Concours de l’Excellence Universitaire : Quelle Europe en 2030 ?
Dans la mythologie grecque, Europe, fille d’Agénor et de Téléphassa, est une jeune fille de grande beauté. La beauté de l’Europe politique est une construction dans le temps. Qu’en sera-t-il en 2030 ? Née le 7 février 1992, lors de la signature du traité sur l’Union européenne à Maastricht par les douze États membres de la CEE, l’Europe ne cesse d’évoluer et de se transformer. Etape par étape, le traité de Maastricht (1992), le traité d’Amsterdam (1997) ou encore le traité de Nice (2000) sont des étapes majeures de sa transformation. Dans les vingt prochaines années, cette structure supranationale hybride empreinte à la fois de fédéralisme et d’intergouvernementalisme va évoluer. Elle sera nécessairement différente de la CEE de 1948. Cette union intergouvernementale et supranationale est actuellement composée de 27 États. L’Europe, en tant que Sui Generis, est une construction sans précèdent dans l’histoire. Son succès peut être noté du point de vue économique et monétaire : l’euro a résisté à la crise et évité de vivre une catastrophique dévaluation ou une crise de l’emploi pire que celles que nous connaissons actuellement. Les conséquences de l’européanisation ont un impact sur l’identité européenne, l’économie, l’action, la théorie, l’unité et la multitude. L’Europe a réussi à mener à bien un projet mêlant diversité et unité : le point de l’identité européenne n’est qu’une question de temps. Les défis de demain sont nombreux : l’identité nationale ne doit pas être remise en cause par l’Europe, le projet identitaire doit avoir une légitimité, les européens doivent se sentir plus liés et l’Europe doit avoir un unique plan plutôt que des opinions nationales divergentes.
Certes, l’Europe fait actuellement face à certaines situations difficiles telles que des problèmes économiques relatifs à la trop faible croissance ou au chômage, une commission qui est actuellement plus dévouée à la dérégulation qu’à la construction d’une Europe sociale, une présidence en Grande Bretagne qui ne suit pas l’ambition européenne ou encore l’impasse du traité constitutionnel. Mais l’Europe, c’est aussi une vision, un projet de société, des valeurs humanistes, c’est tirer profit de la diversité plutôt que de ne la voir comme un frein. Si l’on s’intéresse à la personnalité juridique, actuellement, il s’agit d’une organisation qui combine le niveau supranational et le niveau intergouvernemental, sur un champ géographique restreint mais avec un rôle politique propre et un pouvoir de contrainte sur ses membres plus importants. L’Européanisation est synonyme d’intensification du processus démocratique au delà des frontières des états. La politique domestique ne peut plus être séparée des exigences internationales dans un monde d’interdépendance. Il est possible que d’ici vingt ans, l’Europe atteigne un stade où le nombre de transfert de compétences rendra la souveraineté nationale moins pertinente. Une des questions majeures dans un futur proche touchera les questions de démocratisation, d’identité et d’intégration européenne.
Les enjeux de l’Europe de demain s’exprimeront à travers l’Union Européenne. L’Europe tend vers une configuration socio-politique d’un nouveau genre où les élites nationales et les gouvernements des états, et les bureaucrates renoncent à une partie de leur pouvoir au profit d’une entité plus puissante. Être citoyen n’est plus nécessairement lié à un état : on peut se sentir également citoyen européen. plus particulièrement, la mondialisation permet de se confronter au regard de l’autre et d’être perçus sur un autre continent comme une personne dite “européenne”. Cela montre l’unité vers laquelle nous tendons. Alors que la notion de citoyenneté est en train d’évoluer, la question des droits des minorités doit être posées, en l’occurence l’appartenence nationale. L’exemple de l’ex-Yougoslavie et de la Russie montrent à quel point il pourrait être dangereux de gommer les identités nationales au profit d’une identité européenne. La question de l’élargissement de l’Europe à la Turquie est un leitmotiv sur la scène publique. Il n’est pas nécessairement envisageable que cette hypothèse devienne réalité. D’une part, le gouvernement turc le souhaite mais pas tous les citoyens. D’autre part, beaucoup d’Européens ne souhaitent pas accueillir un pays grand, avec une forte démographie et une économie bien solide. Dans les prochaines années, l’Europe devra régler ce type de questions. Le socle commun, la clé de voûte doit donc être construite avec raison. Cette Europe n’est pas nécessairement construite par un patchwork de différentes nationalités, à l’inverse ce sont les gens qui construisent mutuellement cette métareflexivité en rapport aux autres et au monde. L’européanisation passe par plusieurs étapes. Le polyglotisme européen est parfois vu comme un problème car de nombreux interprètes et traducteurs sont sollicités au sein des organes politiques de l’Union. Au contraire, il faut voir cette diversité comme une atout, considérant qu’une autre langue, c’est aussi une manière différente d’envisager un problème, du fait même de la structure mentale impliquée. Utiliser uniquement l’anglais au parlement par exemple pourrait avoir comme conséquence de créer un ghetto linguistique où juste une élite pourrait participer aux débats, rappelant l’élitisme du latinisme par le passé. De plus, l’anglais qui est une langue de référence actuellement ne le sera peut-être plus dans les prochaines années, considérant l’émergence de nouvelles puissances. Le problème reste malgré tout que certaines langues telles que le catalan, même s’il s’agit de la dixième langue la plus parlée en Europe n’est pas reconnue officiellement dans les institutions européennes. Pourtant l’hypothèse Sapir Whorf montre que nous avons tout à gagner au multilinguisme puisque le langage reflète une compréhension particulière et unique culturellement, du monde.
La question de l’Europe des vingt prochaines années soulève le cas de la protection, au sens large. l’Europe garantit l’identité de chacun, culture langues doivent être protégés et mis en valeur. L’identité de l’Europe est construite de l’intérieur mais également par les influences extérieures. Le multiculturalisme est une force pour peu que l’on s’attache à unir et unifier tout en préservant les différentes identités. Chacun se doit avoir vis à vis de l’Europe une exigence sociale, civique et écologique. ces dernières doivent être défendues. Des pays qui s’influencent les un les autres : prendre exemple des pays nordiques sur leur politique équité parité genre et travail. L’Union Européenne doit travailler pour devenir plus légitime. Une identité européenne devra être créer afin d’avoir toujours la possibilité de jouer le rôle d’acteur au plan international. Le processus accéléré d’intégration a rendu difficile le travail sur l’identité, d’autant plus que chaque pays tiens à conserver la sienne. Mais identités peuvent être combinées, comme le théorise Habermas ou même le marketing avec le concept d’identité parapluie.
Concernant le pouvoir économique, la concurrence doit devenir équitable au sein de l’Europe et les pays doivent être aidés pour atteindre ces standards. L’Europe doit promouvoir la coopération plutôt que la compétition au sein des pays membres. l’harmonisation plutôt que le dumping. Un impôt unique sur les transactions boursières en Europe pour financer des projets européens tels que l’éducation et la recherche. Un SMIC européen pourrait également être crée. L’Union européenne a fonctionné pour l’Europe mais peut être qu’il n’en serait pas de même ailleurs dans le monde. L’Europe est un modèle mais il faut garder que tout comme certains pays ont été des échecs, certaines organisations peuvent m’être aussi. Espace et temps doivent être pris en considération. Les choses ont changé et si l’Europe devait être recréée aujourd’huin elle serait sûrement différente. Néanmoins, les organisations internationales de ce type semblent être une réponse à la mondialisation et permettent aux plus petits pays de gérer une plus grande compétition des grands pays, via les alliances. La monnaie unique, tout en préservant les identités nationales a permis une nouvelle naissance de l’Europe. L’adoption de l’Euro a été une étape majeure. Ce modèle économique a inspiré d’autres organisations internationales telles qu’ECOWAS en Afrique et dans les prochaines années, d’autres pays adopteront probablement également une monnaie commune. Bien qu’elle soit plus organisée et plus réglée que d’autres endroits du monde; maintenant il faut travailler à une union monétaire plus commune, plus intégrée. L’Union Européenne peut être à l’initiative d’une nouvelle régulation mondiale comme cela a été montré au G20. Le tourisme en Europe et plus particulièrement le tourisme culturel nécessitera dans le futur une grande attention. Il s’agit d’un agent majeur en matière de changement social et économique. De nombreux touristes sont attirés par la richesse historique et culturelle de l’Europe. Mais l’Union devra légiférer dans le futur pour contrôler les dérives du narcotourisme ou du tourisme médical, générateurs d’anxiété.
L’Europe de demain devra être une Europe plus active, plus protectrice, avec un véritable pouvoir économique. Il est nécessaire de se pencher activement sur la question du vote et de la représentation des citoyens européennes au Parlement. Les élections européennes sont extrêmement importantes puisque beaucoup de lois que les Etats implémentent ont comme source l’Europe. Il faut donc réhabiliter ses élections et faire que politiques médias et citoyens se sentent impliqués et concernés dans la campagne. Les élections européennes ne se jouent pas sur une opposition gauche droite ou sur des débats nationaux; au contraire elles ont une portée globale. L’échec de la ratification du traité constitutionnel doit être vu comme un épisode révélant la nécessaire réforme des institutions européennes. Il faudrait une réforme des institutions où un vote à la majorité suffit. La Convention a d’ailleurs proposé dans son projet de redéfinir ainsi la majorité qualifiée de cette manière : “la majorité qualifiée requise est constituée des deux tiers des États membres, représentant au moins les trois cinquièmes de la population de l’Union” (art. 24-2). Des institutions réformées permettraient d’éviter des moments embarrassants telles que le revirement de situation avec la convention sur l’avenir de l’Europe, quand Le Conseil européen, le 23 juin 2007 à Lisbonne, a mandaté une conférence inter-gouvernementale afin d’adopter avant 2009 le traité de Lisbonne. L’avantage des négociations intergouvernementales est la relative rapidité par rapport au vote avec ratification qui ralentit le processus. L’Europe n’est pas celle des bureaucrates de Bruxelles, elle doit être celle de tout un chacun. Il est nécessaire de construire une identité européennes si l’on souhaite renforcer le pouvoir politique de l’Union. Les citoyens doivent avoir la possibilité d’être informés sur les actions qui vont être entreprises et dans un second temps la manière dont elles ont été menées. Ils doivent être en mesure d’être représentés au parlement. Les délibérations doivent être rendues publiques, comme cela se fait pour l’assemblée nationale en France. Bien évidemment, le rôle de l’éducation est fondamental et des projets pédagogiques devront accompagner chaque le projet politique.
Des experts et observateurs peuvent avoir un rôle crucial dans le processus décisionnel. Il est également souhaitable que les organisations non gouvernementales et les organisations internationales telles que l’Europe travaillent mains dans la main pour solutionner les questions de santé, d’énergie où d’aide alimentaire dans le reste du monde. La question des immigrés politiques, économiques ou même climatiques devrait par exemple être adressée de manière Européenne. La questions de la sécurité et du respect des droits de L’Homme devrait être adressée par l’Europe travaillant avec, et non pas contre, des organisations telles que l’OTAN. Chacun a sa force. Par exemple là où l’OTAN est efficace sur le point militaire, l’Europe est efficace sur le plan de l’administration. Il faudra travailler à l’avenir à une sécurité européenne forte, similaire au conseil de sécurité des nations unies. L’ordre mondial de demain n’est ni à chercher du côté de l’anarchie internationales, ni de l’hégémonie mondiale, ni de l’état monde mais plutôt la gouvernance mondiale. Ainsi, l’Europe a et aura dans le futur un rôle important dans l’arène internationale. La vision institutionaliste des relations internationales et une école qui aide à comprendre quels liens entretiennent les institutions : elle est relativement pertinente pour analyser la probable situations mondiale, plutôt que réaliste ou idéaliste. Les pays ont tout intérêt à coopérer ensemble, au sein de l’Europe, afin de servir leurs intérêts. Travailler ensemble provoque une synergie, une valeur ajoutée utile pour gérer des problèmes globaux.
Avec la mondialisation, il est et il sera de plus en plus facile de voyager, et à bas prix, harmonisant temps et distance. La notion “d’étranger”, de “barbare”, risque de devenir floue, révélant du passage du salad mix au melting pot. Des programmes tels qu’Erasmus ou Socrates participent à l’échange d’idées en impliquant directement les jeunes. L’Europe devra par exemple dans le futur jouer un plus grand rôle vis à vis de la question du genre. Légiférer avec harmonie sur la pilule, l’avortement, le mariage homosexuel ou même la pornographie sont des points importants. La question de la prostitution devra aussi être harmonisée : aux Pays-Bas par exemple, les gérants des maisons closes sont tenus garants de la santé de leurs employées. Le modèle reproductif hétérosexuel normé qui est actuellement un idéal ne le sera plus dans un futur proche. Couples monoparentaux, homosexuels ou d’autres formes de familles sont en train d’apparaître. La société devra en tenir compte et un mariage homosexuel aux Pays-Bas devrait être reconnu en France, en tout cas il s’agit d’un des challenges des prochaines années. Le sport symbolise l’Europe en mouvement. Différents groupes luttent à ce propos pour leur propre intérêt, généralement économique. Le football, alliant compétition et coopération est une métaphore intéressant du chemin qu’est en train d’emprunter l’Europe. On peut se demander si le concept d’une unique équipe de football européenne serait possible. La télévision transnationale européenne, régulant la diffusion permet à tous les européens de visionner les grands événements sportifs. Mais ces régularisations peuvent aller plus loin. Par exemple, un système de quotas de programme européen à diffuser permettrait de préserver la culture européenne et d’éviter la dallassification de la culture.
Perpétuer la nation ou réinventer le vivre ensemble sont les questions que l’Europe devra se poser dans les vingt prochaines années. La construction d’une identité européenne sera un des défis majeurs de demain afin de créer un socle commun, tout en préservant les identités nationales. Politique économique et politique d’intégration doivent aller de paire. La culture doit servir de liant entre les différentes nations qui parfois divergent dans leur vision de l’Europe. Actuellement l’Union Européenne est vue comme une menace pour le Royaume-Uni, une nécessité pour l’Allemagne et une chance pour l’Espagne. Malgré ces différentes positions, les pays ont tout à gagner à construire ensemble l’Europe de demain pour que résonne mélodieusement l’ode à la joie dans les oreilles de nos enfants. L’Europe plus qu’un symbole doit devenir une réalité.