Posted by Alexandra Giroux

La petite Jérusalem

Un film de Karin Albou
Avec Fanny Valette, Elsa Zylberstein, Bruno Todeschini, Aurore Clement, Hedi De Clermont-Tonnerre, Sonia Tahar, Michael Cohen
Présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2005

Laura est une jeune fille de dix huit ans qui vit à Sarcelles, dans un lieu nommé « la petite Jérusalem » compte tenu du nombre d’immigrants juifs qui se sont installés dans ce quartier. Issue, d’une famille où la religion est omniprésente, elle trouve une alternative à cette façon de penser grâce à ses études de philosophie. A la maison, la croyance est partout. Sa mère pense influer sur le destin de sa fille par les grigris, sa sœur est très pieuse et chaque fête est sacrée. Laura, par la faculté, découvre que l’on peut opposer à cela la raison. Elle se passionne pour les penseurs qu’elle étudie et va même jusqu’à en imiter certains dans leur comportement. Un soir, elle décide de sortir faire une balade. Le lendemain, à la même heure, elle recommence. Le surlendemain, il en est de même. Tout comme Kant, elle considère qu’en ayant cette rigueur appliquée à son corps, on peut agir sur l’esprit. Mais tiraillée entre la tradition et ce qu’elle apprend en cours, Laura est parfois perdue. Comment réagir lorsqu’elle se découvre du désir pour un garçon musulman ? En filigrane, le film nous propose une réflexion sur notre propre corps ainsi que sur le rapport au corps de l’autre. La religion juive oblige les femmes à se cacher sous de longs vêtements mais une fois aux bains, la nudité est exposée sans pudeur. Les rapports entre hommes et femmes peuvent également être tabous. Mais lorsque la sœur de Laura a des problèmes avec son mari, elle peut aller voir une femme juive pour en parler. Celle-ci la conseillera sur ses interrogations concernant le sexe oral. La petite Jérusalem est un savant mélange d’intelligence, de sensualité et d’humour. Le ton des acteurs est juste et le tout est bien rythmé. On est également content de voir un film qui se passe en banlieue et ne tombe pourtant pas dans les clichés faciles. Le film donne enfin envie à ceux qui ne sont pas en philosophie de s’inscrire dans cette discipline, même si ce n’était probablement pas l’intention première de la réalisatrice…