est aussi une vision, un projet de société, des valeurs humanistes, c’est tirer profit de la diversité plutôt que de ne la voir comme un frein. Si l’on s’intéresse à la personnalité juridique, actuellement, il s’agit d’une organisation qui combine le niveau supranational et le niveau intergouvernemental, sur un champ géographique restreint mais avec un rôle politique propre et un pouvoir de contrainte sur ses membres plus importants. L’Européanisation est synonyme d’intensification du processus démocratique au delà des frontières des états. La politique domestique ne peut plus être séparée des exigences internationales dans un monde d’interdépendance. Il est possible que d’ici vingt ans, l’Europe atteigne un stade où le nombre de transfert de compétences rendra la souveraineté nationale moins pertinente. Une des questions majeures dans un futur proche touchera les questions de démocratisation, d’identité et d’intégration européenne.

Les enjeux de l’Europe de demain s’exprimeront à travers l’Union Européenne. L’Europe tend vers une configuration socio-politique d’un nouveau genre où les élites nationales et les gouvernements des états, et les bureaucrates renoncent à une partie de leur pouvoir au profit d’une entité plus puissante. Être citoyen n’est plus nécessairement lié à un état : on peut se sentir également citoyen européen. plus particulièrement, la mondialisation permet de se confronter au regard de l’autre et d’être perçus sur un autre continent comme une personne dite “européenne”. Cela montre l’unité vers laquelle nous tendons. Alors que la notion de citoyenneté est en train d’évoluer, la question des droits des minorités doit être posées, en l’occurence l’appartenence nationale. L’exemple de l’ex-Yougoslavie et de la Russie montrent à quel point il pourrait être dangereux de gommer les identités nationales au profit d’une identité européenne. La question de l’élargissement de l’Europe à la Turquie est un leitmotiv sur la scène publique. Il n’est pas nécessairement envisageable que cette hypothèse devienne réalité. D’une part, le gouvernement turc le souhaite mais pas tous les citoyens. D’autre part, beaucoup d’Européens ne souhaitent pas accueillir un pays grand, avec une forte démographie et une économie bien solide. Dans les prochaines années, l’Europe devra régler ce type de questions. Le socle commun, la clé de voûte doit donc être construite avec raison. Cette Europe n’est pas nécessairement construite par un patchwork de différentes nationalités, à l’inverse ce sont les gens qui construisent mutuellement cette métareflexivité en rapport aux autres et au monde. L’européanisation passe par plusieurs étapes. Le polyglotisme européen est parfois vu comme un problème car de nombreux interprètes et traducteurs sont sollicités au sein des organes politiques de l’Union. Au contraire, il faut voir cette diversité comme une atout, considérant qu’une autre langue, c’est aussi une manière différente d’envisager un problème, du fait même de la structure mentale impliquée. Utiliser uniquement l’anglais au parlement par exemple pourrait avoir comme conséquence de créer un ghetto linguistique où juste une élite pourrait participer aux débats, rappelant l’élitisme du latinisme par le passé. De plus, l’anglais qui est une langue de référence actuellement ne le sera peut-être plus dans les prochaines années, considérant l’émergence de nouvelles puissances. Le problème reste malgré tout que certaines langues telles que le catalan, même s’il s’agit de la dixième langue la plus parlée en Europe n’est pas reconnue officiellement dans les institutions européennes. Pourtant l’hypothèse Sapir Whorf montre que nous avons tout à gagner au multilinguisme puisque le langage reflète une compréhension particulière et unique culturellement, du monde.

La question de l’Europe des vingt prochaines années soulève le cas de la protection, au sens large. l’Europe garantit l’identité de chacun, culture langues doivent être protégés et mis en valeur. L’identité de l’Europe est construite de l’intérieur mais également par les influences extérieures. Le multiculturalisme est une force pour peu que l’on s’attache à unir et unifier tout en préservant les différentes identités. Chacun se doit avoir vis à vis de l’Europe une exigence sociale, civique et écologique. ces dernières doivent être défendues. Des pays qui s’influencent les un les autres : prendre exemple des pays nordiques sur leur politique équité parité genre et travail. L’Union Européenne doit travailler pour devenir plus légitime. Une identité européenne devra être créer afin d’avoir toujours la possibilité de jouer le rôle d’acteur au plan international. Le processus accéléré d’intégration a rendu difficile le travail sur l’identité, d’autant plus que chaque pays tiens à conserver la sienne. Mais identités peuvent être combinées, comme le théorise Habermas ou même le marketing avec le concept d’identité parapluie.

Concernant le pouvoir économique, la concurrence doit devenir équitable au sein de l’Europe et les pays doivent être aidés pour atteindre ces standards. L’Europe doit promouvoir la coopération plutôt que la compétition au sein des pays membres. l’harmonisation plutôt que le dumping. Un impôt unique sur les transactions boursières en Europe pour financer des projets européens tels que l’éducation et la recherche. Un SMIC européen pourrait également être crée. L’Union européenne a fonctionné pour l’Europe mais peut être qu’il n’en serait pas de même ailleurs dans le monde. L’Europe est un modèle mais il faut garder que tout comme certains pays ont été des échecs, certaines organisations peuvent m’être aussi. Espace et temps doivent être pris en considération. Les choses ont changé et si l’Europe devait être recréée aujourd’huin elle serait sûrement différente. Néanmoins, les organisations internationales de ce type semblent être une réponse à la mondialisation et permettent aux plus petits pays de gérer une plus grande compétition des grands pays, via les alliances. La monnaie unique, tout en préservant les identités nationales a permis une nouvelle naissance de l’Europe. L’adoption de l’Euro a été une étape majeure. Ce modèle économique a inspiré d’autres organisations internationales telles qu’ECOWAS en Afrique et dans les prochaines années, d’autres pays adopteront probablement également une monnaie commune. Bien qu’elle soit plus organisée et plus réglée que d’autres endroits du monde; maintenant il faut travailler à une union monétaire plus commune, plus intégrée. L’Union Européenne peut être à l’initiative d’une nouvelle régulation mondiale comme cela a été montré au G20. Le tourisme en Europe et plus particulièrement le tourisme culturel nécessitera dans le futur une grande attention. Il s’agit d’un agent majeur en matière de changement social et économique. De nombreux touristes sont attirés par la richesse historique et culturelle de l’Europe. Mais l’Union devra légiférer dans le futur pour contrôler les dérives du narcotourisme ou du tourisme médical, générateurs d’anxiété.

L’Europe de demain devra être une Europe plus active, plus protectrice, avec un véritable pouvoir économique. Il est nécessaire de se pencher activement sur la question du vote et de la représentation des citoyens européennes au Parlement. Les élections européennes sont extrêmement importantes puisque beaucoup de lois que les Etats implémentent ont comme source l’Europe. Il faut donc réhabiliter ses élections et faire que politiques médias et citoyens se sentent impliqués et concernés dans la campagne. Les élections européennes ne se jouent pas sur une opposition gauche droite ou sur des débats nationaux; au contraire elles ont une portée globale. L’échec de la ratification du traité constitutionnel doit être vu comme un épisode révélant la nécessaire réforme des institutions européennes. Il faudrait une réforme des institutions où un vote à la majorité suffit. La Convention a d’ailleurs proposé dans son projet de redéfinir ainsi la majorité qualifiée de cette manière : “la majorité qualifiée requise est constituée des deux tiers des États membres, représentant au moins les trois cinquièmes de la population de l’Union” (art. 24-2). Des institutions réformées permettraient d’éviter des moments embarrassants telles que le revirement de situation avec la convention sur l’avenir de l’Europe, quand Le Conseil européen, le 23 juin 2007 à Lisbonne, a mandaté une conférence inter-gouvernementale afin d’adopter avant 2009 le traité de Lisbonne. L’avantage des négociations intergouvernementales est la relative rapidité par rapport au vote avec ratification qui ralentit le processus. L’Europe n’est pas celle des bureaucrates de Bruxelles, elle doit être celle de tout un chacun. Il est nécessaire de construire une identité européennes si l’on souhaite renforcer le pouvoir politique de l’Union. Les citoyens doivent avoir la possibilité d’être informés sur les actions qui vont être entreprises et dans un second temps la manière dont elles ont été menées. Ils doivent être en mesure d’être représentés au parlement. Les délibérations doivent être rendues publiques, comme cela se fait pour l’assemblée nationale en France. Bien évidemment, le rôle de l’éducation est fondamental et des projets pédagogiques devront accompagner chaque le projet politique.

Des experts et observateurs peuvent avoir un rôle crucial dans le processus décisionnel. Il est également souhaitable que les organisations non gouvernementales et les organisations internationales telles que l’Europe travaillent mains dans la main pour solutionner les questions de santé, d’énergie où d’aide alimentaire dans le reste du monde. La question des immigrés politiques, économiques ou même climatiques devrait par exemple être adressée de manière Européenne. La questions de la sécurité et du respect des droits de L’Homme devrait être adressée par l’Europe travaillant avec, et non pas contre, des organisations telles que l’OTAN. Chacun a sa force. Par exemple là où l’OTAN est efficace sur le point militaire, l’Europe est efficace sur le plan de l’administration. Il faudra travailler à l’avenir à une sécurité européenne forte, similaire au conseil de sécurité des nations unies. L’ordre mondial de demain n’est ni à chercher du côté de l’anarchie internationales, ni de l’hégémonie mondiale, ni de l’état monde mais plutôt la gouvernance mondiale. Ainsi, l’Europe a et aura dans le futur un rôle important dans l’arène internationale. La vision institutionaliste des relations internationales et une école qui aide à comprendre quels liens entretiennent les institutions : elle est relativement pertinente pour analyser la probable situations mondiale, plutôt que réaliste ou idéaliste. Les pays ont tout intérêt à coopérer ensemble, au sein de l’Europe, afin de servir leurs intérêts. Travailler ensemble provoque une synergie, une valeur ajoutée utile pour gérer des problèmes globaux.

Avec la mondialisation, il est et il sera de plus en plus facile de voyager, et à bas prix, harmonisant temps et distance. La notion “d’étranger”, de “barbare”, risque de devenir floue, révélant du passage du salad mix au melting pot. Des programmes tels qu’Erasmus ou Socrates participent à l’échange d’idées en impliquant directement les jeunes. L’Europe devra par exemple dans le futur jouer un plus grand rôle vis à vis de la question du genre. Légiférer avec harmonie sur la pilule, l’avortement, le mariage homosexuel ou même la pornographie sont des points importants. La question de la prostitution devra aussi être harmonisée : aux Pays-Bas par exemple, les gérants des maisons closes sont tenus garants de la santé de leurs employées. Le modèle reproductif hétérosexuel normé qui est actuellement un idéal ne le sera plus dans un futur proche. Couples monoparentaux, homosexuels ou d’autres formes de familles sont en train d’apparaître. La société devra en tenir compte et un mariage homosexuel aux Pays-Bas devrait être reconnu en France, en tout cas il s’agit d’un des challenges des prochaines années. Le sport symbolise l’Europe en mouvement. Différents groupes luttent à ce propos pour leur propre intérêt, généralement économique. Le football, alliant compétition et coopération est une métaphore intéressant du chemin qu’est en train d’emprunter l’Europe. On peut se demander si le concept d’une unique équipe de football européenne serait possible. La télévision transnationale européenne, régulant la diffusion permet à tous les européens de visionner les grands événements sportifs. Mais ces régularisations peuvent aller plus loin. Par exemple, un système de quotas de programme européen à diffuser permettrait de préserver la culture européenne et d’éviter la dallassification de la culture.

Perpétuer la nation ou réinventer le vivre ensemble sont les questions que l’Europe devra se poser dans les vingt prochaines années. La construction d’une identité européenne sera un des défis majeurs de demain afin de créer un socle commun, tout en préservant les identités nationales. Politique économique et politique d’intégration doivent aller de paire. La culture doit servir de liant entre les différentes nations qui parfois divergent dans leur vision de l’Europe. Actuellement l’Union Européenne est vue comme une menace pour le Royaume-Uni, une nécessité pour l’Allemagne et une chance pour l’Espagne. Malgré ces différentes positions, les pays ont tout à gagner à construire ensemble l’Europe de demain pour que résonne mélodieusement l’ode à la joie dans les oreilles de nos enfants. L’Europe plus qu’un symbole doit devenir une réalité.

Posted by Alexandra Giroux

Les revues : du support papier au support numérique

Suite à l’arrivée des nouveaux médias tels que la télévision ou Internet, les revues ont dû se redéfinir et envisager des stratégies d’innovation pour avoir encore une place dans l’Espace Public. Actuellement, l’édition d’un texte peut être réalisée sur un support papier mais aussi sur un support numérique. Ce dernier support est actuellement de plus en plus favorisé, et cela, pour trois raisons : l’accroissement de l’utilisation d’Internet, l’augmentation du prix des revues papier et le désir des auteurs de pouvoir publier simplement. Remue.net, Cybergéo ou encore EspacesTemps.net sont quelques avatars des nombreuses publications disponibles en ligne. Ces revues ont le choix entre deux stratégie éditoriales : soit elles décident de se démarquer totalement de leurs aînées soit elle décident au contraire de s’en rapprocher. Cinq schémas peuvent alors être adoptés : la publication intégrale et immédiate, la mise en ligne différée, le développement d’éditions spécifiquement électroniques, la mise en ligne comme valeur ajoutée ou la mise en ligne patrimoniale.

Quelle que soit la solution choisie, le résultat est le similaire, en l’occurrence des documents deviennent  disponibles très rapidement, partout dans le monde. Mais faut-il considérer ce nouvel outil comme un risque qui menace notre liberté d’écrire, de penser et de réfléchir ? Ou bien au contraire faut-il y voir un pas de plus vers l’utopie borgesienne de la bibliothèque de Babel, vers une bibliothèque d’Alexandrie contenant tous les textes jamais écrits, tous les livres jamais publiés ? Les revues en ligne sont assez récentes dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous devons donc nous les approprier et savoir en tirer tout ce qu’elles peuvent nous offrir. Des travaux sur ce sujet datant de bien avant l’an 2000 montrent que dès cette période, le potentiel de ces publications sur Internet était pressenti. Chaque jours, les pratiques évoluent, se redéfinissent et nous sommes arrivés à un stade où nous sommes prêts à lire des revues en ligne.

Ces publications électroniques sont tout d’abord l’occasion de suppléer un manque du côté du papier. Le déclin des revues dites « traditionnelles », en France, qui s’est accéléré au milieu des années soixante-dix, à l’époque où la télévision faisait son entrée massive dans les foyers, tient en partie à son mode de diffusion. Alors que les moyens d’information audiovisuelle sont à portée de la main, il faut sortir pour aller acheter le journal ou attendre, si l’on est abonné, la tournée du facteur. La revue en ligne change la donne car elle est accessible directement sur un ordinateur, depuis chez soi, pour peu que l’on ait une connection à Internet. Certains noteront le problème de la dépendance à la technique mais elle est à relativiser. Lire une revue en ligne dans un train est déjà possible pour les utilisateurs qui peuvent connecter leur ordinateur sur leur téléphone mobile. Dans quelques années, il est fort probable que le wifi par satellite devienne le mode de connection le plus utilisé. Ainsi, si l’on écarte les éventuelles pannes, il serait possible de se connecter quasiment partout et à tout heure, et accéder ainsi à une information de manière très facile, pour peu que l’ont ait accès à une prise de courant ou que son ordinateur ait une batterie.

Pierre Bourdieu, pour parler de l’édition qui vise la rentabilité immédiate, recherche les gros tirages, d’une durée de vie éphémère, utilise l’expression de « champ de la grande production ». Il s’agit donc de s’interroger sur la possibilité pour cette dernière de laisser de la place au « champ de production restreinte » qui édite des ouvrages à faible rotation, conçu pour le long terme et pour un public souvent spécialisé. Les revues en ligne sont une tactique au sein de la stratégie éditoriale. Si les rayons des libraires sont plein à craquer, si les subventions sont difficiles à obtenir, si communiquer  équivaut pour un noyé à tenter de sortir la tête de l’eau, alors l’édition en ligne peut être une solution. Reste à s’interroger sur les conséquences de ce changement éditorial, à commencer par l’impact que cela pourra avoir sur le type de lectorat.

L’arrivée de ce nouveau type de publication provoque des bouleversements envers ceux qui avaient avant uniquement contact papier. Le libraire aura moins de revues perdues dans les rayons, sous les nouveautés. Le journaliste aura un accès facilité à l’information. L’éditeur n’aura plus la question du choix financier à faire, face à une publication non rentable. La bibliothèque gagnera en stockage et en recherche d’occurrence. Les revues en ligne sont aussi intéressantes pour les universitaires : ils publient plus facilement et ont un accès plus aisé aux travaux de leurs confrères, même si l’institution privilégie encore le papier.

Pour mieux connaître les lecteurs de revues en ligne, une étude qualitative a été réalisée à Jussieu, dès 1999, afin d’établir une grille indicative des utilisateurs de revues en ligne. Quatre profils types ont pu être définis : le surfeur, le rameur, le conservateur et le rat de bibliothèque. Le surfeur a un environnement favorable à l’usage des revues électroniques : il a un bon équipement informatique, peu de bibliothèque de proximité, a un bon statut social et aime Internet. Le rameur est lui aussi à l’aise avec l’informatique mais son statut est moins élevé, son matériel informatique est moins bon et il a des bibliothèques proches dans son entourage : son environnement favorise moins l’accès aux revues en ligne. Le conservateur a un bon équipement informatique, un bon statut, peu de ressources proches mais il est très attaché au papier : peu expérimenté, il pense qu’un apprentissage de l’outil informatique serait une perte de temps et il a un rapport quasi fétichiste à la revue. Le rat de bibliothèque habite près d’une bibliothèque et a un matériel informatique insuffisant : tout concourt pour lui au fait de préférer se tourner vers le papier. Ces catégories ne sont bien sûr pas cloisonnées. Elles permettent simplement d’avoir une vision générale des types de lecteurs de revues en ligne. Dans tous les cas, ils sont confrontés au quotidien à plusieurs supports.

Les écrits relèvent actuellement de trois formes coexistante : le manuscrit, l’imprimé ou l’électronique. Ces trois modes de diffusion ne sont pas nécessairement concurrents mais plutôt complémentaires. Le lecteur peut sembler déstabilisé en passant de la lecture de la revue papier à la revue en ligne mais souvenons-nous que cette modification des usages a été assez similaire lors du passage du volumen au codex. Une fois établie la domination du codex, la logique de sa matérialité at été intégrée dans la construction des oeuvres : ce qui auparavant était rouleau est devenu livre. De la même manière, la lecture se faisait avec le volumen en « déroulant » la feuille alors qu’avec le codex, on « tourne » des pages. L’électronique invite également à redéfinir la construction de la revue : on déroule page HTML ou le PDF, on peut cliquer sur les liens hypertextes, ré-invantant les notions de « linéaire » et « séquentiel » propre au support papier. Comme l’explique Jean-Yves Mollier, « dans ce monde textuel sans frontières, la notion essentielle devient celle du lien, pensé comme l’opération qui met en rapport les unités textuelles découpées et qui ainsi conduit la lecture. » Christian Vandendorpe explique ajoute à ce propos que « l’expérience de la lecture et de l’appréhension du texte ne sont pas du même ordre selon qu’elles s’effectuent à partir d’un livre, d’un écran d’ordinateur, d’un livre électronique ou, demain, d’un codex numérique ». Dans le cas d’une revue en ligne avec hypertexte, le butinage souvent est préféré à la lecture approfondie. Le copier-coller et les sauvegardes ou mises « en favori » de site remplacent la mise en couleur du papier par les marqueurs fluo.

La problématique des revues est en lien avec ce que Boltanski et Chiapello appelaient la « coopétition », c’est-à-dire un mélange entre la coopération et la compétition. Que publier en ligne pour aider les autres sans pour autant qu’ils ne nous devancent ? Vaut-il mieux publier un contenu sur papier ou sur format électronique ? Dans le cas de revues scientifiques, obtenir les publications de résultats des autres passe par partager aussi les résultats de son travail. Mais publier un contenu riche et intéressant est aussi un moyen pour une petite revue de gagner en visibilité et d’acquérir un intérêt pour les plus grands. L’intérêt de la revue en ligne est qu’elle est très facile d’accès et de consultation, dès lors que l’on a accès à une ordinateur. Mais certaines revues proposent également un contenu payant. Il peut s’agir des derniers numéros, des archives ou d’articles uniquement consultables en ligne.  Souvent, les revues en ligne ont auparavant été des revues papier : il faut tenir compte de cet état de fait pour que le site valorise cela, le complète, le prolonge. Les revues peuvent ainsi choisir une mise en ligne intégrale des archives ou bien fixer une période de restriction durant laquelle la mise en ligne du texte intégral d’un numéro est différée. Au terme du délai fixé, l’ensemble des articles devient librement accessible en ligne, et le numéro concerné peut connaître une seconde vie. Il est normal qu’une revue ayant une longue histoire souhaite valoriser ce passé par la publication de numéros anciens ou épuisés. Mais la numérisation rétrospective est une oeuvre techniquement difficile, coûteuse en moyens humains et informatiques.
Le texte numérique est intéressante dans le sens où il se rapproche du schéma de fonctionnement de la pensée humaine. Grâce au lien hypertexte, l’internaute est libre de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect d’un texte, tout comme dans son imaginaire, il réfléchirait à une chose donnée plutôt qu’à une autre. Le format papier ne permet pas de consulter aussi facilement ce qui nous intéresse. C’est en ce sens que la revue électronique est intéressante : dans un contexte professionnel, la navigation est très rapide et aisée, au gré du désir de l’utilisateur. Roger Chartier parle de « nouvelle matérialité du texte » : l’usager est confronté à une nouvelle manière d’évoluer dans un texte, butinant, suivant les pointeurs, se redirigeant sans cesse vers ce qui l’intéresse, le préoccupe – que ce soit des notes de bas de page ou des sources. Chercher une occurrence précise devient également bien plus aisé que dans un texte papier, grâce à l’outil « rechercher dans la page », intégré au navigateur. Le texte figé sur le papier tel que nous le connaissions prend une autre dimension. Nous créons notre parcours mental, suivons les possibles, guidés seuls par notre esprit.

Les revues en lignent cherchent actuellement à acquérir une meilleur visibilité. Pour cela, elles ont recours à des portails comme Revues.org, Cairn, Ent’revues ou encore Persée. L’avantage de ce type de portail est qu’il offre une visibilité tout en garantissant la préservation de l’image et de l’autonomie éditoriale. Mais la performance technique ne suffit pas à faire un projet de communication et de société. Le risque, en individualisant la communication, est d’avoir des difficultés par la suite à renouer avec une aventure collective. La notion de communauté est importante car si tout le monde publie mais que personne ne lit, la revue en ligne ne sert à rien, sinon à flatter l’ego des auteurs qui trouveront une occurrence supplémentaire lors de leurs séances d’egosurfing. Le problème n’est pas nouveau : Voltaire au siècle des Lumières ou même Alain Finkielkraut dans les années Lang s’insurgeaient déjà devant « l’armée de graphomanes ». Diderot disait même des publications se multipliant que « tous ces papiers sont la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire ». Ce n’est pas parce que la technique facilite  la publication, que pour autant n’importe qui qui écrira sera un génie. Cela n’empêche que les revues en ligne sont de plus en plus lues. Le site Revues.org a vu sa fréquentation multipliée par dix de 2001 à 2004. Au-delà de l’intérêt du lecteur, ce phénomène s’expliquant aussi par une augmentation du nombre de personnes ayant accès au haut débit et un plus grand nombre de ressources disponibles en ligne.

Face aux nouvelles possibilités offertes par l’édition en ligne pour les revues, il convient de ne témoigner ni d’un enthousiasme hâtif ni d’une naïve utopie. C’est à chacun de nous de réinventer sans cesse nos manières de lire et d’écrire, compte tenu de ce nouveau support. Il ne faut pas laisser passer cette opportunité historique, où l’accès au savoir est facilité. L’édition en ligne doit montrer ses capacités réelles et sa capacité à endiguer la crise que connaît l’édition classique. Car nous sommes prêts à lire des revues en ligne. Certes, il convient de rester prudent face au danger d’une culture qui ne passerait que par la technique, ce qui augmenterait notre dépendance à la machine. Mais les revues en ligne matérialisent l’espoir que pour chacun, apprendre pourrait se définir par sa capacité à chercher, trouver et intégrer des informations glanées sur la toile. Elles se dirigent vers une complémentarité, une hybridation et un inter-fécondation des supports textuels. Le temps est venu de considérer positivement les publications électroniques mais elles doivent être un complément au support plus traditionnel que nous connaissons, pas un remplacement. A présent, c’est aux portails et aux revues elles-même de nous donner des garanties pour que l’institution reconnaisse la légitimité de ce type de documents. C’est aussi aux informaticiens de proposer des supports encore plus maniable et agréables pour convaincre ceux d’entre-nous qui sont encore réfractaires. Mais par dessus tout, c’est la communication qui prime. Il faut « faire bien et faire savoir », car pour lire une revue en ligne, il faut déjà être informé que cela existe.

>> Mémoire “Les Revues : du support papier au support numérique”

Posted by Alexandra Giroux

La fabrique du père Noël

Dans la cave sombre, humide (et en plus noire), les petits lutins chinois fabriquent les cadeaux du père Noël. Le big boss qui doit bien penser à son entreprise a eu l’idée de la délocalisation il y a quelques années et il en est ravi. Il avait bien pensé à prendre des étudiants à mi temps mais l’UNEF était vite intervenue et de toute façon, ils étaient trop ramollis par l’absorption de cabanis et n’étaient pas productifs. Les aspirateurs des petites filles ne marchaient pas, les roues des voitures des garçons étaient montées à l’envers. Le 26, le service après vente s’était mis en grève alors le Père Noël il a dit « plus jamais ça ».

Les rennes doivent être prêts pour le jour J. Ils ont un éleveur spécial qui leur donne des croquettes avec de la vitamine B pour qu’ils aient le poil brillant. Ils ont chacun leur box et sont traités encore mieux que les chevaux qui courent à Maisons Laffitte. Chacun d’eux a un nom drôle, original et/ou cocasse : « Star Academy », « Sourire des blés » ou encore « Poppers and gum ».

Au sommet du Mont Crumpit, le Grinch, son chien Max et leur fidèle serviteur le Bestiaire SM préparent un plan pour empêcher le père Noël de distribuer les cadeaux à tous les enfants du monde. Mais à Chouville, une petite fille au coeur pur, Cindy Lou, aimerait en savoir un peu plus sur celui qu’on présente partout comme un monstre ainsi que sur ses deux acolytes. Si ces gens n’aiment pas Noël, peut être est-ce parce qu’ils sont mal dans leur peau et que sous leur allure de durs ils cachent une âme qui souffre ? La petite fille gravit courageusement le mont et explique aux trois compères que de toute façon il faut aimer les gens et qu’il fassent fi de leur apparence qui leur déplaît : la vraie beauté est celle du cœur.

Les derniers jours avant Noël ressemblent à ceux qui précèdent le bouclage de Bestiaire : stress, nuits blanches et faible tension. Heureusement, Papa Noël qui a tout plagié sur Eddy et Brice organise des « red night ». Tous ses amis y sont invités et généralement, en fin de soirée, les convives sont dans un état encore plus affligeants que celui des habitués du Totem. Le Père Fouettard en profite pour être soumis face à St Nicolas qui se transforme en maître dominateur. Il aurait aussi bien invité tous les enfants du monde qui ont été sage mais depuis que son pote de Neverland a eu des problèmes avec la justice, il fait des soirées plus private.

Que serait le père Noël sans la mère Noël ? Ressortez vos bouquins d’histoire, vous comprendrez qu’elle a autant d’importance que Marie Antoinette envers son mari. Et puis le 24, il faut que l’homme que tous les petits attendent cartonne. Alors son épouse qui est une bobonne soumise lui cuisine des pâtes (ce sont des sucres lents), lui repasse son costume et le parfume à la lavande (c’est tellement chic) et bien sûr elle n’oublie pas de le border le soir avec en bonus une petite gâterie car « turlute avant d’aller au lit fait passer bonne nuit ».