Posted by Alexandra Giroux

Défection et prise de parole (Albert O. Hirschman)

Albert O. Hirschman ou Albert Otto Hirschman est un  économiste libéral, très influent, qui a rédigé de nombreux ouvrages sur la politique économique et l’idéologie politique. Il a réussi, à travers Défection et prise de parole, à offrir une grille d’analyse originale et pluridisciplinaire aux sciences sociales et politiques, pour comprendre les choix posés par un individu confronté à des motifs de mécontentement et pour comprendre plus largement les formes que peut prendre le changement social. L’individu peut, dans des situations diverses (de marché, de groupe familial, d’organisation syndicale ou partisane…) souvent génératrices de frustrations ou de dysfonctionnements, manifester son mécontentement de trois manières : le refus de participer, la défection (exit) ; la prise de parole, c’est-à-dire une participation protestataire pour modifier le fonctionnement de l’organisation ou les relations sociales dans un sens souhaité (voice) ; la fidélité malgré tout (loyalty). Hirschman, par son livre, cherche à répondre aux questions suivantes (P.17) : « dans quelles conditions la voie de la défection prévaudra-t-elle sur celle de la prise de parole et inversement ? Quelle est l’efficacité relative des deux voies en tant qu’instruments de redressement ? Dans quelles situations les deux mécanismes entrent-ils conjointement en action ? Quelles institutions sont susceptibles de renforcer l’effet de l’une ou l’autre option ? Les institutions renforçant l’effet de la défection sont-elles compatibles avec celles qui tendent à améliorer l’action de la prise de parole ? ». Dans un premier moment, nous étudierons la théorie de l’auteur et les concepts qu’il énonce. Puis nous nous intéresserons à sa méthode et à ses manques.

Quelles sont les hypothèses, les théories et les concepts développés par l’auteur ? Hirschman part d’un cas empirique auquel il a été confronté pour développer sa théorie. Au cours d’une étude, l’auteur s’était en effet rendu compte que les transports ferroviaires nigérians luttaient très difficilement contre la concurrence exercée par les transports routiers. Hirschman avait beau essayer d’expliquer à l’aide de raisons d’ordre économiques, sociopolitiques ou structurelles (schème structural) pourquoi une telle difficulté pouvait se manifester, il ne parvenait pas à comprendre la totale incapacité de la direction de la société nigériane de transports ferroviaires à lutter efficacement contre la concurrence du transport routier. Poursuivant sa réflexion, Hirschman, constate alors que les meilleures institutions du monde ne permettent pas à une société d’éviter que les comportements de certains de ses membres entraînent des dysfonctionnements. Il s’est alors interrogé sur les forces qui permettent à une société donnée de faire en sorte que les comportements de ses membres n’aillent pas à l’encontre de ses objectifs fondamentaux. Tout l’ouvrage d’Hirschman tente donc de discerner quelles sont les forces qui permettent de guérir une firme ou une organisation quand celle ci ne fonctionne plus de manière optimale.
Hirschman part de ce constat : « aucun système économique, social ou politique ne peut garantir que les individus, les entreprises et les organisations en général agiront toujours de manière fonctionnelle et auront constamment une conduite efficace, rationnelle, respectueuse de la loi et de la morale » (p.11). Selon lui, en période de déclin économique, personne ne s’est attardé  sur les défaillances surmontables des agents économiques. Il se veut donc novateur dans sa recherche.
L’auteur admet qu’il est hors de doute que la concurrence est un important facteur de redressement. Cependant, il propose de s’interroger sur les conséquences de cette fonction particulière de la concurrence qui n’ont pas été adéquatement analysées ainsi que sur un autre moyen important qui peut également entrer en jeu pour remplacer ou compléter l’action de la concurrence. On a beaucoup étudié, sans d’ailleurs parvenir à des conclusions probantes, l’aptitude de la concurrence à engendrer l’innovation et la croissance. Hirschman est le premier à s’intéresser à la question connexe de l’aptitude de la concurrence à ramener les firmes défaillantes à un niveau « normal » d’efficacité, de performance et de croissance. C’est en cela que le livre est vraiment original. Le coeur de l’argumentation de l’auteur est que la concurrence peut n’avoir d’autre effet que d’amener les firmes rivales à s’arracher les unes aux autres leur clientèle respective ; elle n’est plus alors qu’un gaspillage d’énergie et une manoeuvre de diversion, empêchant les consommateurs de militer pour obtenir une amélioration des produits ou les entraînant à user leurs forces dans la recherche vaine du produit « idéal ».
Après deux chapitres consacrés aux concepts fondateurs de son analyse, la défection et la prise de parole, Hirschman va donc montrer que ce qui explique l’incapacité des organisations et firmes qu’il a étudiées de se réguler naturellement est précisément le mauvais usage de celles-ci. Ainsi certaines organisations ou certaines firmes sont plus sensibles à la prise de parole (et respectivement à la défection) alors que leur déclin va produire une défection (et respectivement une prise de parole) de la part de leurs membres ou de leurs clients. Par exemple, il montre, au chapitre V, que le comportement habituel de clients d’une entreprise publique soumis à la concurrence est la défection. Or une telle entreprise est beaucoup plus sensible à la prise de parole car elle cherche avant tout à garantir sa « tranquillité » en faisant taire ses clients les plus expressifs. La défection va donc priver cette firme de ses éléments les plus protestataires et va l’empêcher de se corriger. A noter que la prise de parole est comme la défection : au-delà d’un certain seuil, elle devient inutile. Les usagers peuvent se montrer si acharnés que leurs protestations risquent de freiner plutôt que d’encourager les efforts de redressement entrepris.
La prise de parole est en bien meilleure position dans les pays en voie de développement où la possibilité de choisir entre plusieurs produits est beaucoup plus limité que dans les économies avancées. De ce fait, la mauvaise qualité des produits et des services tend à y susciter des récriminations véhémentes et souvent d’ailleurs politiquement orientées, alors que dans les pays développés, le mécontentement prend plus facilement la forme d’une défection silencieuse.
L’auteur envisage un modèle simple où la prise de parole agit comme un complément de la défection, sans se substituer à elle. Dans ces conditions, toute manifestation de la prise de parole constitue un apport positif qui améliore les perspectives de redressement. La prise de parole peut aussi être vue comme une alternative à la défection. Quand on avance que le volume de la prise de parole est fonction de l’élasticité qualitative de la demande, on admet implicitement que la première réaction des acheteurs qui constatent une baisse de qualité est de s’interroger pour savoir s’ils ne vont pas s’adresser à une autre entreprise, sans même se demander s’ils ont la possibilité d’influencer sur la politique de celle auprès de laquelle ils se fournissent habituellement ; ce n’est que lorsqu’ils ont décidé de ne pas faire défection que l’idée d’exprimer leur mécontentement leur vient à l’esprit. Faire défection, c’est perdre la possibilité de prendre la parole, mais l’inverse n’est pas vrai ; aussi la défection sera-t-elle dans certains cas la solution adoptée en dernier recours, lorsque l’échec de la prise de parole est devenu certain. La prise de parole ne vient pas seulement renforcer la défection ; elle peut aussi se substituer à elle. Certaines personnes vont également renoncer aux avantages qui leurs sont offerts ailleurs parce qu’ils espèrent que les plaintes et les revendications des autres aboutiront à un résultat ; d’autres encore ne veulent pas changer de fournisseur parce qu’ils craignent d’avoir à faire machine arrière, le changement s’avérant plus coûteux qu’il n’était prévu ; enfin il y a ceux qui restent fidèles par laoyalisme c’est à dire pour des motifs non rationnels. On voit donc que la prise de parole, en tant qu’effort pour faire changer les choses de l’intérieur admet des degrés très variables d’activité et d’initiative. Il faut également faire intervenir le coût que représente le fait de renoncer à la défection, bien que celle ci apparait nettement être la moins onéreuse. La prise de parole est en réalité plus coûteuse.
La prise de parole joue un plus grand rôle à l’égard des organisations qu’à l’égard des entreprises. Les nombre des organisations dont un individu se trouve membre est bien inférieur à celui des entreprises dont il est client. L’auteur note aussi que le nombre et la variété des biens disponibles sur le marché d’une économie développée favorisent la défection au détriment de la prise de parole ; mais l’importance croissante des biens de consommation durable qui nécessitent une grosse mise de fonds exerce une influence en sens inverse de la première.
Mais l’alliance entre défection et prise de parole est difficile. Jusque là, Hirschman a posé des fondements théoriques. Là, il observe les choses concrètement, action qui était au début de sa démarche comme il l’explique dans la préface. Avec l’exemple des chemins de fer nigérians, il montre qu’en dépit d’une concurrence active, l’administration du rail s’était avérée incapable d’apporter le moindre correctif à certaines de ses insuffisances les plus manifestes. Hirschman explique que la défection n’avait pas l’effet d’avertissement qu’elle a d’ordinaire car la direction ne se préoccupait pas outre mesure des pertes de revenus. La prise de parole ne fonctionnait pas car les clients les plus insatisfaits, qui auraient eu le plus de raison de protester, étaient les premiers à abandonner les chemins de fer pour s’adresser aux transports routiers. Le second exemple qu’il prend est celui des écoles publiques et privées. Les parents qui sont le plus attentifs à la qualité de l’enseignement, donc ceux qui seraient le plus susceptibles de prendre la parole, sont ceux-là même qui risquent d’être les premiers à faire défection en cas de défaillance de l’école publique. L’auteur s’interroge : se peut-il que les acheteurs qui font défection lorsque les prix montent ne soient pas les mêmes que ceux qui en font autant lorsque la qualité baisse ? Avec ces deux exemples, Hirschman se situe dans l’induction. Il va partir d’exemples précis pour tenter de confirmer ou d’infirmer ses hypothèses de départ.
L’auteur étudie ensuite la situation où la concurrence vient renforcer le monopole. Le rôle de la prise de parole au sein d’une organisation est assimilable à l’exercice d’un contrôle démocratique fondé sur l’interaction des opinions et des intérêts. Un des meilleurs manière de faire pression sur une organisation est de la menacer de faire défection pour passer à une organisation rivale. L’auteur analyse que souvent, la concurrence, loin de brider les monopoles comme elle devrait le faire, leur apporte un regain de vitalité en les débarrassant des plus encombrants de leurs clients. Pensons également au Japon : la difficulté de trouver un lieu d’exil convenable a beaucoup contribué à enseigner aux Japonais les vertus du compromis. Dans les pays d’Amérique latine, par contre, la possibilité de l’exil est toujours offerte.
Au chapitre VI, l’hypothèse de l’auteur évolue : « Nous avons admis par hypothèse que tous les consommateurs portaient le même jugement sur l’évolution de la qualité, même si tous n’y étaient pareillement sensibles. Nous pouvons maintenant abandonner cette hypothèse. » (p.102) Le prix et la qualité sont deux domaines différents, celui du subjectif et de l’objectif . Quand le pris d’un produit baisse, tous les consommateurs s’en réjouiront. Mais quand la qualité « baisse », certains trouveront au contraire le produit plus à leur goût. La sensibilité à la défection et à la prise de parole varie suivant le type d’organisation considéré. Quand les deux jouent un rôle important, il s’agit de la perle rare, du cas où les membres peuvent à la fois faire défection et être expulsés.
Il est temps pour l’auteur de s’interroger sur le loyalisme comme stimulant de la prise de parole. Encore une fois, il montre que dans sa démarche, il confronte souvent les termes au profit de sa démonstration. Page 124, il pose la question suivante : « Il est évident que le loyalisme freine la tendance à la défection ; peut-on dire qu’en même temps il favorise le recours à la prise de parole ? ». Après une courte démonstration, il conclut que oui. Le loyalisme n’a pas pour seul avantage d’amener certaines personnes à demeurer plus longtemps au sein des organisations auxquelles elles appartiennent et à y prendre la parole avec plus de détermination et d’esprit d’invention qu’elles ne le feraient sans cela. L’auteur a montré que le recours à la prise de parole est d’autant moins probable que la défection est plus facile. Continuant dans sa progression, l’auteur fait apparaître que la possibilité de la défection vient renforcer l’efficacité de la prise de parole. Donc, la défection réduit la fréquence de la prise de parole mais en accroît la vigueur. Le loyalisme, est le concept qui permet de sortir de l’alternative binaire entre défection et prise de parole. Mais au fil des pages, l’auteur revient sur ses propos tenus sur le loyalisme. Jusqu’alors, il l’avait présenté comme une force qui, en venant freiner la défection, renforçait le rôle de la prise de parole et fournissait ainsi aux firmes et aux organisations la possibilité de prévenir le risque d’une défection massive ou prématurée. Mais le loyalisme n’est pas toujours si bénéfique. L’auteur a pris soin de vérifier s’il n’existait pas de situations qui venaient infirmer sa découverte. Il existe plusieurs procédés pour encourager le loyalisme : établir des droits d’entrée élevés et pénaliser lourdement la défection. Cette théorie est appliquable aujourd’hui aux procédés auxquels ont recours les opérateurs téléphoniques. Il existe des sanctions encore plus fortes dans le cas de la famille, la tribu, la nation, la communauté religieuse : l’excommunication, la diffamation systématique ou encore la privation de tous les moyens de subsistance. L’auteur en vient au cas du boycott. Il s’agit d’un acte qui combine les deux mécanismes de la défection et de la prise de parole. C’est une abstention temporaire, sans passer par un autre fournisseur.
Le pénultième chapitre évoque la prise de parole et la défection dans la tradition américaine. La défection jouit d’une position tout à fait privilégiée dans la tradition américaine, et pourtant il existe un nombre limité de situations dans lesquelles elle est totalement exclue. Les Etats-Unis se sont développés parce que des millions d’hommes ont préféré la défection à la prise de parole. Hirschman cite Louis Hartz qui a décrit cette situation. Il fait référence aux hommes révolutionnaires qui ont fait le choix de quitter l’Europe. Il existerait un cas propre à la tradition américaine ? Cela signifierait que le reste de l’ouvrage fait référence à des lois générales ? Ce projet semble un peu ambitieux. L’auteur a des présupposés. Sa démonstration a pour cadre une société où des échanges s’opèrent contre de l’argent. Or, ce n’est pas le cas partout. Et peut être que dans d’autre lieux et d’autres époques, le rapport à la défection et à la prise de parole était différent.
L’auteur conclut en faisant le point sur les limites de son étude. L’équilibre optimal entre défection et prise de parole serait un idéal jamais atteint. Dans les premiers chapitre de livre, ce sont surtout des situations dans lesquelles la défection faisait obstacle à la prise de parole qui ont été rencontrées. La défection se voyait assigner une importance excessive en tant que moyen d’aider une firme ou une organisation à recouvrer l’efficacité d’un premier fléchissement. Hirschman a montré que dans certaines circonstances la prise de parole pouvait constituer un instrument valable de redressement et qu’elle méritait d’être encouragée par des mécanismes institutionnels appropriés. Par souci d’équilibre, l’auteur a également traité la situation inverse caractérisée par l’absence totale de défection. Mais autant l’auteur fait le point sur son étude, autant il s’attarde bien peu sur sa méthode.

Qu’en est il de la grille d’analyse de l’auteur et de manière plus générale, de sa méthode ? Une des originalités de l’approche d’Hirschman est son caractère pluridisciplinaire. Défection et Prise de parole se fixe en effet comme objectif la réconciliation de l’économie et de la science politique.  Hirschman n’hésite pas non plus à convoquer la psychologie ou la biologie pour étayer ses thèses. Il critique parfois les concepts de base de l’économie classique, en raisonnant en terme d’organisation et non d’entreprise, en reconnaissant que le monopole peut être un élément plus dynamisant que la concurrence, en constatant que la protestation est plus facile dans des structures plus atomisées . Cette méthode lui permet d’appliquer sa théorie à de nombreux exemples, qu’ils soient économiques, historiques ou sociaux. Il vérifie également ses théories en tenant compte de l’aspect diachronique (la durée) et aussi synchronique (la simultanéité).
La démarche de l’auteur est hypothético-déductive. Mais les sciences humaines ont leurs limites : irrationalité, multiplicité des représentations, difficultés à généraliser, impossible neutralité. Parfois, la démarche empirique de l’auteur peut sembler gênante. Les lois qu’il énonce pourraient être facilement falsifiées par des contre exemples. A partir d’anecdotes, il forme des règles mais cette méthode est un peu utopique et Hirschman aurait dû plus faire attention aux limites. Pourquoi n’y a t il ni entretiens ni statistiques ? Ce livre semble être plus un essai qu’un livre de recherche. En sciences humaines, on fait plus appel à la causalité qu’à la loi. Or, dans le ton qu’emploie l’auteur, on peut avoir comme impression que tout ce qu’il dit coule de source.
Comment l’auteur vérifie-t-il ses hypothèses ? Les explications sont de plusieurs types. Tout d’abord, causales (les consommateurs s’en vont car c’est trop cher). Ensuite, actancielles (quel est l’impact de la défection et de la prise de parole). Et enfin, structural (les liens entre les différents systèmes tels que l’économique et la politique). En revanche, il ne fait guère appel aux modes d’explication fonctionnels et herméneutiques.  Il s’attache plus à la causalité externe qu’interne, voyant les liens qui peuvent exister entre différents systèmes.
Dans son étude, l’auteur explique l’importance de surmonter les passions et les préjugés qui règnent de part et d’autre pour être à même d’observer comment fonctionnent ensemble deux mécanismes, dont l’un relève typiquement du marché et l’autre de la politique, et de voir s’ils peuvent coexister harmonieusement en se renforçant l’un l’autre ou si, au contraire, ils s’opposent et s’annulent l’un l’autre. Une étude attentive de l’interaction des forces en présence montrera que les instruments de l’analyse économique ne sont pas inutiles pour éclairer certains phénomènes et vice versa. L’auteur espère montrer aux politiciens la valeur pratique des concepts économiques et aux économistes la valeur pratique des concepts politiques. Mais il ne se détache guère de ses propres conviction. Son oeuvre est bien celle d’un libéral convaincu et il est dommage que ses présupposés idéologiques interfèrent avec sa réflexion.
Page 114, l’auteur écrit « un parti sera plus souvent tenté de prêter l’oreille aux protestations émanant de ceux de ses membres qui sont hostiles à l’indécision de son programme que de miser sur les avantages que pourrait lui procurer l’assouplissement de ses propositions, avantages qui restent du domaine de la conjecture ». Mais est-ce toujours vrai ? Actuellement, en politique, il semble, pour certains partis, que la gauche souhaite prendre des électeurs indécis à la droite, et la droite, des électeurs indécis à la gauche.
Selon l’auteur, le caractère impensable de la prise de la défection, loin de réprimer la prise de parole, tendent à l’encourager. « C’est dans doute la raison pour laquelle les groupes traditionnels dans lesquels la répression ne porte que sur la défection se sont avérés beaucoup plus viables que ceux qui imposent des droits élevés tant à l’entrée qu’à la sortie » (p. 153). Mais est-ce toujours vrai ? Prenons le cas de l’ex URSS. Sous Staline, il était impensable de quitter le parti, tout comme il était très mal vu d’arrêter d’applaudir en premier un discours du petit père des peuples. Dans un régime de dictature, la prise de parole n’est pas nécessairement encouragée.
Hirschman énonce que les parents qui envisagent de faire passer leurs enfants de l’école publique à l’école privée risquent d’aggraver encore par leur acte de détérioration de l’enseignement public. « En réfléchissant sur les conséquences possibles de la décision qu’ils envisagent, ils renonceront peut-être à la prendre, soit pour des raisons d’ordre social, soit même en raison de leur intérêt personnel » mais y pensent-ils seulement ? C’est ce pas un peu utopique de songer que chaque parent a fait ce cheminement dans sa tête lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’école où il va aller ?
Page 168, Hirschman fait référence aux jeunes qui organisent  leur vie en marge de la société et explique que « le mécontentement suscité par l’ordre social ambiant engendre la fuite plutôt que le combat » et que « les insatisfaits désertent la société et cherchent à créer leur propre monde. Pourtant, on peut voir dans ses pratiques marginales une forme d’intégration de la société. Lorsque des syndicats mettent en place des zones de gratuité, chacun est libre d’y déposer des objets ou d’en prendre, qu’il fasse partie ou non du groupe. Les ensembles ne sont probablement pas si cloisonnés que semble le dire l’auteur.
Hirschman ne prend pas en compte que l’individu ou le groupe protestataire face à l’organisation ou au parti contre lequel il proteste. Il ne prend pas en compte les vecteurs qui transmettent les éléments déclenchant la protestation, ni la manière dont la protestation va être représentée à l’ensemble de la société. Qu’en est-il par exemple des médias ? D’autre part, Hirschman ne prend en compte que de manière superficielle l’idéologie et les croyances. Son analyse se borne à étudier les mobilisations rationnelles. Dans son chapitre sur le loyalisme, il souligne ainsi que le loyaliste reste toujours rationnel dans la mesure où son attitude témoigne de l’idée que le bien l’emporte toujours sur le mal. Il ne montre pas comment l’engagement peut modifier la perception et le comportement même du militant. Il oublie l’aspect émotionnel et celui de l’engagement. Il aurait pu pousser sa réflexion plus loin.
Ces lacunes tiennent sans doute au fait que malgré des ouvertures louables, la méthodologie reste celle d’un économiste. Dans le dernier chapitre, des tableaux récapitulatifs sont proposés au lecteur. Mais encore une fois, n’est-ce pas une vision un peu trop cloisonnée des choses ? De plus, était-il nécessaire de répéter encore une fois des propos qui pendant tout le livre sont plutôt redondants ? Mis à part les graphiques et les études sur les élasticités, le mouvement général de l’ouvrage se présente, en effet, comme une discussion des hypothèses fondant les concepts centraux, mais idéaux, de l’analyse. Par exemple, la réflexion portant sur les conditions d’efficacité de la prise de parole au début du chapitre VI, a pour point de départ la transformation de l’hypothèse selon laquelle tous les clients portent la même opinion sur le produit qu’ils consomment. Hirschman ne raisonne, par ailleurs, sur aucun terrain auquel il aurait été confronté, mis à part le cas du Nigeria qui lui sert de point de départ. Il réfléchit en voulant rationaliser des expériences particulières et uniques.

Malgré ses limites  ce modèle apparaît néanmoins très fécond. Sa portée universelle suggère, dans une visée plus ambitieuse, une véritable relecture de l’histoire du capitalisme occidental : celui-ci peut être en effet analysé comme une alliance entre la prise de parole permise par le pluralisme politique et la défection organisée par le marché concurrentiel. En partant de cette grille, Hirschman parvient à une grande richesse d’interprétation. Aussi son ouvrage trouvera-t-il écho au-delà du cercle des économistes, chez les politologues et les sociologues. Il sera aussi critiqué par ces derniers pour son économisme car être loyal, protester, ces choix ne peuvent être réduits à un arbitrage coûts contre avantages. C’est oublier le rôle des idéaux, des croyances et des affects dans l’engagement.

Posted by Alexandra Giroux

Les revues : du support papier au support numérique

Suite à l’arrivée des nouveaux médias tels que la télévision ou Internet, les revues ont dû se redéfinir et envisager des stratégies d’innovation pour avoir encore une place dans l’Espace Public. Actuellement, l’édition d’un texte peut être réalisée sur un support papier mais aussi sur un support numérique. Ce dernier support est actuellement de plus en plus favorisé, et cela, pour trois raisons : l’accroissement de l’utilisation d’Internet, l’augmentation du prix des revues papier et le désir des auteurs de pouvoir publier simplement. Remue.net, Cybergéo ou encore EspacesTemps.net sont quelques avatars des nombreuses publications disponibles en ligne. Ces revues ont le choix entre deux stratégie éditoriales : soit elles décident de se démarquer totalement de leurs aînées soit elle décident au contraire de s’en rapprocher. Cinq schémas peuvent alors être adoptés : la publication intégrale et immédiate, la mise en ligne différée, le développement d’éditions spécifiquement électroniques, la mise en ligne comme valeur ajoutée ou la mise en ligne patrimoniale.

Quelle que soit la solution choisie, le résultat est le similaire, en l’occurrence des documents deviennent  disponibles très rapidement, partout dans le monde. Mais faut-il considérer ce nouvel outil comme un risque qui menace notre liberté d’écrire, de penser et de réfléchir ? Ou bien au contraire faut-il y voir un pas de plus vers l’utopie borgesienne de la bibliothèque de Babel, vers une bibliothèque d’Alexandrie contenant tous les textes jamais écrits, tous les livres jamais publiés ? Les revues en ligne sont assez récentes dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous devons donc nous les approprier et savoir en tirer tout ce qu’elles peuvent nous offrir. Des travaux sur ce sujet datant de bien avant l’an 2000 montrent que dès cette période, le potentiel de ces publications sur Internet était pressenti. Chaque jours, les pratiques évoluent, se redéfinissent et nous sommes arrivés à un stade où nous sommes prêts à lire des revues en ligne.

Ces publications électroniques sont tout d’abord l’occasion de suppléer un manque du côté du papier. Le déclin des revues dites « traditionnelles », en France, qui s’est accéléré au milieu des années soixante-dix, à l’époque où la télévision faisait son entrée massive dans les foyers, tient en partie à son mode de diffusion. Alors que les moyens d’information audiovisuelle sont à portée de la main, il faut sortir pour aller acheter le journal ou attendre, si l’on est abonné, la tournée du facteur. La revue en ligne change la donne car elle est accessible directement sur un ordinateur, depuis chez soi, pour peu que l’on ait une connection à Internet. Certains noteront le problème de la dépendance à la technique mais elle est à relativiser. Lire une revue en ligne dans un train est déjà possible pour les utilisateurs qui peuvent connecter leur ordinateur sur leur téléphone mobile. Dans quelques années, il est fort probable que le wifi par satellite devienne le mode de connection le plus utilisé. Ainsi, si l’on écarte les éventuelles pannes, il serait possible de se connecter quasiment partout et à tout heure, et accéder ainsi à une information de manière très facile, pour peu que l’ont ait accès à une prise de courant ou que son ordinateur ait une batterie.

Pierre Bourdieu, pour parler de l’édition qui vise la rentabilité immédiate, recherche les gros tirages, d’une durée de vie éphémère, utilise l’expression de « champ de la grande production ». Il s’agit donc de s’interroger sur la possibilité pour cette dernière de laisser de la place au « champ de production restreinte » qui édite des ouvrages à faible rotation, conçu pour le long terme et pour un public souvent spécialisé. Les revues en ligne sont une tactique au sein de la stratégie éditoriale. Si les rayons des libraires sont plein à craquer, si les subventions sont difficiles à obtenir, si communiquer  équivaut pour un noyé à tenter de sortir la tête de l’eau, alors l’édition en ligne peut être une solution. Reste à s’interroger sur les conséquences de ce changement éditorial, à commencer par l’impact que cela pourra avoir sur le type de lectorat.

L’arrivée de ce nouveau type de publication provoque des bouleversements envers ceux qui avaient avant uniquement contact papier. Le libraire aura moins de revues perdues dans les rayons, sous les nouveautés. Le journaliste aura un accès facilité à l’information. L’éditeur n’aura plus la question du choix financier à faire, face à une publication non rentable. La bibliothèque gagnera en stockage et en recherche d’occurrence. Les revues en ligne sont aussi intéressantes pour les universitaires : ils publient plus facilement et ont un accès plus aisé aux travaux de leurs confrères, même si l’institution privilégie encore le papier.

Pour mieux connaître les lecteurs de revues en ligne, une étude qualitative a été réalisée à Jussieu, dès 1999, afin d’établir une grille indicative des utilisateurs de revues en ligne. Quatre profils types ont pu être définis : le surfeur, le rameur, le conservateur et le rat de bibliothèque. Le surfeur a un environnement favorable à l’usage des revues électroniques : il a un bon équipement informatique, peu de bibliothèque de proximité, a un bon statut social et aime Internet. Le rameur est lui aussi à l’aise avec l’informatique mais son statut est moins élevé, son matériel informatique est moins bon et il a des bibliothèques proches dans son entourage : son environnement favorise moins l’accès aux revues en ligne. Le conservateur a un bon équipement informatique, un bon statut, peu de ressources proches mais il est très attaché au papier : peu expérimenté, il pense qu’un apprentissage de l’outil informatique serait une perte de temps et il a un rapport quasi fétichiste à la revue. Le rat de bibliothèque habite près d’une bibliothèque et a un matériel informatique insuffisant : tout concourt pour lui au fait de préférer se tourner vers le papier. Ces catégories ne sont bien sûr pas cloisonnées. Elles permettent simplement d’avoir une vision générale des types de lecteurs de revues en ligne. Dans tous les cas, ils sont confrontés au quotidien à plusieurs supports.

Les écrits relèvent actuellement de trois formes coexistante : le manuscrit, l’imprimé ou l’électronique. Ces trois modes de diffusion ne sont pas nécessairement concurrents mais plutôt complémentaires. Le lecteur peut sembler déstabilisé en passant de la lecture de la revue papier à la revue en ligne mais souvenons-nous que cette modification des usages a été assez similaire lors du passage du volumen au codex. Une fois établie la domination du codex, la logique de sa matérialité at été intégrée dans la construction des oeuvres : ce qui auparavant était rouleau est devenu livre. De la même manière, la lecture se faisait avec le volumen en « déroulant » la feuille alors qu’avec le codex, on « tourne » des pages. L’électronique invite également à redéfinir la construction de la revue : on déroule page HTML ou le PDF, on peut cliquer sur les liens hypertextes, ré-invantant les notions de « linéaire » et « séquentiel » propre au support papier. Comme l’explique Jean-Yves Mollier, « dans ce monde textuel sans frontières, la notion essentielle devient celle du lien, pensé comme l’opération qui met en rapport les unités textuelles découpées et qui ainsi conduit la lecture. » Christian Vandendorpe explique ajoute à ce propos que « l’expérience de la lecture et de l’appréhension du texte ne sont pas du même ordre selon qu’elles s’effectuent à partir d’un livre, d’un écran d’ordinateur, d’un livre électronique ou, demain, d’un codex numérique ». Dans le cas d’une revue en ligne avec hypertexte, le butinage souvent est préféré à la lecture approfondie. Le copier-coller et les sauvegardes ou mises « en favori » de site remplacent la mise en couleur du papier par les marqueurs fluo.

La problématique des revues est en lien avec ce que Boltanski et Chiapello appelaient la « coopétition », c’est-à-dire un mélange entre la coopération et la compétition. Que publier en ligne pour aider les autres sans pour autant qu’ils ne nous devancent ? Vaut-il mieux publier un contenu sur papier ou sur format électronique ? Dans le cas de revues scientifiques, obtenir les publications de résultats des autres passe par partager aussi les résultats de son travail. Mais publier un contenu riche et intéressant est aussi un moyen pour une petite revue de gagner en visibilité et d’acquérir un intérêt pour les plus grands. L’intérêt de la revue en ligne est qu’elle est très facile d’accès et de consultation, dès lors que l’on a accès à une ordinateur. Mais certaines revues proposent également un contenu payant. Il peut s’agir des derniers numéros, des archives ou d’articles uniquement consultables en ligne.  Souvent, les revues en ligne ont auparavant été des revues papier : il faut tenir compte de cet état de fait pour que le site valorise cela, le complète, le prolonge. Les revues peuvent ainsi choisir une mise en ligne intégrale des archives ou bien fixer une période de restriction durant laquelle la mise en ligne du texte intégral d’un numéro est différée. Au terme du délai fixé, l’ensemble des articles devient librement accessible en ligne, et le numéro concerné peut connaître une seconde vie. Il est normal qu’une revue ayant une longue histoire souhaite valoriser ce passé par la publication de numéros anciens ou épuisés. Mais la numérisation rétrospective est une oeuvre techniquement difficile, coûteuse en moyens humains et informatiques.
Le texte numérique est intéressante dans le sens où il se rapproche du schéma de fonctionnement de la pensée humaine. Grâce au lien hypertexte, l’internaute est libre de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect d’un texte, tout comme dans son imaginaire, il réfléchirait à une chose donnée plutôt qu’à une autre. Le format papier ne permet pas de consulter aussi facilement ce qui nous intéresse. C’est en ce sens que la revue électronique est intéressante : dans un contexte professionnel, la navigation est très rapide et aisée, au gré du désir de l’utilisateur. Roger Chartier parle de « nouvelle matérialité du texte » : l’usager est confronté à une nouvelle manière d’évoluer dans un texte, butinant, suivant les pointeurs, se redirigeant sans cesse vers ce qui l’intéresse, le préoccupe – que ce soit des notes de bas de page ou des sources. Chercher une occurrence précise devient également bien plus aisé que dans un texte papier, grâce à l’outil « rechercher dans la page », intégré au navigateur. Le texte figé sur le papier tel que nous le connaissions prend une autre dimension. Nous créons notre parcours mental, suivons les possibles, guidés seuls par notre esprit.

Les revues en lignent cherchent actuellement à acquérir une meilleur visibilité. Pour cela, elles ont recours à des portails comme Revues.org, Cairn, Ent’revues ou encore Persée. L’avantage de ce type de portail est qu’il offre une visibilité tout en garantissant la préservation de l’image et de l’autonomie éditoriale. Mais la performance technique ne suffit pas à faire un projet de communication et de société. Le risque, en individualisant la communication, est d’avoir des difficultés par la suite à renouer avec une aventure collective. La notion de communauté est importante car si tout le monde publie mais que personne ne lit, la revue en ligne ne sert à rien, sinon à flatter l’ego des auteurs qui trouveront une occurrence supplémentaire lors de leurs séances d’egosurfing. Le problème n’est pas nouveau : Voltaire au siècle des Lumières ou même Alain Finkielkraut dans les années Lang s’insurgeaient déjà devant « l’armée de graphomanes ». Diderot disait même des publications se multipliant que « tous ces papiers sont la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire ». Ce n’est pas parce que la technique facilite  la publication, que pour autant n’importe qui qui écrira sera un génie. Cela n’empêche que les revues en ligne sont de plus en plus lues. Le site Revues.org a vu sa fréquentation multipliée par dix de 2001 à 2004. Au-delà de l’intérêt du lecteur, ce phénomène s’expliquant aussi par une augmentation du nombre de personnes ayant accès au haut débit et un plus grand nombre de ressources disponibles en ligne.

Face aux nouvelles possibilités offertes par l’édition en ligne pour les revues, il convient de ne témoigner ni d’un enthousiasme hâtif ni d’une naïve utopie. C’est à chacun de nous de réinventer sans cesse nos manières de lire et d’écrire, compte tenu de ce nouveau support. Il ne faut pas laisser passer cette opportunité historique, où l’accès au savoir est facilité. L’édition en ligne doit montrer ses capacités réelles et sa capacité à endiguer la crise que connaît l’édition classique. Car nous sommes prêts à lire des revues en ligne. Certes, il convient de rester prudent face au danger d’une culture qui ne passerait que par la technique, ce qui augmenterait notre dépendance à la machine. Mais les revues en ligne matérialisent l’espoir que pour chacun, apprendre pourrait se définir par sa capacité à chercher, trouver et intégrer des informations glanées sur la toile. Elles se dirigent vers une complémentarité, une hybridation et un inter-fécondation des supports textuels. Le temps est venu de considérer positivement les publications électroniques mais elles doivent être un complément au support plus traditionnel que nous connaissons, pas un remplacement. A présent, c’est aux portails et aux revues elles-même de nous donner des garanties pour que l’institution reconnaisse la légitimité de ce type de documents. C’est aussi aux informaticiens de proposer des supports encore plus maniable et agréables pour convaincre ceux d’entre-nous qui sont encore réfractaires. Mais par dessus tout, c’est la communication qui prime. Il faut « faire bien et faire savoir », car pour lire une revue en ligne, il faut déjà être informé que cela existe.

>> Mémoire “Les Revues : du support papier au support numérique”

Posted by Alexandra Giroux

Rencontre avec Amélie Nothomb

Les rencontres du livre sur la place proposaient mercredi 24 janvier à l’Opéra une conférence en présence d’Amélie Nothomb. Les plus chanceux d’entre vous on reçu dans leur boîte aux lettres un carton d’invitation au texte prometteur : « Le phénomène Nothomb, international, fascine la plupart du temps, irrite parfois, mais ne laisse personne indifférent ». Heureusement, la rencontre valait un peu plus que cette petite phrase multi-usage. Certes, il y a six ans, quand Amélie Nothomb était venue pour la première fois, Françoise Rossinot lui avait posé quasiment les mêmes questions, mais l’auteur répond toujours avec autant de patience et d’humour.

Amélie Nothomb est beaucoup lue par les adolescents, probablement parce qu’elle évoque le malaise identitaire. Si certains critiquent cela, elle s’en fiche : « les critiques ne seront jamais aussi méchants que ma grand-mère ! » A 17 ans, alors que cette dernière la rencontrait pour la première fois, elle lui a en effet dit « eh bien ma petite, j’espère que tu es intelligente car tu es vraiment très laide ».

Dans « Biographie de la faim », elle écrit « la faim, c’est moi ». Elle a appris à lire toute seule, toute petite, dans « Tintin » : c’est une bonne méthode, ça peut servir. Une faim qui la pousse à 3 ans à lire la Bible – Jésus est un héros que l’on peut facilement aimer -  et à 6, à dévorer le dictionnaire. A 9 ans, elle découvre « Les Misérables ».

De part le métier de son père, ambassadeur de Belgique, elle déménage de nombreuses fois, vivant successivement au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, au Bengladesh, en Birmanie et au Laos. A 12 ans, en Birmanie, pays où tout le monde meurt de faim, elle se fait violer et sombre dans l’anorexie, acte considéré là-bas comme immoral et indescant, quand on a les moyens de manger. Sa maladie a duré deux ans, neuf ans si l’on compte le temps où il faut réapprendre à manger. Buvant des litres d’eau avant de se faire peser, elle aurait voulu qu’on lui dise qu’il y a moyen de s’en sortir. A présent, c’est elle qui peut en témoigner. A 17 ans, elle découvre Nietzsche et le surhomme : « tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort ». Un livre salutaire pour elle, « qu’est-ce que je dois être forte » se dit-elle.  Quelque chose qui l’a autant aidé que de traduire « l’Illiade et l’Odyssée », du grec – langue synthétique, au français, même si ce n’est pas donné à tout le monde. L’anorexie faisait tout fondre, même le cerveau. Le Diable est celui qui sépare. Manger sépare le corps et l’esprit. L’écriture est une couture pour les ressouder.

Le rituel d’écriture d’Amélie est connu. Quatre heures, réveil. Un demi-litre de thé très fort du Kenya. La tête explose et la théine est rejetée en encre bic cristal bleu, sur des cahiers d’écolier. Le cycle d’écriture dure quatre heures. S’en suit la correspondance avec les lecteurs. Son bureau ressemble à celui de Gaston Lagaff. La réponse se fait sur le critère de qualité de la lettre et d’effondrement de la pile. Elle reçoit beaucoup de petits cadeaux, si bien qu’elle se dit parfois « Amélie, tu dois manger du chocolat », sinon, il n’y a plus de place.

Ses romans sont toujours courts. « Une chose si atroce ne peut pas durer trop longtemps » déclare-t-elle. Elle ne fait pas exprès. C’est biologique. Ses grossesses durent trois mois. L’avantage est qu’il est facile de relire ses ouvrages pour le plaisir. Peut être qu’un jour il y aura une mutation génétique de la grossesse. Françoise Rossinot espère juste qu’il n’y aura pas de ménopause littéraire.

Amélie Nothomb raconte qu’elle est tombée enceinte de son dernier roman, « Journal d’Hirondelle » suite à une anecdote réelle.  Une « colombe du saint esprit » était entrée dans son appartement, s’est coincée derrière la télévision et est morte (Amélie n’avait-elle pas dit ne pas regarder la télévision ? Est-ce parce qu’elle est si dangereuse ?) Etait-ce du chamanisme, la graine du livre commençait à germer, l’auteur était devenue un instant oiseau, voyant Amélie lui courir après pour la sauver.

« Journal d’Hirondelle » est une histoire d’amour dont les éléments auraient été mélangés par un fou. Tous les livres d’Amélie sont d’ailleurs des histoires d’amour qui ne disent pas leur nom. Celle de son prochain livre finira bien nous confie-t-elle. Ou tout du moins, c’est son interprétation.

L’interview se finit par un petit questionnaire à la Bernard Pivot.
Mot préféré ? Pneu.
Mot détesté ? Hormone.
Drogue préférée ? Le thé.
Son préféré ? La porte qui s’ouvre quand on a attendu longtemps le retour de l’être aimé.
Son détesté ? Le tableau qui grince.
Juron préféré ? Foutre ciel.
Métier le plus horrible ? Comptable.
Désir de réincarnation ? Eponge.
Si Dieu existe, il dirait à Amélie… « Si j’avais eu un enfant, j’aurais voulu qu’il soit comme vous ».

La rencontre a été suivie d’une séance de dédicace sur place avec la participation de la librairie « A la Sorbonne ». De nombreuses personnes n’ont pas hésité à faire longuement la queue, dans l’espoir de repartir avec un gribouillage personnel de l’auteur voire même, un peu de rouge sur la joue. Il fallait en profiter : elle ne fait plus les salons du livre, bonté pour les écrivains qui sont à côté d’elle et que personne ne vient voir.

Posted by Alexandra Giroux

Ruwen Ogien contre le moralisme personnel

La pornographie définit toute production – écrit, dessin, peinture, photographie, film, spectacle – qui vise à provoquer l’excitation sexuelle. Souvent, elle est considérée comme blessante ou dégradante pour la dignité de la personne, en raison de la présence explicite ou implicite d’éléments de contrainte, de violence physique ou psychologique, de mépris ou de déséquilibre de pouvoir. Dans de nombreux pays, sa diffusion est soumise à la loi, par un âge minimum requis ainsi que des espaces et des moments bien définis. Ainsi, la pornographie entretient des liens étroits avec la question de la morale. Dans son ouvrage, Penser la pornographie, Ruwen Ogien s’intéresse au rapport entre ces deux notions. A travers son étude, il définit le concept d’ éthique minimale. Comment envisager la pornographie autrement qu’à travers tous les clichés et les aprioris que nous en avons ? A la lecture de ce texte, quelques éléments de compréhension sont apportés au lecteur. Quelle est la justification de la stigmatisation de la pornographie par la société ? Dans cette guerre métaphysique et morale, comment Ogien nous exhorte-t-il à aller contre le moralisme personnel ?

Alors que l’idée de l’érotisme est de suggérer, de montrer l’âme à travers les corps personnifiés, la pornographie a un but totalement opposé : gros plans sur les organes génitaux, vulgarité – il s’agit de susciter les satisfactions brèves du consommateur. Face à la pornographie stigmatisée, Ruwen Ogien pose le concept d’éthique minimale. Conception qui propose de réduire la morale à trois concepts. Selon l’auteur, de nombreux libéraux devraient s’en remettre aux trois principes suivants : neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien, principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui et principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.
L’éthique et la morale sont deux concepts différents. La morale a une connotation religieuse, elle comporte une notion de contrôle imposée de l’extérieur, elle porte sur le bien et sur le mal et crée des obligations. L’éthique quant à elle est laïque, comporte une notion d’auto-contrôle, part de l’intérieur de la personne, porte sur le positif et le négatif, elle nous fait réfléchir et nous responsabilise.
Le juste et le bien sont également à différencier. Le juste a une dimension collective alors que le bien renvoie à la personne, à l’effet que la pornographie pourrait avoir sur l’individu.
Souvent, les détracteurs de la pornographie mettent en avant qu’elle va contre la dignité de l’homme. Porterait elle atteinte à notre qualité de personne humaine en nous présentant comme des objets ? Selon l’auteur, il s’agit d’une autre manière de parler d’ « outrage aux bonnes moeurs » ou de « troubles à l’ordre public ». La pornographie est vue comme « réifiante », « objectifiante » et « déshumanisante ». Mais au fond, qui est réifié ? Les personnages ? Les catégories représentées ? Les spectateurs ? Est-il au moins vrai que la pornographie réifie ? Si ce postulat est vrai, en quoi est-ce un problème ? Les acteurs ne peuvent être considérés comme objets puisqu’ils ne répondent pas aux critères d’absence d’autonomie, d’inertie, de violabilité, de possession et d’absence de subjectivité. Ils répondent seulement aux critères de fongibilité et d’instrumentalité. L’auteur explique que « pour un kantien, le traitement comme objet peut être acceptable tant que l’autonomie (ou le consentement) n’est pas niée ».
Si tant est que la pornographie objectifie, est-ce nécessairement un mal ? N’est ce pas au contraire une force qui lui permet de s’inscrire dans un important mouvement intellectuel ou artistique contemporain ?  Sur quelle nuisance se base-ton alors pour condamner la pornographie ?

Ce genre cinématographique auraient selon certains des effets immédiats et durables, sur  le problème de l’émancipation de la femme et sur la protection des enfants. Dans notre époque post soixante-huitarde, l’idée que la femme pourrait être un objet est violemment critiquée. Au fond, qu’il s’agisse de la femme ou de l’Homme, le problème est le même. Les corps présentés dans la pornographie ne peuvent être considérés complètement comme des objets et s’ils le sont, ce n’est pas un argument suffisant pour s’y opposer. Qu’en est-il des enfants ? La pornographie leur est interdit alors que dès treize ans ils sont considérés comme assez responsables pour aller dans des centres de correction et dès quinze ans, ils ont la majorité sexuelle. Pourquoi la pornographie ne leur serait accessible qu’à partir de dix-huit ans ? Probablement qu’elle n’intéresserait pas les tous petits et si elle intrigue les plus grand, où est le mal à vouloir satisfaire cette curiosité ? Lorsque le double cryptage a été recommandé à la télévision, pour la diffusion, au delà du comportement « laxiste » des parents ou de l’Etat, c’est le comportement des jeunes qui a été dénoncé. Au lieu de parler d’une génération violente et sans repère, ne vaudrait-il pas mieux valoriser les principes de liberté de s’informer, d’éducation dans l’autonomie et de refus du traditionalisme ?
L’auteur se propose de revenir sur trois points. Une préférence peut être injuste ou répugnante mais pourquoi le serait-elle plus si c’est un enfant qui l’exprime ? Ensuite, il explique qu’il pourrait exister des raisons normatives de défendre l’idée que « la pornographie ne doit pas détenir le monopole des moyens de satisfaire [sa] curiosité sexuelle » mais aussi des raisons du même genre de ne pas l’interdire complètement aux jeunes. Enfin, il pose la question de savoir quel prix nous sommes prêts à payer, en terme de liberté publique pour « épargner » les enfants.
Ces trois reflexions le mènent à la question des droits de l’enfant où il confronte « illégal » à « psychologiquement traumatisant » et les « dommages psychologiques aux « dommages idéologiques ». Les progressistes y sont vivement critiqués puisque dans côté, ils considèrent les enfants responsables juridiquement et sexuellement, et de l’autre, la pornographie leur est interdite. Ogien commence par prendre l’exemple des impôts : il est illégal de ne pas les payer mais ce n’est pas pour autant que le percepteur risque d’être traumatisé psychologiquement. A l’inverse, une rupture n’est pas illégale mais elle peut avoir de forts dommages psychologiques. Peut être est-ce en suivant l’opinion publique ou les moeurs que le législateur a interdit qu’un message pornographique soit diffusé s’il risque d’être vu par des mineurs. Il instaure une règle mais qui peut démontrer qu’elle est liée à un désir de prévenir des dommages psychologiques ? Le lien entre la vision de ces images et les éventuels traumatisme est-il si net ? Certes, il y a des émotions immédiates comme l’excitation ou le dégoût mais qui a prouvé qu’il y aurait des « atteintes durables à l’identité personnelles » par exemple ? Des expériences sur des enfants semblent inconcevables du point de vue de la morale, probablement car elles seraient considérées comme « violentes » même si encore une fois, l’existence de liens entre pornographie et violence est à démontrer.
Une tendance encore plus désastreuse consisterait selon l’auteur, à confondre le psychologique et l’idéologique. Dire que la pornographie encourage à dissocier les sentiments et la sexualité n’est pas un problème psychologique authentique. C’est simplement la défense d’une idéologie conventionnelle. Et de toute façon, dissocier sexualité et amour est-il plus grave que de dissocier sexualité et procréation ?

Au fond, dans ces guerres métaphysiques et morales, Ogien se positionne contre le moralisme personnel. Il fait même état de situations où le sexe est légitimé. Si l’on condamne le traitement froid du corps, il faudrait également s’en prendre aux sciences naturelles, aux documentaires et à une grande part des arts plastiques. Le corps pouvant être lui aussi un médium, nombreux sont les réalisateurs ayant montré explicitement dans leurs films des représentations répondant stylistiquement aux critères de la pornographie. Il suffit de penser à Lars von Trier, Catherine Breillat ou encore Bruno Dumont. Est-ce pour autant que leurs oeuvres ont moins de valeur ? Question rhétorique, évidemment que non. Certains films pornographiques peuvent d’ailleurs même être élevées au rang d’oeuvres, comme par exemple le film Lilith où Ovidie est réalisatrice. Dans ce film, l’héroïne a une psychologie importante à saisir pour la compréhension du film. Psychologie nécessaire et bien plus que dans des documentaires d’information ou d’éducation sexuelle : là, les sexes ne sont que sexes ! Sur de grandes chaînes familiales comme « Planète », on peut voir des sexes en activité sans même savoir à qui ils appartiennent.
Alors pourquoi ces discours de protection ? Se positionner contre la pornographie, n’est-ce finalement pas une manière de vouloir se préserver soi-même et la société ? Les pornophobes, avant de vouloir protéger leurs enfants ne voudraient-ils pas se protéger personnellement ? Dans ce cas là, la pornographie est une affaire plus privée que publique. Si ces réactions sont du pur moralisme, elles sont injustifiées du point de vue de l’éthique minimale. Vouloir faire des zones réservées à la pornographie dans les villes consisterait de la même manière à la ghettoiser, la stigmatiser. De même, quelles sont les motivations des associations dites de protection de la famille ou religieuses ? L’argument des enfants n’est-il pas un prétexte pour censurer des messages qui ne plaisent pas à ces personnes mêmes ? Les combats de ces associations peuvent même aller contre l’art ultra conceptuel. Pourquoi ces mêmes associations ne sont pas si virulentes lorsque des enfants sont victimes cette fois de pédophilie par les prêtres ? Les enfants seraient alors un prétexte pour combattre « la bête moderniste ou progressiste ».

Il convient pour finir de s’interroger sur la rigueur méthodologique d’Ogien. Lorsque l’auteur évoque la stylistique des film et leur fin, il écrit « fin de toute façon bâclée et incroyablement bien-pensante dans de nombreux films, à ce que disent les plus courageux qui ont eu la curiosité de les examiner ». Est-ce un trait d’humour ou laisse-t-il supposer que lui-même n’est jamais arrivé à la fin d’un film pornographique ? Cela voudrait-il dire qu’il écrit un essai sur un sujet qu’il ne connaît finalement même pas entièrement ? De plus, souvent, il part d’exemple précis et uniques pour expliquer son idée. L’induction est-elle le meilleur moyen pour son argumentation ? Il prend par exemple le cas d’un psychiatre spécialisé dans le développement psycho-sexuel qui affirma qu’en vingt cinq années de pratique, il n’avait jamais été confronté à des problèmes psychologiques provenant de l’exposition à la pornographie. Est-ce parce que ce médecin n’a pas rencontré de tel cas qu’effectivement ils n’existent pas ? Quand il écrit « aucun jeune, je suppose, ne s’est retrouvé aux urgences médicales après avoir vu un film ou lu un livre pornographique », on a envie de lui demander sur quoi il base ses suppositions. S’il s’était un peu plus renseigné sur le sujet, il aurait constaté qu’aux urgences, les médecins sont parfois confrontés à des cas bien étranges comme des objets tranchants coincés dans des cavités intimes. Probablement que l’idée de cette pratique n’est pas tombée de nulle part.
Des approximations sont également     présentes dans son texte. Ogien écrit, en parlant du lien entre sexe et amour, « Les jeunes d’autrefois qui, dit-on, ne séparaient pas ces choses ont-ils eu une vie sexuelle et amoureuse d’adulte plus belle, plus épanouie ? » Dit-on ? Qui est « on » ? Et de quels jeunes parle-t-on ? De quelle époque ? S’agit-il des jeunes gens qui était mariés tôt par leurs parents, ensemble, dans le seul but de capitalisation de la propriété ? Dans ce cas la réflexion de l’auteur est contestable.
De la même manière, une autre réflexion manque un peu de rigueur : « Personne ne pense à interdire la vente de bière ou de pastis sous le prétexte que les enfants risquent d’ouvrir une bouteille quand leurs parents sont au travail ou à l’hypermarché ». Justement, l’auteur a tort car la vente d’alcool est soumise à une législation stricte : certaines enseignes n’ont pas le droit d’en vendre après vingt-deux heures et dans un bar, il faut être âgé d’au moins seize ans pour consommer une boisson alcoolisée. La comparaison n’est donc pas pertinente.

A travers ce texte, Ogien montre comment il est nécessaire de repenser la pornographie, au-delà de nos a prioris qui nous incitent à la condamner radicalement. Même si l’auteur ne prend jamais clairement position, il montre que les arguments des pornophobes sont facilement contestables. La pornographie est plus une affaire privée qu’une affaire publique. Nous devons envisager notre rapport à elle de manière individuelle. Si certains la considèrent comme dangereuse, elle peut aussi être pour d’autres un élément d’épanouissement comme le montrent les recherches actuelles des porn studies aux Etats-Unis.

Posted by Alexandra Giroux

Mell – « C’est quand qu’on rigole » – Sortie le 24 septembre 2007

Mell, 24 ans, 32 dents et un troisième album qui sort le 24 septembre. Ses plaies, c’est du passé, elle vous fait le coup de la panne et voilà dans votre auto radio C’est quand qu’on rigole. Produit par le label Mon Slip, l’album culotté est aux couleurs sanseverinesques du fait de la collaboration d’Hervé Legeay et Gipi Cremonini, guitariste et contrebassiste du chanteur jazzy.

La jeune nancéienne souffle sur les nuages, l’émotion à fleur de plume. Pour cet album réalisé par Christian Olivier, Mell s’est essayée à la musique mais aussi au texte. Elle écrit des mots crus, les crache dans un petit micro et nous fout la trique.

Le son très « scène » de l’album confirme que c’est là que la jeune chanteuse révèle au mieux son talent. Sa prestation scénique au festival « Alors ! Chante… » de Montauban édition 2007 a d’ailleurs été récompensée par le « Prix Félix Leclerc de la chanson », ce qui lui offre son laisser-passer aux Francofolies de Montréal, en 2008.

A ceux qui voudraient voir la pile électrique sur scène, rendez-vous sur http://www.myspace.com/mellturbo pour le détail des dates. Pour les pantouflards, il vous reste son prochain single, « Sans parapluie », pour faire du bien à vos oreilles. Une chanson parfaite pour septembre et un album idéal pour la rentrée !

>> Zicmu – Rentrée 2007

Posted by Alexandra Giroux

Guide à l’usage de la jeune fille bien élevée

T’avales ou t’avales pas ?

Les noyaux des cerises et des olives
Votre mère vous a menti, vous ne risquez pas de voir un arbre pousser dans votre ventre. En réalité vous risquez bien pire. Reportez vous au livre des bonnes manières de la baronne de Rothschild (elle en sort un tous les ans) et vous comprendrez que c’est le meilleur moyen pour flinguer votre vie sociale. Apprenez à vous servir d’une petite cuiller et déposez les noyaux au bord de votre assiette.

Des fruits pourris et des litres de thé corsé
Syndrome typique de la post-ado rebelle qui se prend pour Amélie Nothomb la potomane. Ressortez votre collection de Ok Podium, vous verrez qu’il y a d’autres moyens de s’affirmer. L’important, c’est « d’être bien dans ses baskets », surtout « être soi même » et « si on était tous pareils, ce serait triste ».

« Ta mère est une voleuse, elle a pris les plus belles étoiles du ciel pour en faire tes yeux. »
N’avalez pas ça. Si un garçon récite cette phrase, il y a de fortes chances qu’il veuille jouer au papa et à la maman avec vous. Prudence, veillez à ne pas choisir comme géniteur un garçon en manque d’inspiration qui a composé le « 8 22 22 » pour recevoir un poème love.

Les trognons de pommes
On conviendra que ce n’est pas très classe mais selon Jannie Longo, c’est la seule solution pour trouver les substances nécessaires à l’assimilation des vitamines du fruit. A la poubelle couteaux et économes, rien ne se perd.

Une caméra
Il ne s’agit pas d’une nouvelle performance de Catherine de Donatie. La radio caméra est utilisée comme alternative à l’endoscopie. Pratique, petite (deux centimètres et demi sur un), il suffit de l’avaler et ça tourne.

Votre chewing-gum
Préférez l’alternative du clou de girofle et laissez aux autres les nouveaux Eclipse®, même s’ils ont été élus produits de l’année. Retournez aux produits naturels grâce à cette plante antiseptique – dont se sert même par votre dentiste – et retrouvez une haleine fraîche.

Du liquide séminal
Si vous postulez pour Le Bachelor ou Montre-moi ton long couteau, le prochain Marc Dorcel, n’hésitez pas une seconde et réclamez du rab. Si en revanche, c’est Jean-Loulou, le mec sympa de la boîte qui vous fait cette proposition, tenez lui un discours raisonné. Certes, c’est plein de protéines mais vous n’avez pas forcément faim.

Du verre pillé
Pas très original, Sylvain Mirouf l’a fait avant vous. Mieux, Michel Lotito a cette habitude depuis 1986,  et sans trucage. Il a même réussi à avaler une bicyclette et un avion, ce qui lui vaut de figurer dans le Livre des Records.
>> VHSzine n°13 – Avalez !