Posted by Alexandra Giroux

La pire façon de manger

Quelle est la pire façon de manger ? “Il faut manger plus gras et plus sucré” pourriez-vous être tentés de répondre. Bon début, mais c’est oublier d’autres points fondamentaux qui vous permettront de réduire votre énergie, de vieillir plus vite et par-dessus tout d’engraisser. Voici les huit points à prendre en compte dans votre alimentation pour suivre les préceptes de la pire façon de manger :

1. La densité calorique ou comment grossir et accélérer le vieillissement

Pour grossir et accélérer le vieillissement, privilégiez les aliments à densité calorique élevés. De plus vous serez rassasiés moins vite donc vous mangerez plus ! A vous pain au chocolat, bacon grillé et saindoux. Mhh, un délice !

2. La densité nutritionnelle ou le risque du plein de vitamines

Encouragez les déficits en vitamines et minéraux et favorisez les maladies chroniques : évitez donc de consommer des végétaux, des fruits, des oléagineux secs, des céréales complètes, des abats et des fruits de mer.

3. Le score antioxydant : vive les radicaux libres

Accélérer le vieillissement naturel et augmenter le risque de maladies chroniques et dégénératives, c’est possible ! Le test ORAC (Oxygen Radical Absorbance Capacity) vous permettra d’identifier le pouvoir antioxydants des aliments consommés. Méfiez-vous comme de la peste des légumes crucifères, des fruits rouges, des coquillages, de l’ail etc… bien trop riches en antioxydants pour notre projet.

4. L’index glycémique et la charge glycémique pour favoriser le diabète et le surpoids

Encore une fois, il est très simple d’accélérer le vieillissement, de grossir et d’augmenter ses chances d’avoir du diabète : optez pour des aliments à index glycémique élevé. Les pics d’insuline générés par ces aliments favorisent le stockage des graisses, augmentent le risque de diabète et même d’infarctus. Bon à savoir, ces aliments ont un IG très élevé : la baguette blanche, le riz blanc, les céréales du petit déjeuner, les viennoiseries et surtout la pomme de terre ! Pensez aussi de manière plus générale à augmenter la charge glycémique des repas (il s’agit de la capacité d’une portion d’un aliment à élever le sucre sanguin). Et pour les puristes, prenez aussi en compte l’index insulinémique. Saviez-vous que les laitages (à l’exception des fromages) ont un IG et une CG faible mais font autant monter l’insuline que le pain blanc ?

5. Le déséquilibre des acides gras : pour un cœur qui bat moins longtemps

Il est très simple de favoriser l’infarctus et la mort subite, faire baisser son moral et favoriser l’inflammation : déséquilibrez votre apport en graisses. Ruez-vous sur les graisses trans, les graisses hydrogénées et chamboulez le rapport oméga 6/oméga 3 dans votre alimentation.

6. L’équilibre acide-base et le danger des os solides

Comment favoriser l’ostéoporose, favoriser la perte de muscle et détériorer l’état des reins ? La réponse se trouve dans l’équilibre acide-base : un corps qui se situe dans une zone de pH équilibré, ni trop bas, ni trop élevé (c’est à dire ni trop acide ni trop basique) risquerait d’être en bonne santé. L’indice PRAL (Potential Renal Acid Load) nous permet d’évaluer l’acidité de l’organisme et nous guide pour appliquer des règles simples : diminuer la part des fruits et légumes, manger plus de protéines animales, manger plus de sel, choisir des céréales raffinées, consommer une eau minérale pauvre en bicarbonates et éviter les compléments alimentaires à base de minéraux alcalisant.

7. Le ratio sodium/potassium pour favoriser l’hypertension

Manger de la pire des façons, c’est aussi penser au ratio sodium/potassium afin de favoriser l’hypertension, les maladies cardiovasculaires et le cancer de l’estomac. Habituez-vous à manger très salé. Quelques astuces : pensez à consommer le sel caché notamment dans la charcuterie premier prix et les plats préparés. Sachez aussi que lorsque l’on ne consomme pas assez de potassium, on élimine plus de calcium ! Malin !

8. Supprimer les fibres pour faciliter les troubles digestifs

Manger trop de fibres, c’est augmenter la satiété, empêcher la constipation et prévenir le cancer du côlon. Et ça, nous ne le voulons pas. Les fibres, qu’elles soient solubles ou insolubles sont donc vos ennemies pour manger de la pire des façons.

Ces huit piliers sont en quelque sorte les huit commandements de la pire façon de manger. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus et poursuivre leur lecture, vous pouvez vous plonger dans le livre qui prend le contre pieds de cette méthode : “La meilleure façon de manger (Le premier guide alimentaire basé sur la science)”, par le Collectif LaNutrition.fr dirigé par Angélique Houlbert aux Editions Thierry Souccar.

Vous découvrirez un livre atterrant où les auteurs nous exhortent à bien manger (et puis quoi encore ?). Pire, les auteurs nous donnent des conseils à appliquer au quotidien pour être en bonne santé : les recommandations en macro et micro nutriments, quels aliments manger, en quelles quantités et à quelle fréquence, la pyramide MFM (meilleure façon de manger), un zoom sur les grandes familles d’aliments et des annexes pour récapituler ces scandaleuses données. Mais pourquoi s’embêter à manger correctement alors qu’il est si facile de consommer au quotidien des crasses qui nous rendent tristes, mous et augmentent nos chances de mourir prématurément ?
Posted by Alexandra Giroux

Chassez le naturel

“C’est naturel donc c’est bon” vous disait encore ce matin madame Martin à la boulangerie. Mais ma bonne dame « qu’entend-on par “bon” ? » auriez-vous pu répliquer. Moral ? Bénéfique ? Inoffensif ? C’est pourtant parfois tout l’inverse… La preuve par cinq (ou comment faire la nique à madame Martin).

1. Les cosmétiques

Après-shampoing au beurre de karité, déodorant à la pierre d’alun, crème enrichie à l’huile essentielle de lavande… Des produits qui, comme on dirait dans “Capital”, jouent avec tous les clichés “nature”. Tout y passe,du packaging au parfum, en passant par la texture. Mais gare au shampoing au henné contenant parfois du paraben, qui serait selon certaines études cancérigène (on nous aura pourtant prévenus qu’on va tous crever). De la même manière, attention au Bigen, ce colorant sans ammoniaque, qui contient du ppd (Para-phenylenediamine pour les intimes), potentiellement allergène. Un coup d’oeil aux étiquettes des produits, qu’ils proviennent de chez Yves Rocher, ou de chez Body Shop, permet à la FAF* (*Femme Au Foyer) avertie de comprendre que ces produits sont loin d’être “naturels”.

2. L’alimentation

Entre les jus de fruits à emporter et les bars à soupe, il semble que le naturel réinvestisse notre alimentation. Chouette les copines, à nous le fooding trop kawaï. Mais trop riches en sucre ou en sel, tous ces produits ne sont hélas pas forcément l’ami de notre santé. Qu’en est-il des produits bio ? Il ne sont pas forcément écolos… Et le “label” est payant, tout comme celui du commerce équitable. D’ailleurs… le petit apiculteur cro meugnon du marché produit peut-être du miel bio sans que vous ne le sachiez.

3. Les produits ménagers

Vous êtes du genre à suivre les conseils de Raffa quand vous faites le ménage ? Bien, bien mais attention ! Le vinaigre blanc ou le bicarbonate de soude mal utilisés peuvent être dangereux. Attention aux mélanges ou aux confusions avec d’autres produits : soude caustique ou encore carbonate de sodium.

4. Les textiles

La fourrure, c’est naturel non ? Eh bien allez l’expliquer à PETA. On vous répondre gentiment “I’d rather go naked”. Et la prochaine fois que vous discutez avec un végétalien convaincu, évitez de lui dire que vous aussi vous adorez la nature et que d’ailleurs vous ne portez que du cuir et de la laine.

5. La drogue

Vous êtes du genre à ne pas prendre de cocaïne ou de LSD car c’est chimique ? C’est bien, ça fera plaisir à votre maman mais pas la peine de vous tourner vers des choses plus “naturelles” comme les champignons hallucinogènes qui comportent bien évidemment aussi des risques. En version plus light, il y a aussi le cabanis coupé aux délicieux morceaux de verre pilé miam miam.

Alors d’accord, on l’a bien compris : l’amanite phalloïde est naturelle et ce n’est pas pour cela qu’elle est bonne. Un peu d’éducation nous évitera d’assaisonner les chipos du barbec’ avec du laurier rose, extrêmement toxique (à cause de la méchante présence d’hétérosides cardiotoniques). Mais juste parce qu’on est des vrais rebelles, nous allons être un peu nuancer dans nos propos : le contre nature peut aussi être bon (euh… oui… vous aussi vous pensiez au chewing gum ?)

Posted by Alexandra Giroux

Les revues : du support papier au support numérique

Suite à l’arrivée des nouveaux médias tels que la télévision ou Internet, les revues ont dû se redéfinir et envisager des stratégies d’innovation pour avoir encore une place dans l’Espace Public. Actuellement, l’édition d’un texte peut être réalisée sur un support papier mais aussi sur un support numérique. Ce dernier support est actuellement de plus en plus favorisé, et cela, pour trois raisons : l’accroissement de l’utilisation d’Internet, l’augmentation du prix des revues papier et le désir des auteurs de pouvoir publier simplement. Remue.net, Cybergéo ou encore EspacesTemps.net sont quelques avatars des nombreuses publications disponibles en ligne. Ces revues ont le choix entre deux stratégie éditoriales : soit elles décident de se démarquer totalement de leurs aînées soit elle décident au contraire de s’en rapprocher. Cinq schémas peuvent alors être adoptés : la publication intégrale et immédiate, la mise en ligne différée, le développement d’éditions spécifiquement électroniques, la mise en ligne comme valeur ajoutée ou la mise en ligne patrimoniale.

Quelle que soit la solution choisie, le résultat est le similaire, en l’occurrence des documents deviennent  disponibles très rapidement, partout dans le monde. Mais faut-il considérer ce nouvel outil comme un risque qui menace notre liberté d’écrire, de penser et de réfléchir ? Ou bien au contraire faut-il y voir un pas de plus vers l’utopie borgesienne de la bibliothèque de Babel, vers une bibliothèque d’Alexandrie contenant tous les textes jamais écrits, tous les livres jamais publiés ? Les revues en ligne sont assez récentes dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous devons donc nous les approprier et savoir en tirer tout ce qu’elles peuvent nous offrir. Des travaux sur ce sujet datant de bien avant l’an 2000 montrent que dès cette période, le potentiel de ces publications sur Internet était pressenti. Chaque jours, les pratiques évoluent, se redéfinissent et nous sommes arrivés à un stade où nous sommes prêts à lire des revues en ligne.

Ces publications électroniques sont tout d’abord l’occasion de suppléer un manque du côté du papier. Le déclin des revues dites « traditionnelles », en France, qui s’est accéléré au milieu des années soixante-dix, à l’époque où la télévision faisait son entrée massive dans les foyers, tient en partie à son mode de diffusion. Alors que les moyens d’information audiovisuelle sont à portée de la main, il faut sortir pour aller acheter le journal ou attendre, si l’on est abonné, la tournée du facteur. La revue en ligne change la donne car elle est accessible directement sur un ordinateur, depuis chez soi, pour peu que l’on ait une connection à Internet. Certains noteront le problème de la dépendance à la technique mais elle est à relativiser. Lire une revue en ligne dans un train est déjà possible pour les utilisateurs qui peuvent connecter leur ordinateur sur leur téléphone mobile. Dans quelques années, il est fort probable que le wifi par satellite devienne le mode de connection le plus utilisé. Ainsi, si l’on écarte les éventuelles pannes, il serait possible de se connecter quasiment partout et à tout heure, et accéder ainsi à une information de manière très facile, pour peu que l’ont ait accès à une prise de courant ou que son ordinateur ait une batterie.

Pierre Bourdieu, pour parler de l’édition qui vise la rentabilité immédiate, recherche les gros tirages, d’une durée de vie éphémère, utilise l’expression de « champ de la grande production ». Il s’agit donc de s’interroger sur la possibilité pour cette dernière de laisser de la place au « champ de production restreinte » qui édite des ouvrages à faible rotation, conçu pour le long terme et pour un public souvent spécialisé. Les revues en ligne sont une tactique au sein de la stratégie éditoriale. Si les rayons des libraires sont plein à craquer, si les subventions sont difficiles à obtenir, si communiquer  équivaut pour un noyé à tenter de sortir la tête de l’eau, alors l’édition en ligne peut être une solution. Reste à s’interroger sur les conséquences de ce changement éditorial, à commencer par l’impact que cela pourra avoir sur le type de lectorat.

L’arrivée de ce nouveau type de publication provoque des bouleversements envers ceux qui avaient avant uniquement contact papier. Le libraire aura moins de revues perdues dans les rayons, sous les nouveautés. Le journaliste aura un accès facilité à l’information. L’éditeur n’aura plus la question du choix financier à faire, face à une publication non rentable. La bibliothèque gagnera en stockage et en recherche d’occurrence. Les revues en ligne sont aussi intéressantes pour les universitaires : ils publient plus facilement et ont un accès plus aisé aux travaux de leurs confrères, même si l’institution privilégie encore le papier.

Pour mieux connaître les lecteurs de revues en ligne, une étude qualitative a été réalisée à Jussieu, dès 1999, afin d’établir une grille indicative des utilisateurs de revues en ligne. Quatre profils types ont pu être définis : le surfeur, le rameur, le conservateur et le rat de bibliothèque. Le surfeur a un environnement favorable à l’usage des revues électroniques : il a un bon équipement informatique, peu de bibliothèque de proximité, a un bon statut social et aime Internet. Le rameur est lui aussi à l’aise avec l’informatique mais son statut est moins élevé, son matériel informatique est moins bon et il a des bibliothèques proches dans son entourage : son environnement favorise moins l’accès aux revues en ligne. Le conservateur a un bon équipement informatique, un bon statut, peu de ressources proches mais il est très attaché au papier : peu expérimenté, il pense qu’un apprentissage de l’outil informatique serait une perte de temps et il a un rapport quasi fétichiste à la revue. Le rat de bibliothèque habite près d’une bibliothèque et a un matériel informatique insuffisant : tout concourt pour lui au fait de préférer se tourner vers le papier. Ces catégories ne sont bien sûr pas cloisonnées. Elles permettent simplement d’avoir une vision générale des types de lecteurs de revues en ligne. Dans tous les cas, ils sont confrontés au quotidien à plusieurs supports.

Les écrits relèvent actuellement de trois formes coexistante : le manuscrit, l’imprimé ou l’électronique. Ces trois modes de diffusion ne sont pas nécessairement concurrents mais plutôt complémentaires. Le lecteur peut sembler déstabilisé en passant de la lecture de la revue papier à la revue en ligne mais souvenons-nous que cette modification des usages a été assez similaire lors du passage du volumen au codex. Une fois établie la domination du codex, la logique de sa matérialité at été intégrée dans la construction des oeuvres : ce qui auparavant était rouleau est devenu livre. De la même manière, la lecture se faisait avec le volumen en « déroulant » la feuille alors qu’avec le codex, on « tourne » des pages. L’électronique invite également à redéfinir la construction de la revue : on déroule page HTML ou le PDF, on peut cliquer sur les liens hypertextes, ré-invantant les notions de « linéaire » et « séquentiel » propre au support papier. Comme l’explique Jean-Yves Mollier, « dans ce monde textuel sans frontières, la notion essentielle devient celle du lien, pensé comme l’opération qui met en rapport les unités textuelles découpées et qui ainsi conduit la lecture. » Christian Vandendorpe explique ajoute à ce propos que « l’expérience de la lecture et de l’appréhension du texte ne sont pas du même ordre selon qu’elles s’effectuent à partir d’un livre, d’un écran d’ordinateur, d’un livre électronique ou, demain, d’un codex numérique ». Dans le cas d’une revue en ligne avec hypertexte, le butinage souvent est préféré à la lecture approfondie. Le copier-coller et les sauvegardes ou mises « en favori » de site remplacent la mise en couleur du papier par les marqueurs fluo.

La problématique des revues est en lien avec ce que Boltanski et Chiapello appelaient la « coopétition », c’est-à-dire un mélange entre la coopération et la compétition. Que publier en ligne pour aider les autres sans pour autant qu’ils ne nous devancent ? Vaut-il mieux publier un contenu sur papier ou sur format électronique ? Dans le cas de revues scientifiques, obtenir les publications de résultats des autres passe par partager aussi les résultats de son travail. Mais publier un contenu riche et intéressant est aussi un moyen pour une petite revue de gagner en visibilité et d’acquérir un intérêt pour les plus grands. L’intérêt de la revue en ligne est qu’elle est très facile d’accès et de consultation, dès lors que l’on a accès à une ordinateur. Mais certaines revues proposent également un contenu payant. Il peut s’agir des derniers numéros, des archives ou d’articles uniquement consultables en ligne.  Souvent, les revues en ligne ont auparavant été des revues papier : il faut tenir compte de cet état de fait pour que le site valorise cela, le complète, le prolonge. Les revues peuvent ainsi choisir une mise en ligne intégrale des archives ou bien fixer une période de restriction durant laquelle la mise en ligne du texte intégral d’un numéro est différée. Au terme du délai fixé, l’ensemble des articles devient librement accessible en ligne, et le numéro concerné peut connaître une seconde vie. Il est normal qu’une revue ayant une longue histoire souhaite valoriser ce passé par la publication de numéros anciens ou épuisés. Mais la numérisation rétrospective est une oeuvre techniquement difficile, coûteuse en moyens humains et informatiques.
Le texte numérique est intéressante dans le sens où il se rapproche du schéma de fonctionnement de la pensée humaine. Grâce au lien hypertexte, l’internaute est libre de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect d’un texte, tout comme dans son imaginaire, il réfléchirait à une chose donnée plutôt qu’à une autre. Le format papier ne permet pas de consulter aussi facilement ce qui nous intéresse. C’est en ce sens que la revue électronique est intéressante : dans un contexte professionnel, la navigation est très rapide et aisée, au gré du désir de l’utilisateur. Roger Chartier parle de « nouvelle matérialité du texte » : l’usager est confronté à une nouvelle manière d’évoluer dans un texte, butinant, suivant les pointeurs, se redirigeant sans cesse vers ce qui l’intéresse, le préoccupe – que ce soit des notes de bas de page ou des sources. Chercher une occurrence précise devient également bien plus aisé que dans un texte papier, grâce à l’outil « rechercher dans la page », intégré au navigateur. Le texte figé sur le papier tel que nous le connaissions prend une autre dimension. Nous créons notre parcours mental, suivons les possibles, guidés seuls par notre esprit.

Les revues en lignent cherchent actuellement à acquérir une meilleur visibilité. Pour cela, elles ont recours à des portails comme Revues.org, Cairn, Ent’revues ou encore Persée. L’avantage de ce type de portail est qu’il offre une visibilité tout en garantissant la préservation de l’image et de l’autonomie éditoriale. Mais la performance technique ne suffit pas à faire un projet de communication et de société. Le risque, en individualisant la communication, est d’avoir des difficultés par la suite à renouer avec une aventure collective. La notion de communauté est importante car si tout le monde publie mais que personne ne lit, la revue en ligne ne sert à rien, sinon à flatter l’ego des auteurs qui trouveront une occurrence supplémentaire lors de leurs séances d’egosurfing. Le problème n’est pas nouveau : Voltaire au siècle des Lumières ou même Alain Finkielkraut dans les années Lang s’insurgeaient déjà devant « l’armée de graphomanes ». Diderot disait même des publications se multipliant que « tous ces papiers sont la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire ». Ce n’est pas parce que la technique facilite  la publication, que pour autant n’importe qui qui écrira sera un génie. Cela n’empêche que les revues en ligne sont de plus en plus lues. Le site Revues.org a vu sa fréquentation multipliée par dix de 2001 à 2004. Au-delà de l’intérêt du lecteur, ce phénomène s’expliquant aussi par une augmentation du nombre de personnes ayant accès au haut débit et un plus grand nombre de ressources disponibles en ligne.

Face aux nouvelles possibilités offertes par l’édition en ligne pour les revues, il convient de ne témoigner ni d’un enthousiasme hâtif ni d’une naïve utopie. C’est à chacun de nous de réinventer sans cesse nos manières de lire et d’écrire, compte tenu de ce nouveau support. Il ne faut pas laisser passer cette opportunité historique, où l’accès au savoir est facilité. L’édition en ligne doit montrer ses capacités réelles et sa capacité à endiguer la crise que connaît l’édition classique. Car nous sommes prêts à lire des revues en ligne. Certes, il convient de rester prudent face au danger d’une culture qui ne passerait que par la technique, ce qui augmenterait notre dépendance à la machine. Mais les revues en ligne matérialisent l’espoir que pour chacun, apprendre pourrait se définir par sa capacité à chercher, trouver et intégrer des informations glanées sur la toile. Elles se dirigent vers une complémentarité, une hybridation et un inter-fécondation des supports textuels. Le temps est venu de considérer positivement les publications électroniques mais elles doivent être un complément au support plus traditionnel que nous connaissons, pas un remplacement. A présent, c’est aux portails et aux revues elles-même de nous donner des garanties pour que l’institution reconnaisse la légitimité de ce type de documents. C’est aussi aux informaticiens de proposer des supports encore plus maniable et agréables pour convaincre ceux d’entre-nous qui sont encore réfractaires. Mais par dessus tout, c’est la communication qui prime. Il faut « faire bien et faire savoir », car pour lire une revue en ligne, il faut déjà être informé que cela existe.

>> Mémoire “Les Revues : du support papier au support numérique”

Posted by Alexandra Giroux

Anatomie de l’enfer (Catherine Breillat)

Anatomie de l’enfer
Date de sortie : 28 Janvier 2004
Réalisé par Catherine Breillat
Avec Rocco Siffredi, Amira Casar, Alexandre Belin
Film français, portugais
Genre : Drame
Durée : 1h 17min
Année de production : 2002
Interdit aux moins de 16 ans
Distribué par Rezo Films

Synopsis :

« Dans ces lieux où on se côtoie sans jamais se rencontrer. Où la musique gère la pulsion des corps. Il danse, lui, son fiancé, le regard tourné vers lui-même. Il ne la regarde pas. Il est bien trop occupé à fondre son corps à l’hydre primordiale faite du corps des autres. Ils sont tous beaux, ils n’aspirent qu’à se reconnaître dans la beauté de l’autre.
Elle est la fille, habillée de noir. Si jeune et déjà vêtue du deuil d’elle-même. Dans les toilettes, elle prend un rasoir et entaille son poignet. C’est ainsi qu’ils se rencontrent. Désormais, elle prend sur lui le pouvoir des victimes.
Elle paiera le prix qu’il faut pour qu’il la regarde : “Par là où elle n’est pas regardable”. Car c’est du regard des hommes qu’est constituée l’obscénité des femmes. Elle l’a choisi parce qu’il n’aime pas les femmes. De ce tête à tête naissent le désir et la haine meurtrière qui l’accompagne. »

«  – Parce que vous n’aimez pas les femmes, vous pouvez justement me regarder. Je veux dire, avec impartialité.
- De quoi il s’agit ?
- De cela. Me regarder par là où je ne suis pas regardable. Vous n’aurez pas besoin de me toucher. Votre témoignage suffira.
- Ce sera chair, dit-il. »

Introduction

Les avis ont été très partagés lors de la sortie du film de Catherine Breillat, Anatomie de l’enfer, adaptation de son livre Pornocratie luimême inspiré d’un roman de Marguerite Duras, La maladie de la mort. Des divergences qui portent toutes leur lot de pertinence et de justifications. Breillat touche à des sujets brûlants, qui fouillent dans nos fantasmes les plus archaïques, les plus enfouis, les plus indicibles. Elle étale, en pleine lumière, le côté sombre de chacun d’entre nous et cette image de la femme à la fois insupportable et complaisante, aussi dérangeante pour celle qui s’y conforme que pour celui qui la perpétue. Une mise à jour de ce qu’on nomme « l’intimité » de la femme, comme si ce qu’il y a de plus secret pouvait se résumer à un vagin. L’œuvre de Breillat questionne sur le sexe féminin, exploité socialement comme un enjeu de pouvoir pour occulter la vraie intimité, celle de la pensée. Ainsi, elle ne se situe ni dans la pornographie, ni dans l’érotisme mais plutôt dans l’obscène, dont le corps est matière première au cinéma. La question centrale du film réside dans le fait de montrer ce qui n’est pas montrable. En touchant ainsi à l’intime, Catherine Breillat s’inscrit dans une démarche d’obscénité. De ce premier point découlent les questions suivantes : pourquoi les censeurs et les moralistes s’en prennentils à la chair, que signifie leur peur ? Pourquoi Catherine Breillat s’intéressetelle à la sexualité sans pudeur ? Le cinéma de Breillat proposetil une nouvelle esthétique du corps ? Pourquoi resteton plus gêné par le film Anatomie de l’enfer que par l’étalage de chair dans la publicité ? Nous tenterons de répondre à ces questions en réfléchissant tout d’abord sur la manière de dire l’obscène. Ensuite, nous nous pencherons sur l’action de filmer l’obscénité. Cela nous amènera à traiter dans un dernier moment de la fente de l’obscène.

1. Les mots de l’obscène

1.1 La réception de l’obscène

L’obscène est défini comme « ce qui blesse ouvertement la pudeur par des représentations d’ordre sexuel » selon le petit Larousse illustré. L’interdit de la représentation reste un de nos plus anciens tabous, interdiction dépendante du monothéisme d’abord, et qui conduisit à l’adoration ce que l’on ne peut voir, comme le souligna Freud. Les iconolâtres et les iconoclastes s’affrontent dans leur rapport à l’image. La censure officie encore actuellement, même si le code Hays n’existe plus, en Xant des films. Les conséquences peuvent être importantes : une diffusion à la télévision impossible et donc pas de financement des chaînes. Mais le rapport au cinéma n’est pas le même que celui que l’on aurait avec une affiche : il en faut pas oublier de prendre en compte l’acte spectatoriel qui est de choisir le film, de se rendre en salle, de payer sa place. Le choix relève du conscient. L’obscène émanerait d’un spectateur préalablement jugé irresponsable et influençable. Aujourd’hui, aucune image ne semble « interdite » mais ce qui peut choquer dans Anatomie de l’enfer, c’est le fait que chacun des deux personnages accepte son rôle. Alors le film estil vraisemblable ? La femme paye un homme pour qu’il la regarde « par là où elle n’est pas regardable » et il accepte. Cela peut sembler pour certains spectateurs inconcevable. Peutêtre faut il envisager que le cinéma ne deviendrait art qu’à partir du moment où il cesserait d’être de l’ordre du « ça a l’air d’être vrai ». Mais comment juger un film par rapport à une morale ? Cette dernière est trop instable. Quelles sont les limites ? L’ « horizon d’attente », pour reprendre le concept de Hans Robert Jauss, est bien une limite imaginaire de la vue, dépendante de références au genre supposé, aux oeuvres antérieures et à l’expérience personnelle du spectateur, que l’obscène fait reculer. L’écart esthétique se mesure selon l’importance du changement entre l’ancien et le nouvel horizon d’attente. Mais dans un sens, le cinéma ne fait que proposer et le spectateur choisit de prendre ou non. L’image n’est pas obscène en soi car elle est relation. « C’est le regard qui est obscène et non pas ce
qui est montré. »1 dit Catherine Breillat. L’obscénité est un concept propre à un lieu et à une époque : une certaine presse française a violemment critiqué le film alors qu’au même moment, des articles très élogieux ont été publiés dans Village Voice ou le New York Times. Mais où s’inscrit ce film où les enjeux actuels de l’art sont plus à chercher du côté de la présentation que de la représentation ?

1.2 L’obscène, langage de l’absence

L’obscène montre, il présente et ne représente plus. Il expose, exhibe, et réduit la distance entre image et spectateur, ôtant à ce dernier tout possibilité critique, raisonnement, réponse. « L’image obscène bloque la pensée, fascine dans le sens plein du terme » dit Tisseron, pour qui l’obscène empêche le rationnel par la représentation d’organes sexuels, se réduit à un refus de la métaphore. Il n’y a en réalité rien d’autre à voir à voir et à comprendre que ce que l’on nous montre. Catherine Breillat s’attarde à filmer les corps car elle considère que les mots mentent tandis que les corps sont dans le vrai ; pour atteindre la vérité de soi, il faut l’obscène, seul à pouvoir excéder le langage. Le cinéma, en filmant essentiellement le corps, en en faisant sa matière première, cherche à atteindre ce langage corporel de la vérité. Un peu comme la mer, la femme est insaisissable par les mots. Les marées sont issues de la lune et des mythes voudraient que le sang de la femme le soit aussi. Face à l’absence de sens, les hommes tentent de rationaliser le corps. L’obscène peutil se dire ? Passer par un roman était probablement nécessaire pour Catherine Breillat pour faire son film. Comment imaginer qu’elle écrive dans un scénario « elle se déshabille, elle se met sur le lit, elle écarte les jambes » ? Cela aurait été hideux et intenable. Le texte du roman est d’ailleurs présent dans le film.

1.3 Le verbe et la chair

Le texte lu par la réalisatrice en voixoff exprime la littéralité de son cinéma, par ailleurs souvent préparé dans ses romans : le film est l’adaptation de l’ouvrage Pornocratie, dont le récit est devenu par moments une voix venue couvrir la chair de verbe, mais qui est loin d’être redondante en racontant ce que disent les images. Les logorrhées de la voix off sont pareils aux écoulement des fluides du corps, tel un miroir sémiotique. « Dans la relation sexuelle, la chair s’oublie immédiatement. Les mots deviennent abstraits. Le langage, c’est faire passer toute la réalité dans l’abstraction. » déclare Catherine Breillat. Ainsi, la visée de ce cinéma n’est pas le réalisme. L’homme et la femme ne parlent pas la même langue : l’homme est dans le présent dans ses paroles alors que la femme vise le mythe, l’éternel, l’absolu. Le cinéma de Breillat n’est pas à proprement parler féministe. Il se veut une mise à mort de la domination masculine et de l’idéal romantique, concept hypocrite, pour redonner à la femme sa place de sujet et non d’objet d’étude ou de plaisir. Breillat ne veut pas cacher le corps de la femme car présupposer qu’il faille protéger la dignité et la pudeur des femmes, c’est être convaincu soimême qu’il recélerait de quelque chose de honteux et qu’il faudrait donc protéger la femme d’ellemême. Son film n’est pas pornographique car la pornographie renvoie une image de soi qui est fausse : les positions sont irréalistes et le cadrage voyeuriste. Cette sexualité destinée à être regardée en devient quasi cynique. Les personnages sont ici réduits à leur chair : on ne connaît ni le prénom ni la profession des deux personnages. Ils sont donnés de manière brute, sans ancrage psychologique ou social. Après la quatrième nuit, l’homme confie à un homme rencontré dans un bar « Je ne connais même pas son prénom » alors qu’il a fait l’amour avec et ainsi, l’a tuée.

2. L’image de l’obscène

2.1 La mise en scène de l’obscène

Les deux acteurs sont filmés jusque dans leurs chairs les plus intimes, Rocco Siffredi – ayant infiltré le cinéma d’auteur – et la doublure d’Amira Cassar, étant utilisés comme des machines d’exhibition aptes à contourner la suggestion pour plonger dans l’obscène. Breillat nous plonge dans une inattendue abstraction de la chair, dans les plis et les poils. Lorsque le personnage masculin recouvre l’anus de la femme de rouge à lèvres, une écriture est composée via cet accessoire. Le spectateur passe visuellement de la mer à la chambre, de la chambre à la chair. Le cadrage est réduit, la peau filmée dans une identité rarement dévoilée. Il est obscène de filmer de si près, de voir la chair comme on ne la montre jamais. Les plans sont parfois tellement proches que le spectateur peine à reconnaître ce qu’il voit comme en témoigne la scène avec le galet. Nous sommes prêts de l’« abstraction d’une chairmatière », comme l’explique Estelle Bayon2. En filmant le long des corps, Breillat cherche une continuité par le mouvement de caméra qui découpe, déconstruit, déforme pour reformer, reconstruire. Dans la scène du galet, la caméra filme la scène en caressant les corps : le cinéma est prise de conscience de l’unité des corps et de la continuité. La caméra recompose le corps décousu par le cadrage serré. Le plan est toujours une coupe qui à la fois dévoile et dissimule. Ce qui est obscène, c’est ce qu’on ne voit pas puisque caché, en l’occurrence le sexe féminin et sa jouissance.

2.2 L’oeil obscène

L’oeil du personnage masculin présente de fortes similitudes avec l’oeil du spectateur regardant l’écran, se donnant alors en miroir comme un reflet possible. C’est un oeil qui pourrait être blessé pour mieux voir et guérir par le voir, et retrouver sa virginité capable de voir l’image pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle peut être selon une morale, une culture. L’oeil n’est pas voyeur au sens propre du terme car regardant et regardé sont consentants. Ce qui peut faire le plus souffrir le spectateur, c’est de voir le spectacle de sa propre intimité. L’oeil est un lien : il se pose entre l’image et la jouissance du spectateur. C’est par l’oeil que les personnages se rendent compte de leur nudité ou que les petits garçons face au « candide spectacle des petites filles vierges » éprouvent le dégoût à jamais. Cette prise de conscience nous renvoie à Adam et Eve, confrontés à leur propre nudité. C’est Eve, en tant que femme, qui donne la conscience à l’homme en lui tendant le fruit. Nous avons commis le péché en voulant nous élever au rang de la connaissance. L’oeil voit le sexe de la femme comme il voit l’oisillon sorti du nid. La vulve est semblable à cet oiseau nouveauné, bec ouvert, qui attend d’être rassasié. Le ver de terre symbolise ici l’acte de la pénétration. L’animal est violemment écrasé par le pied de l’enfant, imposant au spectateur cette image choquante. Quand on ne connaît pas quelque chose, on peut être tenté de vouloir le détruire. En tant qu’artiste, la mission de Catherine Breillat aurait pour but de mettre à nu, loin de tout compromis, cette vérité d’un oeil neutre vierge de toute opinion phallocrate, et donc d’établir un regard qu’elle estimerait être le moins faussé possible. L’oeil est quête et pureté. On regarde dans ce film ce qui est irregardable et inconcevable. Et au fur et à mesure que l’on en prend conscience, on y prend du plaisir. Un plaisir esthétique.

2.3 L’esthétique de l’obscène

L’esthétique du film renvoie le spectateur à la peinture. La femme nue sur le lit est filmée comme La Maja densnuda de Goya. La promotion du film a été faite en exposant des photogrammes à la FNAC, témoignant du fait que ce film s’inscrive dans une optique de « peinture vivante ». L’expressivité obscène de Catherine Breillat passe par son travail sur les couleurs et les lumières – froides qui viennent habiller les corps souffrants, comme des touches de peinture symboliques. Le rouge est la couleur du sang de la femme, de la mère, impur, et du sang destructeur qui s’écoule des veines de l’héroïne. Il est le symbole de mort et de naissance, de violence et de sexe. L’obscène naît du fracas du laid trivial et du beau. Derrière le beau, il y a l’horreur : c’est la pulsion de destruction masochiste qui pousse la femme à se laisser tuer par l’homme, qui les conduit à explorer leurs propres
limites, jusqu’à la mort ou la jouissance. La réalisatrice pense qu’il faut changer les codes esthétiques : « On peut se mettre à aimer et trouver beau le coulant, le suintant. Le dégoût moral est d’ordre esthétique Il faut affronter le fait que l’organique effraie. Le sexe des femmes est comme le trou noir de l’univers. »3 L’obscène est une beauté qui émane de la laideur. Dans le cinéma pornographique, la pénétration reste sèche et hygiénique, sans trace de sécrétion. Catherine Breillat, quant à elle, filme les fluides, que ce soit l’urine, la cyprine ou le sang. Loin de l’image lisse de la publicité ou de la pornographie, le corps de la femme est marqué par les sousvêtements et ses aisselles ne sont pas épilées. L’obscénité des femmes est également la hantise face à ce qui est dissimulé ce qui explique l’obsession de la pénétration. La doublure de l’actrice fait dire au film son secret, qui devait rester impénétrable mais a failli à la sphère intime. Comme si le mystère résidait dans cette obscène béance.

3. La fente de l’obscène

3.1 L’esthétique de la béance

Le plan du gros galet dans le vagin de la femme, référence à L’origine du monde de Courbet est la trace d’une esthétique d’un « cinéma vulvaire » comme l’appelle Bernard Andrieu. Face à la lacune de filmer l’invisible, Catherine Breillat montre la vulve pour dire qu’il n’y a rien à voir, pour avouer l’impuissance. La caméra filme autour, ailleurs contrairement au cinéma pornographique qui filme en gros plan les sexes glabres, image inverse à celle du sexe d’Amira Cassar et de sa doublure au sexe poilu. Le sexe de la femme nous ramène à la connaissance de nos origines. Face à tant d’obscénité, la femme rit quand l’homme lui introduit le galet dans le vagin. Le rire comble un silence insoutenable quand les mots adéquats ne sont pas trouvés pour décrire ce qui est caché. Catherine Breillat explique dans ses entretiens avec Claire Vassé que faire ce film a été pour elle un exorcisme : c’est parce qu’elle avait du mal à supporter l’image du sexe féminin qu’elle a réalisé Anatomie de l’enfer. Elle déclare : « J’avais écrit ce film pour ça, pour filmer ce que je n’avais pas été capable de filmer en neuf films. Je me suis donc forcée à le filmer et je me suis aussi forcée à la mettre dans le film ». La censure sociale accepte mal la sexualité hors de son champ limité qu’est la pornographie.

3.2 La peau du cinéma

Le cinéma semble étymologiquement prédestiné à s’intéresser à la chair : pellicula signifie « petite peau » en latin. Lorsque la femme se taille les veines, elle veut regarder ce que la peau cache, pour se regarder, dans l’intimité de ses chairs, se voir comme on ne nous le permet pas, aller au delà de la peau, barrière obscène qui garde les mystères de notre constitution. Le corps est une inquiétante étrangeté, angoissante, avec lequel on vit mais que l’on ne connaît pas du fait de sa part cachée. Ce sang est aussi celui qui colore le sexe de l’homme après qu’il ait fait l’amour à la femme. Il regarde son « membre gâté » par la femme qui lui aurait là « jeté un sort ». La femme lui dit que si les hommes les ont
enfermées, c’est parce que « en réalité, ils ont peur de ce sang qui coule sans qu’aucune blessure ne soit faite ». L’absence de raison face au fluide rouge le rend obscène. Plus tard, elle lui fait boire un verre d’eau où baigne un tampon maculé pour lui faire boire ce sang, celui de son « ennemi ». Ce rouge est une métaphore de l’obscène : il est mort, naissance, contagion et maladie à la fois. L’obscénité peut également être positive, comme quand la jouissance du sexe est filmée à travers le visage qui est le lieu de la conscience. Cette obscénité positive se met au service de la connaissance de soi à travers l’autre, dont il convient de profaner le corps pour en capter un savoir absolu.

3.3 La mort et la religion

Breillat travaille sur la notion d’espace limite : symboliquement, l’océan est la limite absolue. La maison en bordure de la mer constitue une antichambre de la transgression, un intervalle où se filme l’imminence de la jouissance transgressive. Mais c’est également dans cet océan que meurt l’héroïne. La chair qui s’accouple est elle aussi celle qui va mourir. Le thème d’Eros et de Thanatos n’est pas nouveau, il est même récurrent en art. Le cinéma capte cet instant de jouissance car on ne peut filmer la mort sinon dans les snuffmovies. La mort est cette fente dans la vie, intimement lié à la religion. Le 28 janvier 2004, Catherine Breillat déclarait, dans le journal l’Humanité : « Dans notre époque où s’agitent les fondamentalistes, j’ai préféré un titre à connotations religieuses. Je crois que nous vivons une guerre entre humanisme et fondamentalismes. Les religions ont castré la sexualité des femmes. » Chair, mort et religion sont intimement liés. Le crucifix sur le mur n’était pas prévu au départ, de peur qu’il brise les lignes de force des plans. Il a été trouvé par la réalisatrice, dans une brocante, un peu avant le tournage. Le personnage féminin que joue Amira Cassar est dans une situation christique, elle est dans une position de révélation à l’autre, l’analogie est faite entre les plaies béantes et les orifices sexuels. Boris Bastide explique que « La grande provocation d’Anatomie de l’enfer est de faire sienne l’idée que les organes génitaux ne sont qu’une partie du corps humain parmi d’autres et qu’il ne doit donc exister aucune différence dans leur représentation. Le film s’inscrit ainsi de manière très explicite contre une vision judéochrétienne et patriarcale du corps féminin, legs d’une longue histoire. » Cela se confirme lors de la célébration sanguinaire où la femme
propose de boire son sang, un peu comme le ferait le Christ. La religion frustre, interdit et considère la femme soit comme une mère respectable soit comme un prostituée. L’enfer est aussi symbolisé par la fourche. L’enfer est la honte, le fantasme de la culpabilité dans laquelle on brûle. La censure suscite l’abomination du corps de la femme : si l’enfer a une anatomie, c’est celle de la femme.

Conclusion
Anatomie de l’enfer est un hommage indirect au sang, à la chair du désir, au regard positif sur le corps du désir. Catherine Breillat, dans son entreprise de montrer ce qui n’est pas montrable, s’inscrit parfaitement dans la question de l’intime et de l’obscène. L’obscène parvient à instaurer un dialogue entre le film et son public qui se situe dans une sphère autre que celle des mots et qui dès lors, dérange. Au corps des acteurs, répondent ceux des spectateurs, éprouvé dans ses limites à voir audelà de ce qu’il pensait autorisé. La médecine a réussi d’acquérir une meilleure connaissance du corps. Le cinéma est rattaché à la même entreprise de retrouver « l’image manquante ». Ce ne sont plus les mots qui permettent l’accès à la connaissance mais l’image, au sein d’une nouvelle esthétique du corps. Alors pourquoi filmer l’obscène ? Probablement car avoir une émotion, c’est penser.

Bibliographie
Dictionnaires :
Le petit Larousse illustré, dictionnaire encyclopédique. Larousse, 1995
Ouvrages :
BAYON, Estelle. Le cinéma obscène. Paris : L’Harmattan, 2006. 290 p. BREILLAT, Catherine. Corps amoureux. Entretiens avec Claire Vassé. Paris : Denoël, 2006. 264 p. BREILLAT, Catherine. Pornocratie.  Paris : Denoël, 2001. 143 p. CHEVRIER, H.Paul. Le langage narratif du cinéma. Paris : Les 400 coups, 1998. 173 p. OVIDIE. Porno Manifesto. Paris : La Musardine, 2004. 223 p.
Périodiques :
BREILLAT Catherine. Entretien, Libération, 13 juin 2000
Sites Internet :
BASTIDE, Boris. Artelio : Anatomie de l’enfer (consulté le 28 avril 2008) http://www.artelio.org/art.php3?id_article=889 BRUAUX, Olivier. Critique du film Anatomie de l’enfer (consulté le 28 avrl 2007) http://www.lequotidienducinema.com/critiques/anatomiedelenfer_critique/critique_anatomi e_de_lenfer.htm DEVANNE, Laurent. Critique de Anatomie de l’enfer (page consultée le 28 avril 2007) http://www.arkepix.com/kinok/CRITIQUES/BREILLAT_Catherine/critique_anatomie_del enfer.html LEGRE, Simon. Cinéchronique – Anatomie de l’enfer (page consultée le 28 avril 2007) http://ns31393.ovh.net/~cinechro/film.php?id_film=580 SCHAEFFER Jacqueline. Le fil rouge du sang de la femme (consulté le 28 avril 2007) http://www.spp.asso.fr/main/PsychanalyseCulture/PsychanalyseAnthropologie/Items/3.htm TYLSKI, Alexandre. Catherine Breillat et la peinture (consulté le 28 avril 2007) http://www.cadrage.net/entretiens/Breillat/catherine.html WIDEMANN, Dominique. L’origine du monde, rencontre avec Catherine Breillat (consulté le 28 avril 2007) http://www.humanite.fr/journal/20040128/20040128386982

Posted by Alexandra Giroux

Ruwen Ogien contre le moralisme personnel

La pornographie définit toute production – écrit, dessin, peinture, photographie, film, spectacle – qui vise à provoquer l’excitation sexuelle. Souvent, elle est considérée comme blessante ou dégradante pour la dignité de la personne, en raison de la présence explicite ou implicite d’éléments de contrainte, de violence physique ou psychologique, de mépris ou de déséquilibre de pouvoir. Dans de nombreux pays, sa diffusion est soumise à la loi, par un âge minimum requis ainsi que des espaces et des moments bien définis. Ainsi, la pornographie entretient des liens étroits avec la question de la morale. Dans son ouvrage, Penser la pornographie, Ruwen Ogien s’intéresse au rapport entre ces deux notions. A travers son étude, il définit le concept d’ éthique minimale. Comment envisager la pornographie autrement qu’à travers tous les clichés et les aprioris que nous en avons ? A la lecture de ce texte, quelques éléments de compréhension sont apportés au lecteur. Quelle est la justification de la stigmatisation de la pornographie par la société ? Dans cette guerre métaphysique et morale, comment Ogien nous exhorte-t-il à aller contre le moralisme personnel ?

Alors que l’idée de l’érotisme est de suggérer, de montrer l’âme à travers les corps personnifiés, la pornographie a un but totalement opposé : gros plans sur les organes génitaux, vulgarité – il s’agit de susciter les satisfactions brèves du consommateur. Face à la pornographie stigmatisée, Ruwen Ogien pose le concept d’éthique minimale. Conception qui propose de réduire la morale à trois concepts. Selon l’auteur, de nombreux libéraux devraient s’en remettre aux trois principes suivants : neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien, principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui et principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.
L’éthique et la morale sont deux concepts différents. La morale a une connotation religieuse, elle comporte une notion de contrôle imposée de l’extérieur, elle porte sur le bien et sur le mal et crée des obligations. L’éthique quant à elle est laïque, comporte une notion d’auto-contrôle, part de l’intérieur de la personne, porte sur le positif et le négatif, elle nous fait réfléchir et nous responsabilise.
Le juste et le bien sont également à différencier. Le juste a une dimension collective alors que le bien renvoie à la personne, à l’effet que la pornographie pourrait avoir sur l’individu.
Souvent, les détracteurs de la pornographie mettent en avant qu’elle va contre la dignité de l’homme. Porterait elle atteinte à notre qualité de personne humaine en nous présentant comme des objets ? Selon l’auteur, il s’agit d’une autre manière de parler d’ « outrage aux bonnes moeurs » ou de « troubles à l’ordre public ». La pornographie est vue comme « réifiante », « objectifiante » et « déshumanisante ». Mais au fond, qui est réifié ? Les personnages ? Les catégories représentées ? Les spectateurs ? Est-il au moins vrai que la pornographie réifie ? Si ce postulat est vrai, en quoi est-ce un problème ? Les acteurs ne peuvent être considérés comme objets puisqu’ils ne répondent pas aux critères d’absence d’autonomie, d’inertie, de violabilité, de possession et d’absence de subjectivité. Ils répondent seulement aux critères de fongibilité et d’instrumentalité. L’auteur explique que « pour un kantien, le traitement comme objet peut être acceptable tant que l’autonomie (ou le consentement) n’est pas niée ».
Si tant est que la pornographie objectifie, est-ce nécessairement un mal ? N’est ce pas au contraire une force qui lui permet de s’inscrire dans un important mouvement intellectuel ou artistique contemporain ?  Sur quelle nuisance se base-ton alors pour condamner la pornographie ?

Ce genre cinématographique auraient selon certains des effets immédiats et durables, sur  le problème de l’émancipation de la femme et sur la protection des enfants. Dans notre époque post soixante-huitarde, l’idée que la femme pourrait être un objet est violemment critiquée. Au fond, qu’il s’agisse de la femme ou de l’Homme, le problème est le même. Les corps présentés dans la pornographie ne peuvent être considérés complètement comme des objets et s’ils le sont, ce n’est pas un argument suffisant pour s’y opposer. Qu’en est-il des enfants ? La pornographie leur est interdit alors que dès treize ans ils sont considérés comme assez responsables pour aller dans des centres de correction et dès quinze ans, ils ont la majorité sexuelle. Pourquoi la pornographie ne leur serait accessible qu’à partir de dix-huit ans ? Probablement qu’elle n’intéresserait pas les tous petits et si elle intrigue les plus grand, où est le mal à vouloir satisfaire cette curiosité ? Lorsque le double cryptage a été recommandé à la télévision, pour la diffusion, au delà du comportement « laxiste » des parents ou de l’Etat, c’est le comportement des jeunes qui a été dénoncé. Au lieu de parler d’une génération violente et sans repère, ne vaudrait-il pas mieux valoriser les principes de liberté de s’informer, d’éducation dans l’autonomie et de refus du traditionalisme ?
L’auteur se propose de revenir sur trois points. Une préférence peut être injuste ou répugnante mais pourquoi le serait-elle plus si c’est un enfant qui l’exprime ? Ensuite, il explique qu’il pourrait exister des raisons normatives de défendre l’idée que « la pornographie ne doit pas détenir le monopole des moyens de satisfaire [sa] curiosité sexuelle » mais aussi des raisons du même genre de ne pas l’interdire complètement aux jeunes. Enfin, il pose la question de savoir quel prix nous sommes prêts à payer, en terme de liberté publique pour « épargner » les enfants.
Ces trois reflexions le mènent à la question des droits de l’enfant où il confronte « illégal » à « psychologiquement traumatisant » et les « dommages psychologiques aux « dommages idéologiques ». Les progressistes y sont vivement critiqués puisque dans côté, ils considèrent les enfants responsables juridiquement et sexuellement, et de l’autre, la pornographie leur est interdite. Ogien commence par prendre l’exemple des impôts : il est illégal de ne pas les payer mais ce n’est pas pour autant que le percepteur risque d’être traumatisé psychologiquement. A l’inverse, une rupture n’est pas illégale mais elle peut avoir de forts dommages psychologiques. Peut être est-ce en suivant l’opinion publique ou les moeurs que le législateur a interdit qu’un message pornographique soit diffusé s’il risque d’être vu par des mineurs. Il instaure une règle mais qui peut démontrer qu’elle est liée à un désir de prévenir des dommages psychologiques ? Le lien entre la vision de ces images et les éventuels traumatisme est-il si net ? Certes, il y a des émotions immédiates comme l’excitation ou le dégoût mais qui a prouvé qu’il y aurait des « atteintes durables à l’identité personnelles » par exemple ? Des expériences sur des enfants semblent inconcevables du point de vue de la morale, probablement car elles seraient considérées comme « violentes » même si encore une fois, l’existence de liens entre pornographie et violence est à démontrer.
Une tendance encore plus désastreuse consisterait selon l’auteur, à confondre le psychologique et l’idéologique. Dire que la pornographie encourage à dissocier les sentiments et la sexualité n’est pas un problème psychologique authentique. C’est simplement la défense d’une idéologie conventionnelle. Et de toute façon, dissocier sexualité et amour est-il plus grave que de dissocier sexualité et procréation ?

Au fond, dans ces guerres métaphysiques et morales, Ogien se positionne contre le moralisme personnel. Il fait même état de situations où le sexe est légitimé. Si l’on condamne le traitement froid du corps, il faudrait également s’en prendre aux sciences naturelles, aux documentaires et à une grande part des arts plastiques. Le corps pouvant être lui aussi un médium, nombreux sont les réalisateurs ayant montré explicitement dans leurs films des représentations répondant stylistiquement aux critères de la pornographie. Il suffit de penser à Lars von Trier, Catherine Breillat ou encore Bruno Dumont. Est-ce pour autant que leurs oeuvres ont moins de valeur ? Question rhétorique, évidemment que non. Certains films pornographiques peuvent d’ailleurs même être élevées au rang d’oeuvres, comme par exemple le film Lilith où Ovidie est réalisatrice. Dans ce film, l’héroïne a une psychologie importante à saisir pour la compréhension du film. Psychologie nécessaire et bien plus que dans des documentaires d’information ou d’éducation sexuelle : là, les sexes ne sont que sexes ! Sur de grandes chaînes familiales comme « Planète », on peut voir des sexes en activité sans même savoir à qui ils appartiennent.
Alors pourquoi ces discours de protection ? Se positionner contre la pornographie, n’est-ce finalement pas une manière de vouloir se préserver soi-même et la société ? Les pornophobes, avant de vouloir protéger leurs enfants ne voudraient-ils pas se protéger personnellement ? Dans ce cas là, la pornographie est une affaire plus privée que publique. Si ces réactions sont du pur moralisme, elles sont injustifiées du point de vue de l’éthique minimale. Vouloir faire des zones réservées à la pornographie dans les villes consisterait de la même manière à la ghettoiser, la stigmatiser. De même, quelles sont les motivations des associations dites de protection de la famille ou religieuses ? L’argument des enfants n’est-il pas un prétexte pour censurer des messages qui ne plaisent pas à ces personnes mêmes ? Les combats de ces associations peuvent même aller contre l’art ultra conceptuel. Pourquoi ces mêmes associations ne sont pas si virulentes lorsque des enfants sont victimes cette fois de pédophilie par les prêtres ? Les enfants seraient alors un prétexte pour combattre « la bête moderniste ou progressiste ».

Il convient pour finir de s’interroger sur la rigueur méthodologique d’Ogien. Lorsque l’auteur évoque la stylistique des film et leur fin, il écrit « fin de toute façon bâclée et incroyablement bien-pensante dans de nombreux films, à ce que disent les plus courageux qui ont eu la curiosité de les examiner ». Est-ce un trait d’humour ou laisse-t-il supposer que lui-même n’est jamais arrivé à la fin d’un film pornographique ? Cela voudrait-il dire qu’il écrit un essai sur un sujet qu’il ne connaît finalement même pas entièrement ? De plus, souvent, il part d’exemple précis et uniques pour expliquer son idée. L’induction est-elle le meilleur moyen pour son argumentation ? Il prend par exemple le cas d’un psychiatre spécialisé dans le développement psycho-sexuel qui affirma qu’en vingt cinq années de pratique, il n’avait jamais été confronté à des problèmes psychologiques provenant de l’exposition à la pornographie. Est-ce parce que ce médecin n’a pas rencontré de tel cas qu’effectivement ils n’existent pas ? Quand il écrit « aucun jeune, je suppose, ne s’est retrouvé aux urgences médicales après avoir vu un film ou lu un livre pornographique », on a envie de lui demander sur quoi il base ses suppositions. S’il s’était un peu plus renseigné sur le sujet, il aurait constaté qu’aux urgences, les médecins sont parfois confrontés à des cas bien étranges comme des objets tranchants coincés dans des cavités intimes. Probablement que l’idée de cette pratique n’est pas tombée de nulle part.
Des approximations sont également     présentes dans son texte. Ogien écrit, en parlant du lien entre sexe et amour, « Les jeunes d’autrefois qui, dit-on, ne séparaient pas ces choses ont-ils eu une vie sexuelle et amoureuse d’adulte plus belle, plus épanouie ? » Dit-on ? Qui est « on » ? Et de quels jeunes parle-t-on ? De quelle époque ? S’agit-il des jeunes gens qui était mariés tôt par leurs parents, ensemble, dans le seul but de capitalisation de la propriété ? Dans ce cas la réflexion de l’auteur est contestable.
De la même manière, une autre réflexion manque un peu de rigueur : « Personne ne pense à interdire la vente de bière ou de pastis sous le prétexte que les enfants risquent d’ouvrir une bouteille quand leurs parents sont au travail ou à l’hypermarché ». Justement, l’auteur a tort car la vente d’alcool est soumise à une législation stricte : certaines enseignes n’ont pas le droit d’en vendre après vingt-deux heures et dans un bar, il faut être âgé d’au moins seize ans pour consommer une boisson alcoolisée. La comparaison n’est donc pas pertinente.

A travers ce texte, Ogien montre comment il est nécessaire de repenser la pornographie, au-delà de nos a prioris qui nous incitent à la condamner radicalement. Même si l’auteur ne prend jamais clairement position, il montre que les arguments des pornophobes sont facilement contestables. La pornographie est plus une affaire privée qu’une affaire publique. Nous devons envisager notre rapport à elle de manière individuelle. Si certains la considèrent comme dangereuse, elle peut aussi être pour d’autres un élément d’épanouissement comme le montrent les recherches actuelles des porn studies aux Etats-Unis.

Posted by Alexandra Giroux

L’Enfant (Luc et Jean-Pierre Dardenne)

Un film de Luc Dardenne et Jean Pierre Dardenne
Avec Jérémie Rénier, Déborah François, Jérémie Segard, Fabrizio Rongione et Olivier Gourmet.
Durée : 1H35
Date de sortie : 19 octobre 2005

Tout commence sur le tournage du dernier film des frères Dardenne. Les réalisateurs sont interpellés par une jeune femme qui pousse un landau, effectuant seule des allers retours. L’absent de cette situation, le père, deviendra quelque mois plus tard le héros du film l’Enfant.
Six ans après Rosetta, les réalisateurs remportent pour la deuxième fois une palme d’or pour ce film brut et sans fioriture. Ces anciens documentaristes nous présentent en effet le quotidien de Sonia et Bruno, deux jeunes paumés qui viennent d’avoir leur premier enfant. Son prénom, « Jimmy », sonne comme l’espoir d’une vie meilleure, les consonances renvoyant aux séries américaines où l’on ne connaît pas la souffrance. Sonia accole tout de même à celui-ci le prénom « Nicolas », appartenant au grand père de Bruno, comme pour montrer néanmoins son attachement à la lignée. Mais comment élever un enfant lorsque soi même on joue encore à se faire des croches pieds ou à se chamailler ? Autant Sonia fait preuve d’une faculté d’adaptation impressionnante, témoignant d’une inattendue maturité, autant pour Bruno, un bébé n’est qu’un bien matériel de plus. Idéal pour dormir plus facilement en foyer d’hébergement, gagner plus aisément de l’argent en faisant la manche, Jimmy n’est pas considéré par son père comme un sujet mais comme un objet.
Puisqu’il faut bien gagner sa croûte et que « travailler c’est pour les cons », Bruno décide un jour de vendre l’enfant à des receleurs. « Qu’est ce que je t’ai fait ? » demande Bruno face à la réaction violente de sa compagne, « Je pensais qu’on en referait un autre ». Mais le jeune homme ne pense pas mal, il n’en a pas les moyens. Hors de la réalité, il envisage son quotidien en blouson de cuir, dans un cabriolet, avec toujours du liquide « frais » sur lui. Son objectif n’est pas de faire le mal puisqu’il ne semble même pas avoir conscience de ce que sont les valeurs.
Ce film porte bel et bien la signature dardenienne : colorations de plusieurs mois, objets cachés dans les bois, eau glacée, cuisine sommaire, route bruyante et tous ces petits détails qui nous ramènent à la difficile réalité. Mais malgré le pathétique de l’histoire, les deux réalisateurs ne tombent jamais dans l’excès, nous épargnant le risque d’un côté trop mélodramatique. Toujours précis, leur regard montre avec justesse, sans jugement, l’histoire d’un petit cocon perdu dans une effrayante Belgique.

Posted by Alexandra Giroux

De Jaoui à Zidi, les sorties DVD de l’été

Comme une image

Réalisé par Agnès Jaoui
Avec Marilou Berry, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
Digipack, 2 DVD, PAL, Tous publics
DVD Zone 2
Audio : Français Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1
Vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.85, Format DVD-9, Film en Couleurs
Contenu : DVD 1 Audio description pour les malvoyants Bandes-annonces StudioCanal DVD 2 “Le cinéma Harlequin” (15′) Making of (60′) Scènes coupées (25′) Bêtisier Conférence de presse Cannes 2004

Ce petit objet sent encore bon le sable chaud, nous rappelant ainsi que Comme une image a remporté le Grand Prix du Scénario, à Cannes, en 2004. Rions donc mais rions intelligent avec le dernier opus du tandem de scénaristes Jaoui / Bacri. Comme le titre l’indique, la problématique du film est l’image. Selon Jung, chacun se crée une apparence, de manière à mieux communiquer avec les autres, liant ainsi les notions de démarche collective et inconscient individuel (si si, ce psychanalyste a osé écrire une phrase comme ça, c’est vraiment la class). Puisque nous sommes dans les expressions arty-petits-fours, notons aussi le « schématisme didactique » dont sont parfois accusés les deux auteurs. Ces derniers ne le rejettent pas, expliquant que les personnages sont là pour servir leur démonstration. Pour revenir au DVD même, un point des bonus mérite d’être signalé : dans la même idée que les sous-titres pour sourds et muets, un commentaire pour malvoyants est accessible.
Les Bidasses en folie

Réalisé par Claude Zidi
Avec Gérard Rinaldi, Gérard Filipelli, Jean Sarrus
DVD Zone 2
Audio : Français Mono
Vidéo : 16/9 Compatible 4/3, Format cinéma respecté 1.66
Contenu :
Le Film : 90 mn
Interview de Claude Zidi
Interview des Charlots
Clips des Charlots
Clip des Martin Circus “Je m’éclate au Sénégal”
Une Bande-annonce

On joue ? Une petite question… quel célèbre réalisateur a commencé comme assistant auprès de Claude Zidi ? (Cette phrase n’a pas d’autre fonction que de montrer la grande culture des journalistes de l’équipe.) Alain Chabat ? Marc Dorcel ? Eh non. Il s’agit de Luc Besson. Et c’est pour cela que nous nous devons de voir et revoir Les Bidasses en folie. Certes, me direz-vous, ce film repasse beaucoup sur TF1 au mois de mai car il y a plein de jours fériés. Je vous répondrait tout simplement que la chaîne ne vous offre pas la cerise sur le gâteau : les clips des Charlots. Car au-delà des talents incontestés d’acteurs, cette joyeuse bande de trublions a un autre tour dans sa poche pour séduire la gente féminine : la chanson. Romance, poésie et subtilité au programme. Merci Gaumont pour la réédition de ce film qui nous accompagnera lors de nos grands moments de solitude. Alors, on reprend en chœur le refrain de « Le trou de mon quai » ?

Posted by Alexandra Giroux

Hotte de Noël

Vous pensiez que la hot attitude était réservée à la période estivale ? Détrompez vous. Grâce à Bestaire, découvrez ce que vous pourrez glisser… sous le sapin de vos proches.

Les boules de geisha. Non à la peinture dorée qui s’effrite, à l’imitation chair et aux ficelles qui se cassent. Grâce à Eros boutique ou au site tenu par la plus philosophe des végétariennes libertines (Ovidie pour les in-cul-tes), dites oui au plaisir de votre petite amie. Parce qu’un périnée plus musclé, c’est l’assurance d’un orgasme plus intense. Hypo allergénique, elle pourra glisser ces boules en elle pour son cours d’histoire des idées où sa séance de salsa (ça devient plus intéressant).

Le livret de cuisine spécial liquidé séminal. En maternelle, vous avez peut être réalisé un livret avec la recette du gâteau aux pommes, du pain d’épice de St Nicolas… Détournez ce modèle et inscrivez y vos recettes lactées. Parce que ce serait dommage de gâcher toutes ces protéines et parce qu’un cadeau fabriqué de vos propres mains aura de la valeur.

Un jeu de société érotique. Le jeu de l’oie est trop répétitif ? Le monopoly trop capitaliste ? Alors testez un passe temps un peu plus pimenté. Embrasser Roméo avec un glaçon est quand même plus amusant que de deviner qui est votre admirateur mystère (vous aussi vous avez joué à Téléphone secret ?).

Le gode ceinture. Ovidie déclare n’accepter la sodomie pour un film que de la part d’une femme. Avec cet accessoire, comprenez que « le nec plus ultra en ce paysage c’est d’aimer les deux côtés » comme l’explique une certaine Mylène Farmer.

La pompe Adam et Eve. Mesdemoiselles, achetez à votre petit ami cet objet ludique qui remplacera ingénieusement le gant de toilette rempli de coquillettes. Que vous commandiez en ligne ou par catalogue, l’avantage est la discrétion. Lors de la réception du colis, votre facteur préféré continuera à penser que vous êtes une jeune fille chaste et vertueuse. Et rappelez vous qu’un garçon qui se masturbe est un garçon qui se contrôle.

La culotte fouf. Réalisée par Julie Pink Punk Art, c’est le dessous à avoir cet hiver. Après votre épilation intégrale chez l’esthéticienne, mesdemoiselles, n’attrapez pas froid grâce à ces poils de lapins teints en rose, parce que vous le valez bien. 100% coton, fini les irritations et autres petits désagréments.

Un catalogue La redoute. Pour rappeler à vos amis la période pré ado où ils se cachaient sous la couette avec une lampe de poche afin de contempler les pages lingeries. On raconte que certains collaient même à la place de la tête des modèles, le visage de Lady Di.

Des DVD X remake de films célèbres. Juste pour le plaisir de lire les titres : X-files, les visiteuses, le plombier toquera trois fois ou encore baise moi si tu peux.

Posted by Alexandra Giroux

La fabrique du père Noël

Dans la cave sombre, humide (et en plus noire), les petits lutins chinois fabriquent les cadeaux du père Noël. Le big boss qui doit bien penser à son entreprise a eu l’idée de la délocalisation il y a quelques années et il en est ravi. Il avait bien pensé à prendre des étudiants à mi temps mais l’UNEF était vite intervenue et de toute façon, ils étaient trop ramollis par l’absorption de cabanis et n’étaient pas productifs. Les aspirateurs des petites filles ne marchaient pas, les roues des voitures des garçons étaient montées à l’envers. Le 26, le service après vente s’était mis en grève alors le Père Noël il a dit « plus jamais ça ».

Les rennes doivent être prêts pour le jour J. Ils ont un éleveur spécial qui leur donne des croquettes avec de la vitamine B pour qu’ils aient le poil brillant. Ils ont chacun leur box et sont traités encore mieux que les chevaux qui courent à Maisons Laffitte. Chacun d’eux a un nom drôle, original et/ou cocasse : « Star Academy », « Sourire des blés » ou encore « Poppers and gum ».

Au sommet du Mont Crumpit, le Grinch, son chien Max et leur fidèle serviteur le Bestiaire SM préparent un plan pour empêcher le père Noël de distribuer les cadeaux à tous les enfants du monde. Mais à Chouville, une petite fille au coeur pur, Cindy Lou, aimerait en savoir un peu plus sur celui qu’on présente partout comme un monstre ainsi que sur ses deux acolytes. Si ces gens n’aiment pas Noël, peut être est-ce parce qu’ils sont mal dans leur peau et que sous leur allure de durs ils cachent une âme qui souffre ? La petite fille gravit courageusement le mont et explique aux trois compères que de toute façon il faut aimer les gens et qu’il fassent fi de leur apparence qui leur déplaît : la vraie beauté est celle du cœur.

Les derniers jours avant Noël ressemblent à ceux qui précèdent le bouclage de Bestiaire : stress, nuits blanches et faible tension. Heureusement, Papa Noël qui a tout plagié sur Eddy et Brice organise des « red night ». Tous ses amis y sont invités et généralement, en fin de soirée, les convives sont dans un état encore plus affligeants que celui des habitués du Totem. Le Père Fouettard en profite pour être soumis face à St Nicolas qui se transforme en maître dominateur. Il aurait aussi bien invité tous les enfants du monde qui ont été sage mais depuis que son pote de Neverland a eu des problèmes avec la justice, il fait des soirées plus private.

Que serait le père Noël sans la mère Noël ? Ressortez vos bouquins d’histoire, vous comprendrez qu’elle a autant d’importance que Marie Antoinette envers son mari. Et puis le 24, il faut que l’homme que tous les petits attendent cartonne. Alors son épouse qui est une bobonne soumise lui cuisine des pâtes (ce sont des sucres lents), lui repasse son costume et le parfume à la lavande (c’est tellement chic) et bien sûr elle n’oublie pas de le border le soir avec en bonus une petite gâterie car « turlute avant d’aller au lit fait passer bonne nuit ».