Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

Dear Hermes…

Dear Hermes,

I wanted to thank you for giving me the desire to discover how it was on the other side of the sea. This is the story of a little frog travelling to the country of Haggis – I have been told that it was a small animal. From a French-Polish family, I have always wanted to travel, both for personal and professional reasons. Being able to sing a Beatles’ songs while taking a shower was a challenge for me. I also must confess I am  lazy and always wanted to be able to watch films in their original versions. Moreover, once I have graduated, I would like to work in international communication. Therefore, spending one year in Scotland is totally logical in my professional project.

I left my material life in France to improve my spiritual life in Great-Britain. “Ceilidh” and “blether” with “loons” and “quines” were waiting for me in Dundee. I did not know that I would discover what is the most important intelligence: the social intelligence. Call it melting pot or a salad bowl, foreign exchanges are a marvelous opportunity to meet people from a wide range of different backgrounds. Right now I speak English, breathe Scottish, eat Indian and dress Polish.

I spend my time between studying, working and networking. My degree is great and my job is a good experience. At Abertay Dundee, I prepare my B.A. with Honours in Media, Culture and Society. The University is the place where I study the texts of Michel Foucault or Pierre Bourdieu in their English translation. Working in the Hotel I polish the glasses, fold the napkins and poor some Chardonnay 2001 in the appropriate glass, but silently. I am a “voluntold”, not “told to talk”. “It is not democracy” but we do have time to improve our English when customers ask us if we have French mustard.

Sometimes, people tell me that they like France. One boy confessed to me that he was totally crazy about “my” country because of Jacques Brel. Failure, Jacques Brel is from Belgium. A girl told me that she likes France because of Edith Piaf. I didn’t want to tell her that Edith Piaf is dead. After these hard experiences, I do not tell any Scottish person that I like Scotland because of its kilts, red-haired people, or the film “Trainspotting”, Even though I do. At first, I was surprised and even scared by the use of the two taps in the bathroom. However now I am a professional and I even go the swimming pool once a week with my friends. This, for me is like a personal victory against tricky plumbing, and a sign of international friendship. This is Europe. I think I love Europe.

I have learned many of marvellous words: “flabbergasted”, “pulpy”, “squelch”, “tusk”, “sparkling”, “eejit”, “crumble”, “honky-tonk”, “snorkel”, “caboodle”, and so on. Repeating them sounds like a song and leads me to dance in the street when I go to the University. This is as good as playing with sing-star to improve my oral skills. “Lapsang souchong” is also a great word: I must confess that since I arrived, I am a hardcore tea-oholic. Sorry, I am not talking about C2H5OH.

I wanted to visit Glasgow and Edinburgh before visiting heaven. I have seen the light dress of Kim Tae Gon during the Radiance Festival, I have seen pigeons playing Frisbee in a park and I have seen a bird eating a chicken sandwich. I have done connections between the Glasgow Style and the Ecole de Nancy and between the paints of Godfried Schalken and the ones of George de la Tour. It is like being home. It was so great that I had to find some synonyms of “cool”: “dynamite”, “terrific”, “transcendent”, “tiptop”, “peachy” “groovy”, “hunky dory”, “keen” or “smashing”.

I love languages. I love the fact that in German “fast food” means “almost food”. I love spending Christmas Eve with my family and Christmas Adam with my friends. I love being able to cross the road as easily as if I was a native Scottish girl. My life was a Nouvelle Vague Film. Now my life is a musical and I can sing “Yellow Submarine” when I take a shower. This is even better than being in “L’Auberge espagnole”.

Britishly yours,

Alexandra, candide young girl

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Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

Défection et prise de parole (Albert O. Hirschman)

Albert O. Hirschman ou Albert Otto Hirschman est un  économiste libéral, très influent, qui a rédigé de nombreux ouvrages sur la politique économique et l’idéologie politique. Il a réussi, à travers Défection et prise de parole, à offrir une grille d’analyse originale et pluridisciplinaire aux sciences sociales et politiques, pour comprendre les choix posés par un individu confronté à des motifs de mécontentement et pour comprendre plus largement les formes que peut prendre le changement social. L’individu peut, dans des situations diverses (de marché, de groupe familial, d’organisation syndicale ou partisane…) souvent génératrices de frustrations ou de dysfonctionnements, manifester son mécontentement de trois manières : le refus de participer, la défection (exit) ; la prise de parole, c’est-à-dire une participation protestataire pour modifier le fonctionnement de l’organisation ou les relations sociales dans un sens souhaité (voice) ; la fidélité malgré tout (loyalty). Hirschman, par son livre, cherche à répondre aux questions suivantes (P.17) : « dans quelles conditions la voie de la défection prévaudra-t-elle sur celle de la prise de parole et inversement ? Quelle est l’efficacité relative des deux voies en tant qu’instruments de redressement ? Dans quelles situations les deux mécanismes entrent-ils conjointement en action ? Quelles institutions sont susceptibles de renforcer l’effet de l’une ou l’autre option ? Les institutions renforçant l’effet de la défection sont-elles compatibles avec celles qui tendent à améliorer l’action de la prise de parole ? ». Dans un premier moment, nous étudierons la théorie de l’auteur et les concepts qu’il énonce. Puis nous nous intéresserons à sa méthode et à ses manques.

Quelles sont les hypothèses, les théories et les concepts développés par l’auteur ? Hirschman part d’un cas empirique auquel il a été confronté pour développer sa théorie. Au cours d’une étude, l’auteur s’était en effet rendu compte que les transports ferroviaires nigérians luttaient très difficilement contre la concurrence exercée par les transports routiers. Hirschman avait beau essayer d’expliquer à l’aide de raisons d’ordre économiques, sociopolitiques ou structurelles (schème structural) pourquoi une telle difficulté pouvait se manifester, il ne parvenait pas à comprendre la totale incapacité de la direction de la société nigériane de transports ferroviaires à lutter efficacement contre la concurrence du transport routier. Poursuivant sa réflexion, Hirschman, constate alors que les meilleures institutions du monde ne permettent pas à une société d’éviter que les comportements de certains de ses membres entraînent des dysfonctionnements. Il s’est alors interrogé sur les forces qui permettent à une société donnée de faire en sorte que les comportements de ses membres n’aillent pas à l’encontre de ses objectifs fondamentaux. Tout l’ouvrage d’Hirschman tente donc de discerner quelles sont les forces qui permettent de guérir une firme ou une organisation quand celle ci ne fonctionne plus de manière optimale.
Hirschman part de ce constat : « aucun système économique, social ou politique ne peut garantir que les individus, les entreprises et les organisations en général agiront toujours de manière fonctionnelle et auront constamment une conduite efficace, rationnelle, respectueuse de la loi et de la morale » (p.11). Selon lui, en période de déclin économique, personne ne s’est attardé  sur les défaillances surmontables des agents économiques. Il se veut donc novateur dans sa recherche.
L’auteur admet qu’il est hors de doute que la concurrence est un important facteur de redressement. Cependant, il propose de s’interroger sur les conséquences de cette fonction particulière de la concurrence qui n’ont pas été adéquatement analysées ainsi que sur un autre moyen important qui peut également entrer en jeu pour remplacer ou compléter l’action de la concurrence. On a beaucoup étudié, sans d’ailleurs parvenir à des conclusions probantes, l’aptitude de la concurrence à engendrer l’innovation et la croissance. Hirschman est le premier à s’intéresser à la question connexe de l’aptitude de la concurrence à ramener les firmes défaillantes à un niveau « normal » d’efficacité, de performance et de croissance. C’est en cela que le livre est vraiment original. Le coeur de l’argumentation de l’auteur est que la concurrence peut n’avoir d’autre effet que d’amener les firmes rivales à s’arracher les unes aux autres leur clientèle respective ; elle n’est plus alors qu’un gaspillage d’énergie et une manoeuvre de diversion, empêchant les consommateurs de militer pour obtenir une amélioration des produits ou les entraînant à user leurs forces dans la recherche vaine du produit « idéal ».
Après deux chapitres consacrés aux concepts fondateurs de son analyse, la défection et la prise de parole, Hirschman va donc montrer que ce qui explique l’incapacité des organisations et firmes qu’il a étudiées de se réguler naturellement est précisément le mauvais usage de celles-ci. Ainsi certaines organisations ou certaines firmes sont plus sensibles à la prise de parole (et respectivement à la défection) alors que leur déclin va produire une défection (et respectivement une prise de parole) de la part de leurs membres ou de leurs clients. Par exemple, il montre, au chapitre V, que le comportement habituel de clients d’une entreprise publique soumis à la concurrence est la défection. Or une telle entreprise est beaucoup plus sensible à la prise de parole car elle cherche avant tout à garantir sa « tranquillité » en faisant taire ses clients les plus expressifs. La défection va donc priver cette firme de ses éléments les plus protestataires et va l’empêcher de se corriger. A noter que la prise de parole est comme la défection : au-delà d’un certain seuil, elle devient inutile. Les usagers peuvent se montrer si acharnés que leurs protestations risquent de freiner plutôt que d’encourager les efforts de redressement entrepris.
La prise de parole est en bien meilleure position dans les pays en voie de développement où la possibilité de choisir entre plusieurs produits est beaucoup plus limité que dans les économies avancées. De ce fait, la mauvaise qualité des produits et des services tend à y susciter des récriminations véhémentes et souvent d’ailleurs politiquement orientées, alors que dans les pays développés, le mécontentement prend plus facilement la forme d’une défection silencieuse.
L’auteur envisage un modèle simple où la prise de parole agit comme un complément de la défection, sans se substituer à elle. Dans ces conditions, toute manifestation de la prise de parole constitue un apport positif qui améliore les perspectives de redressement. La prise de parole peut aussi être vue comme une alternative à la défection. Quand on avance que le volume de la prise de parole est fonction de l’élasticité qualitative de la demande, on admet implicitement que la première réaction des acheteurs qui constatent une baisse de qualité est de s’interroger pour savoir s’ils ne vont pas s’adresser à une autre entreprise, sans même se demander s’ils ont la possibilité d’influencer sur la politique de celle auprès de laquelle ils se fournissent habituellement ; ce n’est que lorsqu’ils ont décidé de ne pas faire défection que l’idée d’exprimer leur mécontentement leur vient à l’esprit. Faire défection, c’est perdre la possibilité de prendre la parole, mais l’inverse n’est pas vrai ; aussi la défection sera-t-elle dans certains cas la solution adoptée en dernier recours, lorsque l’échec de la prise de parole est devenu certain. La prise de parole ne vient pas seulement renforcer la défection ; elle peut aussi se substituer à elle. Certaines personnes vont également renoncer aux avantages qui leurs sont offerts ailleurs parce qu’ils espèrent que les plaintes et les revendications des autres aboutiront à un résultat ; d’autres encore ne veulent pas changer de fournisseur parce qu’ils craignent d’avoir à faire machine arrière, le changement s’avérant plus coûteux qu’il n’était prévu ; enfin il y a ceux qui restent fidèles par laoyalisme c’est à dire pour des motifs non rationnels. On voit donc que la prise de parole, en tant qu’effort pour faire changer les choses de l’intérieur admet des degrés très variables d’activité et d’initiative. Il faut également faire intervenir le coût que représente le fait de renoncer à la défection, bien que celle ci apparait nettement être la moins onéreuse. La prise de parole est en réalité plus coûteuse.
La prise de parole joue un plus grand rôle à l’égard des organisations qu’à l’égard des entreprises. Les nombre des organisations dont un individu se trouve membre est bien inférieur à celui des entreprises dont il est client. L’auteur note aussi que le nombre et la variété des biens disponibles sur le marché d’une économie développée favorisent la défection au détriment de la prise de parole ; mais l’importance croissante des biens de consommation durable qui nécessitent une grosse mise de fonds exerce une influence en sens inverse de la première.
Mais l’alliance entre défection et prise de parole est difficile. Jusque là, Hirschman a posé des fondements théoriques. Là, il observe les choses concrètement, action qui était au début de sa démarche comme il l’explique dans la préface. Avec l’exemple des chemins de fer nigérians, il montre qu’en dépit d’une concurrence active, l’administration du rail s’était avérée incapable d’apporter le moindre correctif à certaines de ses insuffisances les plus manifestes. Hirschman explique que la défection n’avait pas l’effet d’avertissement qu’elle a d’ordinaire car la direction ne se préoccupait pas outre mesure des pertes de revenus. La prise de parole ne fonctionnait pas car les clients les plus insatisfaits, qui auraient eu le plus de raison de protester, étaient les premiers à abandonner les chemins de fer pour s’adresser aux transports routiers. Le second exemple qu’il prend est celui des écoles publiques et privées. Les parents qui sont le plus attentifs à la qualité de l’enseignement, donc ceux qui seraient le plus susceptibles de prendre la parole, sont ceux-là même qui risquent d’être les premiers à faire défection en cas de défaillance de l’école publique. L’auteur s’interroge : se peut-il que les acheteurs qui font défection lorsque les prix montent ne soient pas les mêmes que ceux qui en font autant lorsque la qualité baisse ? Avec ces deux exemples, Hirschman se situe dans l’induction. Il va partir d’exemples précis pour tenter de confirmer ou d’infirmer ses hypothèses de départ.
L’auteur étudie ensuite la situation où la concurrence vient renforcer le monopole. Le rôle de la prise de parole au sein d’une organisation est assimilable à l’exercice d’un contrôle démocratique fondé sur l’interaction des opinions et des intérêts. Un des meilleurs manière de faire pression sur une organisation est de la menacer de faire défection pour passer à une organisation rivale. L’auteur analyse que souvent, la concurrence, loin de brider les monopoles comme elle devrait le faire, leur apporte un regain de vitalité en les débarrassant des plus encombrants de leurs clients. Pensons également au Japon : la difficulté de trouver un lieu d’exil convenable a beaucoup contribué à enseigner aux Japonais les vertus du compromis. Dans les pays d’Amérique latine, par contre, la possibilité de l’exil est toujours offerte.
Au chapitre VI, l’hypothèse de l’auteur évolue : « Nous avons admis par hypothèse que tous les consommateurs portaient le même jugement sur l’évolution de la qualité, même si tous n’y étaient pareillement sensibles. Nous pouvons maintenant abandonner cette hypothèse. » (p.102) Le prix et la qualité sont deux domaines différents, celui du subjectif et de l’objectif . Quand le pris d’un produit baisse, tous les consommateurs s’en réjouiront. Mais quand la qualité « baisse », certains trouveront au contraire le produit plus à leur goût. La sensibilité à la défection et à la prise de parole varie suivant le type d’organisation considéré. Quand les deux jouent un rôle important, il s’agit de la perle rare, du cas où les membres peuvent à la fois faire défection et être expulsés.
Il est temps pour l’auteur de s’interroger sur le loyalisme comme stimulant de la prise de parole. Encore une fois, il montre que dans sa démarche, il confronte souvent les termes au profit de sa démonstration. Page 124, il pose la question suivante : « Il est évident que le loyalisme freine la tendance à la défection ; peut-on dire qu’en même temps il favorise le recours à la prise de parole ? ». Après une courte démonstration, il conclut que oui. Le loyalisme n’a pas pour seul avantage d’amener certaines personnes à demeurer plus longtemps au sein des organisations auxquelles elles appartiennent et à y prendre la parole avec plus de détermination et d’esprit d’invention qu’elles ne le feraient sans cela. L’auteur a montré que le recours à la prise de parole est d’autant moins probable que la défection est plus facile. Continuant dans sa progression, l’auteur fait apparaître que la possibilité de la défection vient renforcer l’efficacité de la prise de parole. Donc, la défection réduit la fréquence de la prise de parole mais en accroît la vigueur. Le loyalisme, est le concept qui permet de sortir de l’alternative binaire entre défection et prise de parole. Mais au fil des pages, l’auteur revient sur ses propos tenus sur le loyalisme. Jusqu’alors, il l’avait présenté comme une force qui, en venant freiner la défection, renforçait le rôle de la prise de parole et fournissait ainsi aux firmes et aux organisations la possibilité de prévenir le risque d’une défection massive ou prématurée. Mais le loyalisme n’est pas toujours si bénéfique. L’auteur a pris soin de vérifier s’il n’existait pas de situations qui venaient infirmer sa découverte. Il existe plusieurs procédés pour encourager le loyalisme : établir des droits d’entrée élevés et pénaliser lourdement la défection. Cette théorie est appliquable aujourd’hui aux procédés auxquels ont recours les opérateurs téléphoniques. Il existe des sanctions encore plus fortes dans le cas de la famille, la tribu, la nation, la communauté religieuse : l’excommunication, la diffamation systématique ou encore la privation de tous les moyens de subsistance. L’auteur en vient au cas du boycott. Il s’agit d’un acte qui combine les deux mécanismes de la défection et de la prise de parole. C’est une abstention temporaire, sans passer par un autre fournisseur.
Le pénultième chapitre évoque la prise de parole et la défection dans la tradition américaine. La défection jouit d’une position tout à fait privilégiée dans la tradition américaine, et pourtant il existe un nombre limité de situations dans lesquelles elle est totalement exclue. Les Etats-Unis se sont développés parce que des millions d’hommes ont préféré la défection à la prise de parole. Hirschman cite Louis Hartz qui a décrit cette situation. Il fait référence aux hommes révolutionnaires qui ont fait le choix de quitter l’Europe. Il existerait un cas propre à la tradition américaine ? Cela signifierait que le reste de l’ouvrage fait référence à des lois générales ? Ce projet semble un peu ambitieux. L’auteur a des présupposés. Sa démonstration a pour cadre une société où des échanges s’opèrent contre de l’argent. Or, ce n’est pas le cas partout. Et peut être que dans d’autre lieux et d’autres époques, le rapport à la défection et à la prise de parole était différent.
L’auteur conclut en faisant le point sur les limites de son étude. L’équilibre optimal entre défection et prise de parole serait un idéal jamais atteint. Dans les premiers chapitre de livre, ce sont surtout des situations dans lesquelles la défection faisait obstacle à la prise de parole qui ont été rencontrées. La défection se voyait assigner une importance excessive en tant que moyen d’aider une firme ou une organisation à recouvrer l’efficacité d’un premier fléchissement. Hirschman a montré que dans certaines circonstances la prise de parole pouvait constituer un instrument valable de redressement et qu’elle méritait d’être encouragée par des mécanismes institutionnels appropriés. Par souci d’équilibre, l’auteur a également traité la situation inverse caractérisée par l’absence totale de défection. Mais autant l’auteur fait le point sur son étude, autant il s’attarde bien peu sur sa méthode.

Qu’en est il de la grille d’analyse de l’auteur et de manière plus générale, de sa méthode ? Une des originalités de l’approche d’Hirschman est son caractère pluridisciplinaire. Défection et Prise de parole se fixe en effet comme objectif la réconciliation de l’économie et de la science politique.  Hirschman n’hésite pas non plus à convoquer la psychologie ou la biologie pour étayer ses thèses. Il critique parfois les concepts de base de l’économie classique, en raisonnant en terme d’organisation et non d’entreprise, en reconnaissant que le monopole peut être un élément plus dynamisant que la concurrence, en constatant que la protestation est plus facile dans des structures plus atomisées . Cette méthode lui permet d’appliquer sa théorie à de nombreux exemples, qu’ils soient économiques, historiques ou sociaux. Il vérifie également ses théories en tenant compte de l’aspect diachronique (la durée) et aussi synchronique (la simultanéité).
La démarche de l’auteur est hypothético-déductive. Mais les sciences humaines ont leurs limites : irrationalité, multiplicité des représentations, difficultés à généraliser, impossible neutralité. Parfois, la démarche empirique de l’auteur peut sembler gênante. Les lois qu’il énonce pourraient être facilement falsifiées par des contre exemples. A partir d’anecdotes, il forme des règles mais cette méthode est un peu utopique et Hirschman aurait dû plus faire attention aux limites. Pourquoi n’y a t il ni entretiens ni statistiques ? Ce livre semble être plus un essai qu’un livre de recherche. En sciences humaines, on fait plus appel à la causalité qu’à la loi. Or, dans le ton qu’emploie l’auteur, on peut avoir comme impression que tout ce qu’il dit coule de source.
Comment l’auteur vérifie-t-il ses hypothèses ? Les explications sont de plusieurs types. Tout d’abord, causales (les consommateurs s’en vont car c’est trop cher). Ensuite, actancielles (quel est l’impact de la défection et de la prise de parole). Et enfin, structural (les liens entre les différents systèmes tels que l’économique et la politique). En revanche, il ne fait guère appel aux modes d’explication fonctionnels et herméneutiques.  Il s’attache plus à la causalité externe qu’interne, voyant les liens qui peuvent exister entre différents systèmes.
Dans son étude, l’auteur explique l’importance de surmonter les passions et les préjugés qui règnent de part et d’autre pour être à même d’observer comment fonctionnent ensemble deux mécanismes, dont l’un relève typiquement du marché et l’autre de la politique, et de voir s’ils peuvent coexister harmonieusement en se renforçant l’un l’autre ou si, au contraire, ils s’opposent et s’annulent l’un l’autre. Une étude attentive de l’interaction des forces en présence montrera que les instruments de l’analyse économique ne sont pas inutiles pour éclairer certains phénomènes et vice versa. L’auteur espère montrer aux politiciens la valeur pratique des concepts économiques et aux économistes la valeur pratique des concepts politiques. Mais il ne se détache guère de ses propres conviction. Son oeuvre est bien celle d’un libéral convaincu et il est dommage que ses présupposés idéologiques interfèrent avec sa réflexion.
Page 114, l’auteur écrit « un parti sera plus souvent tenté de prêter l’oreille aux protestations émanant de ceux de ses membres qui sont hostiles à l’indécision de son programme que de miser sur les avantages que pourrait lui procurer l’assouplissement de ses propositions, avantages qui restent du domaine de la conjecture ». Mais est-ce toujours vrai ? Actuellement, en politique, il semble, pour certains partis, que la gauche souhaite prendre des électeurs indécis à la droite, et la droite, des électeurs indécis à la gauche.
Selon l’auteur, le caractère impensable de la prise de la défection, loin de réprimer la prise de parole, tendent à l’encourager. « C’est dans doute la raison pour laquelle les groupes traditionnels dans lesquels la répression ne porte que sur la défection se sont avérés beaucoup plus viables que ceux qui imposent des droits élevés tant à l’entrée qu’à la sortie » (p. 153). Mais est-ce toujours vrai ? Prenons le cas de l’ex URSS. Sous Staline, il était impensable de quitter le parti, tout comme il était très mal vu d’arrêter d’applaudir en premier un discours du petit père des peuples. Dans un régime de dictature, la prise de parole n’est pas nécessairement encouragée.
Hirschman énonce que les parents qui envisagent de faire passer leurs enfants de l’école publique à l’école privée risquent d’aggraver encore par leur acte de détérioration de l’enseignement public. « En réfléchissant sur les conséquences possibles de la décision qu’ils envisagent, ils renonceront peut-être à la prendre, soit pour des raisons d’ordre social, soit même en raison de leur intérêt personnel » mais y pensent-ils seulement ? C’est ce pas un peu utopique de songer que chaque parent a fait ce cheminement dans sa tête lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’école où il va aller ?
Page 168, Hirschman fait référence aux jeunes qui organisent  leur vie en marge de la société et explique que « le mécontentement suscité par l’ordre social ambiant engendre la fuite plutôt que le combat » et que « les insatisfaits désertent la société et cherchent à créer leur propre monde. Pourtant, on peut voir dans ses pratiques marginales une forme d’intégration de la société. Lorsque des syndicats mettent en place des zones de gratuité, chacun est libre d’y déposer des objets ou d’en prendre, qu’il fasse partie ou non du groupe. Les ensembles ne sont probablement pas si cloisonnés que semble le dire l’auteur.
Hirschman ne prend pas en compte que l’individu ou le groupe protestataire face à l’organisation ou au parti contre lequel il proteste. Il ne prend pas en compte les vecteurs qui transmettent les éléments déclenchant la protestation, ni la manière dont la protestation va être représentée à l’ensemble de la société. Qu’en est-il par exemple des médias ? D’autre part, Hirschman ne prend en compte que de manière superficielle l’idéologie et les croyances. Son analyse se borne à étudier les mobilisations rationnelles. Dans son chapitre sur le loyalisme, il souligne ainsi que le loyaliste reste toujours rationnel dans la mesure où son attitude témoigne de l’idée que le bien l’emporte toujours sur le mal. Il ne montre pas comment l’engagement peut modifier la perception et le comportement même du militant. Il oublie l’aspect émotionnel et celui de l’engagement. Il aurait pu pousser sa réflexion plus loin.
Ces lacunes tiennent sans doute au fait que malgré des ouvertures louables, la méthodologie reste celle d’un économiste. Dans le dernier chapitre, des tableaux récapitulatifs sont proposés au lecteur. Mais encore une fois, n’est-ce pas une vision un peu trop cloisonnée des choses ? De plus, était-il nécessaire de répéter encore une fois des propos qui pendant tout le livre sont plutôt redondants ? Mis à part les graphiques et les études sur les élasticités, le mouvement général de l’ouvrage se présente, en effet, comme une discussion des hypothèses fondant les concepts centraux, mais idéaux, de l’analyse. Par exemple, la réflexion portant sur les conditions d’efficacité de la prise de parole au début du chapitre VI, a pour point de départ la transformation de l’hypothèse selon laquelle tous les clients portent la même opinion sur le produit qu’ils consomment. Hirschman ne raisonne, par ailleurs, sur aucun terrain auquel il aurait été confronté, mis à part le cas du Nigeria qui lui sert de point de départ. Il réfléchit en voulant rationaliser des expériences particulières et uniques.

Malgré ses limites  ce modèle apparaît néanmoins très fécond. Sa portée universelle suggère, dans une visée plus ambitieuse, une véritable relecture de l’histoire du capitalisme occidental : celui-ci peut être en effet analysé comme une alliance entre la prise de parole permise par le pluralisme politique et la défection organisée par le marché concurrentiel. En partant de cette grille, Hirschman parvient à une grande richesse d’interprétation. Aussi son ouvrage trouvera-t-il écho au-delà du cercle des économistes, chez les politologues et les sociologues. Il sera aussi critiqué par ces derniers pour son économisme car être loyal, protester, ces choix ne peuvent être réduits à un arbitrage coûts contre avantages. C’est oublier le rôle des idéaux, des croyances et des affects dans l’engagement.

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Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

Les revues : du support papier au support numérique

Suite à l’arrivée des nouveaux médias tels que la télévision ou Internet, les revues ont dû se redéfinir et envisager des stratégies d’innovation pour avoir encore une place dans l’Espace Public. Actuellement, l’édition d’un texte peut être réalisée sur un support papier mais aussi sur un support numérique. Ce dernier support est actuellement de plus en plus favorisé, et cela, pour trois raisons : l’accroissement de l’utilisation d’Internet, l’augmentation du prix des revues papier et le désir des auteurs de pouvoir publier simplement. Remue.net, Cybergéo ou encore EspacesTemps.net sont quelques avatars des nombreuses publications disponibles en ligne. Ces revues ont le choix entre deux stratégie éditoriales : soit elles décident de se démarquer totalement de leurs aînées soit elle décident au contraire de s’en rapprocher. Cinq schémas peuvent alors être adoptés : la publication intégrale et immédiate, la mise en ligne différée, le développement d’éditions spécifiquement électroniques, la mise en ligne comme valeur ajoutée ou la mise en ligne patrimoniale.

Quelle que soit la solution choisie, le résultat est le similaire, en l’occurrence des documents deviennent  disponibles très rapidement, partout dans le monde. Mais faut-il considérer ce nouvel outil comme un risque qui menace notre liberté d’écrire, de penser et de réfléchir ? Ou bien au contraire faut-il y voir un pas de plus vers l’utopie borgesienne de la bibliothèque de Babel, vers une bibliothèque d’Alexandrie contenant tous les textes jamais écrits, tous les livres jamais publiés ? Les revues en ligne sont assez récentes dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous devons donc nous les approprier et savoir en tirer tout ce qu’elles peuvent nous offrir. Des travaux sur ce sujet datant de bien avant l’an 2000 montrent que dès cette période, le potentiel de ces publications sur Internet était pressenti. Chaque jours, les pratiques évoluent, se redéfinissent et nous sommes arrivés à un stade où nous sommes prêts à lire des revues en ligne.

Ces publications électroniques sont tout d’abord l’occasion de suppléer un manque du côté du papier. Le déclin des revues dites « traditionnelles », en France, qui s’est accéléré au milieu des années soixante-dix, à l’époque où la télévision faisait son entrée massive dans les foyers, tient en partie à son mode de diffusion. Alors que les moyens d’information audiovisuelle sont à portée de la main, il faut sortir pour aller acheter le journal ou attendre, si l’on est abonné, la tournée du facteur. La revue en ligne change la donne car elle est accessible directement sur un ordinateur, depuis chez soi, pour peu que l’on ait une connection à Internet. Certains noteront le problème de la dépendance à la technique mais elle est à relativiser. Lire une revue en ligne dans un train est déjà possible pour les utilisateurs qui peuvent connecter leur ordinateur sur leur téléphone mobile. Dans quelques années, il est fort probable que le wifi par satellite devienne le mode de connection le plus utilisé. Ainsi, si l’on écarte les éventuelles pannes, il serait possible de se connecter quasiment partout et à tout heure, et accéder ainsi à une information de manière très facile, pour peu que l’ont ait accès à une prise de courant ou que son ordinateur ait une batterie.

Pierre Bourdieu, pour parler de l’édition qui vise la rentabilité immédiate, recherche les gros tirages, d’une durée de vie éphémère, utilise l’expression de « champ de la grande production ». Il s’agit donc de s’interroger sur la possibilité pour cette dernière de laisser de la place au « champ de production restreinte » qui édite des ouvrages à faible rotation, conçu pour le long terme et pour un public souvent spécialisé. Les revues en ligne sont une tactique au sein de la stratégie éditoriale. Si les rayons des libraires sont plein à craquer, si les subventions sont difficiles à obtenir, si communiquer  équivaut pour un noyé à tenter de sortir la tête de l’eau, alors l’édition en ligne peut être une solution. Reste à s’interroger sur les conséquences de ce changement éditorial, à commencer par l’impact que cela pourra avoir sur le type de lectorat.

L’arrivée de ce nouveau type de publication provoque des bouleversements envers ceux qui avaient avant uniquement contact papier. Le libraire aura moins de revues perdues dans les rayons, sous les nouveautés. Le journaliste aura un accès facilité à l’information. L’éditeur n’aura plus la question du choix financier à faire, face à une publication non rentable. La bibliothèque gagnera en stockage et en recherche d’occurrence. Les revues en ligne sont aussi intéressantes pour les universitaires : ils publient plus facilement et ont un accès plus aisé aux travaux de leurs confrères, même si l’institution privilégie encore le papier.

Pour mieux connaître les lecteurs de revues en ligne, une étude qualitative a été réalisée à Jussieu, dès 1999, afin d’établir une grille indicative des utilisateurs de revues en ligne. Quatre profils types ont pu être définis : le surfeur, le rameur, le conservateur et le rat de bibliothèque. Le surfeur a un environnement favorable à l’usage des revues électroniques : il a un bon équipement informatique, peu de bibliothèque de proximité, a un bon statut social et aime Internet. Le rameur est lui aussi à l’aise avec l’informatique mais son statut est moins élevé, son matériel informatique est moins bon et il a des bibliothèques proches dans son entourage : son environnement favorise moins l’accès aux revues en ligne. Le conservateur a un bon équipement informatique, un bon statut, peu de ressources proches mais il est très attaché au papier : peu expérimenté, il pense qu’un apprentissage de l’outil informatique serait une perte de temps et il a un rapport quasi fétichiste à la revue. Le rat de bibliothèque habite près d’une bibliothèque et a un matériel informatique insuffisant : tout concourt pour lui au fait de préférer se tourner vers le papier. Ces catégories ne sont bien sûr pas cloisonnées. Elles permettent simplement d’avoir une vision générale des types de lecteurs de revues en ligne. Dans tous les cas, ils sont confrontés au quotidien à plusieurs supports.

Les écrits relèvent actuellement de trois formes coexistante : le manuscrit, l’imprimé ou l’électronique. Ces trois modes de diffusion ne sont pas nécessairement concurrents mais plutôt complémentaires. Le lecteur peut sembler déstabilisé en passant de la lecture de la revue papier à la revue en ligne mais souvenons-nous que cette modification des usages a été assez similaire lors du passage du volumen au codex. Une fois établie la domination du codex, la logique de sa matérialité at été intégrée dans la construction des oeuvres : ce qui auparavant était rouleau est devenu livre. De la même manière, la lecture se faisait avec le volumen en « déroulant » la feuille alors qu’avec le codex, on « tourne » des pages. L’électronique invite également à redéfinir la construction de la revue : on déroule page HTML ou le PDF, on peut cliquer sur les liens hypertextes, ré-invantant les notions de « linéaire » et « séquentiel » propre au support papier. Comme l’explique Jean-Yves Mollier, « dans ce monde textuel sans frontières, la notion essentielle devient celle du lien, pensé comme l’opération qui met en rapport les unités textuelles découpées et qui ainsi conduit la lecture. » Christian Vandendorpe explique ajoute à ce propos que « l’expérience de la lecture et de l’appréhension du texte ne sont pas du même ordre selon qu’elles s’effectuent à partir d’un livre, d’un écran d’ordinateur, d’un livre électronique ou, demain, d’un codex numérique ». Dans le cas d’une revue en ligne avec hypertexte, le butinage souvent est préféré à la lecture approfondie. Le copier-coller et les sauvegardes ou mises « en favori » de site remplacent la mise en couleur du papier par les marqueurs fluo.

La problématique des revues est en lien avec ce que Boltanski et Chiapello appelaient la « coopétition », c’est-à-dire un mélange entre la coopération et la compétition. Que publier en ligne pour aider les autres sans pour autant qu’ils ne nous devancent ? Vaut-il mieux publier un contenu sur papier ou sur format électronique ? Dans le cas de revues scientifiques, obtenir les publications de résultats des autres passe par partager aussi les résultats de son travail. Mais publier un contenu riche et intéressant est aussi un moyen pour une petite revue de gagner en visibilité et d’acquérir un intérêt pour les plus grands. L’intérêt de la revue en ligne est qu’elle est très facile d’accès et de consultation, dès lors que l’on a accès à une ordinateur. Mais certaines revues proposent également un contenu payant. Il peut s’agir des derniers numéros, des archives ou d’articles uniquement consultables en ligne.  Souvent, les revues en ligne ont auparavant été des revues papier : il faut tenir compte de cet état de fait pour que le site valorise cela, le complète, le prolonge. Les revues peuvent ainsi choisir une mise en ligne intégrale des archives ou bien fixer une période de restriction durant laquelle la mise en ligne du texte intégral d’un numéro est différée. Au terme du délai fixé, l’ensemble des articles devient librement accessible en ligne, et le numéro concerné peut connaître une seconde vie. Il est normal qu’une revue ayant une longue histoire souhaite valoriser ce passé par la publication de numéros anciens ou épuisés. Mais la numérisation rétrospective est une oeuvre techniquement difficile, coûteuse en moyens humains et informatiques.
Le texte numérique est intéressante dans le sens où il se rapproche du schéma de fonctionnement de la pensée humaine. Grâce au lien hypertexte, l’internaute est libre de choisir de se concentrer sur tel ou tel aspect d’un texte, tout comme dans son imaginaire, il réfléchirait à une chose donnée plutôt qu’à une autre. Le format papier ne permet pas de consulter aussi facilement ce qui nous intéresse. C’est en ce sens que la revue électronique est intéressante : dans un contexte professionnel, la navigation est très rapide et aisée, au gré du désir de l’utilisateur. Roger Chartier parle de « nouvelle matérialité du texte » : l’usager est confronté à une nouvelle manière d’évoluer dans un texte, butinant, suivant les pointeurs, se redirigeant sans cesse vers ce qui l’intéresse, le préoccupe – que ce soit des notes de bas de page ou des sources. Chercher une occurrence précise devient également bien plus aisé que dans un texte papier, grâce à l’outil « rechercher dans la page », intégré au navigateur. Le texte figé sur le papier tel que nous le connaissions prend une autre dimension. Nous créons notre parcours mental, suivons les possibles, guidés seuls par notre esprit.

Les revues en lignent cherchent actuellement à acquérir une meilleur visibilité. Pour cela, elles ont recours à des portails comme Revues.org, Cairn, Ent’revues ou encore Persée. L’avantage de ce type de portail est qu’il offre une visibilité tout en garantissant la préservation de l’image et de l’autonomie éditoriale. Mais la performance technique ne suffit pas à faire un projet de communication et de société. Le risque, en individualisant la communication, est d’avoir des difficultés par la suite à renouer avec une aventure collective. La notion de communauté est importante car si tout le monde publie mais que personne ne lit, la revue en ligne ne sert à rien, sinon à flatter l’ego des auteurs qui trouveront une occurrence supplémentaire lors de leurs séances d’egosurfing. Le problème n’est pas nouveau : Voltaire au siècle des Lumières ou même Alain Finkielkraut dans les années Lang s’insurgeaient déjà devant « l’armée de graphomanes ». Diderot disait même des publications se multipliant que « tous ces papiers sont la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire ». Ce n’est pas parce que la technique facilite  la publication, que pour autant n’importe qui qui écrira sera un génie. Cela n’empêche que les revues en ligne sont de plus en plus lues. Le site Revues.org a vu sa fréquentation multipliée par dix de 2001 à 2004. Au-delà de l’intérêt du lecteur, ce phénomène s’expliquant aussi par une augmentation du nombre de personnes ayant accès au haut débit et un plus grand nombre de ressources disponibles en ligne.

Face aux nouvelles possibilités offertes par l’édition en ligne pour les revues, il convient de ne témoigner ni d’un enthousiasme hâtif ni d’une naïve utopie. C’est à chacun de nous de réinventer sans cesse nos manières de lire et d’écrire, compte tenu de ce nouveau support. Il ne faut pas laisser passer cette opportunité historique, où l’accès au savoir est facilité. L’édition en ligne doit montrer ses capacités réelles et sa capacité à endiguer la crise que connaît l’édition classique. Car nous sommes prêts à lire des revues en ligne. Certes, il convient de rester prudent face au danger d’une culture qui ne passerait que par la technique, ce qui augmenterait notre dépendance à la machine. Mais les revues en ligne matérialisent l’espoir que pour chacun, apprendre pourrait se définir par sa capacité à chercher, trouver et intégrer des informations glanées sur la toile. Elles se dirigent vers une complémentarité, une hybridation et un inter-fécondation des supports textuels. Le temps est venu de considérer positivement les publications électroniques mais elles doivent être un complément au support plus traditionnel que nous connaissons, pas un remplacement. A présent, c’est aux portails et aux revues elles-même de nous donner des garanties pour que l’institution reconnaisse la légitimité de ce type de documents. C’est aussi aux informaticiens de proposer des supports encore plus maniable et agréables pour convaincre ceux d’entre-nous qui sont encore réfractaires. Mais par dessus tout, c’est la communication qui prime. Il faut « faire bien et faire savoir », car pour lire une revue en ligne, il faut déjà être informé que cela existe.

>> Mémoire “Les Revues : du support papier au support numérique”

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Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

Anatomie de l’enfer (Catherine Breillat)

Anatomie de l’enfer
Date de sortie : 28 Janvier 2004
Réalisé par Catherine Breillat
Avec Rocco Siffredi, Amira Casar, Alexandre Belin
Film français, portugais
Genre : Drame
Durée : 1h 17min
Année de production : 2002
Interdit aux moins de 16 ans
Distribué par Rezo Films

Synopsis :

« Dans ces lieux où on se côtoie sans jamais se rencontrer. Où la musique gère la pulsion des corps. Il danse, lui, son fiancé, le regard tourné vers lui-même. Il ne la regarde pas. Il est bien trop occupé à fondre son corps à l’hydre primordiale faite du corps des autres. Ils sont tous beaux, ils n’aspirent qu’à se reconnaître dans la beauté de l’autre.
Elle est la fille, habillée de noir. Si jeune et déjà vêtue du deuil d’elle-même. Dans les toilettes, elle prend un rasoir et entaille son poignet. C’est ainsi qu’ils se rencontrent. Désormais, elle prend sur lui le pouvoir des victimes.
Elle paiera le prix qu’il faut pour qu’il la regarde : “Par là où elle n’est pas regardable”. Car c’est du regard des hommes qu’est constituée l’obscénité des femmes. Elle l’a choisi parce qu’il n’aime pas les femmes. De ce tête à tête naissent le désir et la haine meurtrière qui l’accompagne. »

«  – Parce que vous n’aimez pas les femmes, vous pouvez justement me regarder. Je veux dire, avec impartialité.
- De quoi il s’agit ?
- De cela. Me regarder par là où je ne suis pas regardable. Vous n’aurez pas besoin de me toucher. Votre témoignage suffira.
- Ce sera chair, dit-il. »

Introduction

Les avis ont été très partagés lors de la sortie du film de Catherine Breillat, Anatomie de l’enfer, adaptation de son livre Pornocratie luimême inspiré d’un roman de Marguerite Duras, La maladie de la mort. Des divergences qui portent toutes leur lot de pertinence et de justifications. Breillat touche à des sujets brûlants, qui fouillent dans nos fantasmes les plus archaïques, les plus enfouis, les plus indicibles. Elle étale, en pleine lumière, le côté sombre de chacun d’entre nous et cette image de la femme à la fois insupportable et complaisante, aussi dérangeante pour celle qui s’y conforme que pour celui qui la perpétue. Une mise à jour de ce qu’on nomme « l’intimité » de la femme, comme si ce qu’il y a de plus secret pouvait se résumer à un vagin. L’œuvre de Breillat questionne sur le sexe féminin, exploité socialement comme un enjeu de pouvoir pour occulter la vraie intimité, celle de la pensée. Ainsi, elle ne se situe ni dans la pornographie, ni dans l’érotisme mais plutôt dans l’obscène, dont le corps est matière première au cinéma. La question centrale du film réside dans le fait de montrer ce qui n’est pas montrable. En touchant ainsi à l’intime, Catherine Breillat s’inscrit dans une démarche d’obscénité. De ce premier point découlent les questions suivantes : pourquoi les censeurs et les moralistes s’en prennentils à la chair, que signifie leur peur ? Pourquoi Catherine Breillat s’intéressetelle à la sexualité sans pudeur ? Le cinéma de Breillat proposetil une nouvelle esthétique du corps ? Pourquoi resteton plus gêné par le film Anatomie de l’enfer que par l’étalage de chair dans la publicité ? Nous tenterons de répondre à ces questions en réfléchissant tout d’abord sur la manière de dire l’obscène. Ensuite, nous nous pencherons sur l’action de filmer l’obscénité. Cela nous amènera à traiter dans un dernier moment de la fente de l’obscène.

1. Les mots de l’obscène

1.1 La réception de l’obscène

L’obscène est défini comme « ce qui blesse ouvertement la pudeur par des représentations d’ordre sexuel » selon le petit Larousse illustré. L’interdit de la représentation reste un de nos plus anciens tabous, interdiction dépendante du monothéisme d’abord, et qui conduisit à l’adoration ce que l’on ne peut voir, comme le souligna Freud. Les iconolâtres et les iconoclastes s’affrontent dans leur rapport à l’image. La censure officie encore actuellement, même si le code Hays n’existe plus, en Xant des films. Les conséquences peuvent être importantes : une diffusion à la télévision impossible et donc pas de financement des chaînes. Mais le rapport au cinéma n’est pas le même que celui que l’on aurait avec une affiche : il en faut pas oublier de prendre en compte l’acte spectatoriel qui est de choisir le film, de se rendre en salle, de payer sa place. Le choix relève du conscient. L’obscène émanerait d’un spectateur préalablement jugé irresponsable et influençable. Aujourd’hui, aucune image ne semble « interdite » mais ce qui peut choquer dans Anatomie de l’enfer, c’est le fait que chacun des deux personnages accepte son rôle. Alors le film estil vraisemblable ? La femme paye un homme pour qu’il la regarde « par là où elle n’est pas regardable » et il accepte. Cela peut sembler pour certains spectateurs inconcevable. Peutêtre faut il envisager que le cinéma ne deviendrait art qu’à partir du moment où il cesserait d’être de l’ordre du « ça a l’air d’être vrai ». Mais comment juger un film par rapport à une morale ? Cette dernière est trop instable. Quelles sont les limites ? L’ « horizon d’attente », pour reprendre le concept de Hans Robert Jauss, est bien une limite imaginaire de la vue, dépendante de références au genre supposé, aux oeuvres antérieures et à l’expérience personnelle du spectateur, que l’obscène fait reculer. L’écart esthétique se mesure selon l’importance du changement entre l’ancien et le nouvel horizon d’attente. Mais dans un sens, le cinéma ne fait que proposer et le spectateur choisit de prendre ou non. L’image n’est pas obscène en soi car elle est relation. « C’est le regard qui est obscène et non pas ce
qui est montré. »1 dit Catherine Breillat. L’obscénité est un concept propre à un lieu et à une époque : une certaine presse française a violemment critiqué le film alors qu’au même moment, des articles très élogieux ont été publiés dans Village Voice ou le New York Times. Mais où s’inscrit ce film où les enjeux actuels de l’art sont plus à chercher du côté de la présentation que de la représentation ?

1.2 L’obscène, langage de l’absence

L’obscène montre, il présente et ne représente plus. Il expose, exhibe, et réduit la distance entre image et spectateur, ôtant à ce dernier tout possibilité critique, raisonnement, réponse. « L’image obscène bloque la pensée, fascine dans le sens plein du terme » dit Tisseron, pour qui l’obscène empêche le rationnel par la représentation d’organes sexuels, se réduit à un refus de la métaphore. Il n’y a en réalité rien d’autre à voir à voir et à comprendre que ce que l’on nous montre. Catherine Breillat s’attarde à filmer les corps car elle considère que les mots mentent tandis que les corps sont dans le vrai ; pour atteindre la vérité de soi, il faut l’obscène, seul à pouvoir excéder le langage. Le cinéma, en filmant essentiellement le corps, en en faisant sa matière première, cherche à atteindre ce langage corporel de la vérité. Un peu comme la mer, la femme est insaisissable par les mots. Les marées sont issues de la lune et des mythes voudraient que le sang de la femme le soit aussi. Face à l’absence de sens, les hommes tentent de rationaliser le corps. L’obscène peutil se dire ? Passer par un roman était probablement nécessaire pour Catherine Breillat pour faire son film. Comment imaginer qu’elle écrive dans un scénario « elle se déshabille, elle se met sur le lit, elle écarte les jambes » ? Cela aurait été hideux et intenable. Le texte du roman est d’ailleurs présent dans le film.

1.3 Le verbe et la chair

Le texte lu par la réalisatrice en voixoff exprime la littéralité de son cinéma, par ailleurs souvent préparé dans ses romans : le film est l’adaptation de l’ouvrage Pornocratie, dont le récit est devenu par moments une voix venue couvrir la chair de verbe, mais qui est loin d’être redondante en racontant ce que disent les images. Les logorrhées de la voix off sont pareils aux écoulement des fluides du corps, tel un miroir sémiotique. « Dans la relation sexuelle, la chair s’oublie immédiatement. Les mots deviennent abstraits. Le langage, c’est faire passer toute la réalité dans l’abstraction. » déclare Catherine Breillat. Ainsi, la visée de ce cinéma n’est pas le réalisme. L’homme et la femme ne parlent pas la même langue : l’homme est dans le présent dans ses paroles alors que la femme vise le mythe, l’éternel, l’absolu. Le cinéma de Breillat n’est pas à proprement parler féministe. Il se veut une mise à mort de la domination masculine et de l’idéal romantique, concept hypocrite, pour redonner à la femme sa place de sujet et non d’objet d’étude ou de plaisir. Breillat ne veut pas cacher le corps de la femme car présupposer qu’il faille protéger la dignité et la pudeur des femmes, c’est être convaincu soimême qu’il recélerait de quelque chose de honteux et qu’il faudrait donc protéger la femme d’ellemême. Son film n’est pas pornographique car la pornographie renvoie une image de soi qui est fausse : les positions sont irréalistes et le cadrage voyeuriste. Cette sexualité destinée à être regardée en devient quasi cynique. Les personnages sont ici réduits à leur chair : on ne connaît ni le prénom ni la profession des deux personnages. Ils sont donnés de manière brute, sans ancrage psychologique ou social. Après la quatrième nuit, l’homme confie à un homme rencontré dans un bar « Je ne connais même pas son prénom » alors qu’il a fait l’amour avec et ainsi, l’a tuée.

2. L’image de l’obscène

2.1 La mise en scène de l’obscène

Les deux acteurs sont filmés jusque dans leurs chairs les plus intimes, Rocco Siffredi – ayant infiltré le cinéma d’auteur – et la doublure d’Amira Cassar, étant utilisés comme des machines d’exhibition aptes à contourner la suggestion pour plonger dans l’obscène. Breillat nous plonge dans une inattendue abstraction de la chair, dans les plis et les poils. Lorsque le personnage masculin recouvre l’anus de la femme de rouge à lèvres, une écriture est composée via cet accessoire. Le spectateur passe visuellement de la mer à la chambre, de la chambre à la chair. Le cadrage est réduit, la peau filmée dans une identité rarement dévoilée. Il est obscène de filmer de si près, de voir la chair comme on ne la montre jamais. Les plans sont parfois tellement proches que le spectateur peine à reconnaître ce qu’il voit comme en témoigne la scène avec le galet. Nous sommes prêts de l’« abstraction d’une chairmatière », comme l’explique Estelle Bayon2. En filmant le long des corps, Breillat cherche une continuité par le mouvement de caméra qui découpe, déconstruit, déforme pour reformer, reconstruire. Dans la scène du galet, la caméra filme la scène en caressant les corps : le cinéma est prise de conscience de l’unité des corps et de la continuité. La caméra recompose le corps décousu par le cadrage serré. Le plan est toujours une coupe qui à la fois dévoile et dissimule. Ce qui est obscène, c’est ce qu’on ne voit pas puisque caché, en l’occurrence le sexe féminin et sa jouissance.

2.2 L’oeil obscène

L’oeil du personnage masculin présente de fortes similitudes avec l’oeil du spectateur regardant l’écran, se donnant alors en miroir comme un reflet possible. C’est un oeil qui pourrait être blessé pour mieux voir et guérir par le voir, et retrouver sa virginité capable de voir l’image pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle peut être selon une morale, une culture. L’oeil n’est pas voyeur au sens propre du terme car regardant et regardé sont consentants. Ce qui peut faire le plus souffrir le spectateur, c’est de voir le spectacle de sa propre intimité. L’oeil est un lien : il se pose entre l’image et la jouissance du spectateur. C’est par l’oeil que les personnages se rendent compte de leur nudité ou que les petits garçons face au « candide spectacle des petites filles vierges » éprouvent le dégoût à jamais. Cette prise de conscience nous renvoie à Adam et Eve, confrontés à leur propre nudité. C’est Eve, en tant que femme, qui donne la conscience à l’homme en lui tendant le fruit. Nous avons commis le péché en voulant nous élever au rang de la connaissance. L’oeil voit le sexe de la femme comme il voit l’oisillon sorti du nid. La vulve est semblable à cet oiseau nouveauné, bec ouvert, qui attend d’être rassasié. Le ver de terre symbolise ici l’acte de la pénétration. L’animal est violemment écrasé par le pied de l’enfant, imposant au spectateur cette image choquante. Quand on ne connaît pas quelque chose, on peut être tenté de vouloir le détruire. En tant qu’artiste, la mission de Catherine Breillat aurait pour but de mettre à nu, loin de tout compromis, cette vérité d’un oeil neutre vierge de toute opinion phallocrate, et donc d’établir un regard qu’elle estimerait être le moins faussé possible. L’oeil est quête et pureté. On regarde dans ce film ce qui est irregardable et inconcevable. Et au fur et à mesure que l’on en prend conscience, on y prend du plaisir. Un plaisir esthétique.

2.3 L’esthétique de l’obscène

L’esthétique du film renvoie le spectateur à la peinture. La femme nue sur le lit est filmée comme La Maja densnuda de Goya. La promotion du film a été faite en exposant des photogrammes à la FNAC, témoignant du fait que ce film s’inscrive dans une optique de « peinture vivante ». L’expressivité obscène de Catherine Breillat passe par son travail sur les couleurs et les lumières – froides qui viennent habiller les corps souffrants, comme des touches de peinture symboliques. Le rouge est la couleur du sang de la femme, de la mère, impur, et du sang destructeur qui s’écoule des veines de l’héroïne. Il est le symbole de mort et de naissance, de violence et de sexe. L’obscène naît du fracas du laid trivial et du beau. Derrière le beau, il y a l’horreur : c’est la pulsion de destruction masochiste qui pousse la femme à se laisser tuer par l’homme, qui les conduit à explorer leurs propres
limites, jusqu’à la mort ou la jouissance. La réalisatrice pense qu’il faut changer les codes esthétiques : « On peut se mettre à aimer et trouver beau le coulant, le suintant. Le dégoût moral est d’ordre esthétique Il faut affronter le fait que l’organique effraie. Le sexe des femmes est comme le trou noir de l’univers. »3 L’obscène est une beauté qui émane de la laideur. Dans le cinéma pornographique, la pénétration reste sèche et hygiénique, sans trace de sécrétion. Catherine Breillat, quant à elle, filme les fluides, que ce soit l’urine, la cyprine ou le sang. Loin de l’image lisse de la publicité ou de la pornographie, le corps de la femme est marqué par les sousvêtements et ses aisselles ne sont pas épilées. L’obscénité des femmes est également la hantise face à ce qui est dissimulé ce qui explique l’obsession de la pénétration. La doublure de l’actrice fait dire au film son secret, qui devait rester impénétrable mais a failli à la sphère intime. Comme si le mystère résidait dans cette obscène béance.

3. La fente de l’obscène

3.1 L’esthétique de la béance

Le plan du gros galet dans le vagin de la femme, référence à L’origine du monde de Courbet est la trace d’une esthétique d’un « cinéma vulvaire » comme l’appelle Bernard Andrieu. Face à la lacune de filmer l’invisible, Catherine Breillat montre la vulve pour dire qu’il n’y a rien à voir, pour avouer l’impuissance. La caméra filme autour, ailleurs contrairement au cinéma pornographique qui filme en gros plan les sexes glabres, image inverse à celle du sexe d’Amira Cassar et de sa doublure au sexe poilu. Le sexe de la femme nous ramène à la connaissance de nos origines. Face à tant d’obscénité, la femme rit quand l’homme lui introduit le galet dans le vagin. Le rire comble un silence insoutenable quand les mots adéquats ne sont pas trouvés pour décrire ce qui est caché. Catherine Breillat explique dans ses entretiens avec Claire Vassé que faire ce film a été pour elle un exorcisme : c’est parce qu’elle avait du mal à supporter l’image du sexe féminin qu’elle a réalisé Anatomie de l’enfer. Elle déclare : « J’avais écrit ce film pour ça, pour filmer ce que je n’avais pas été capable de filmer en neuf films. Je me suis donc forcée à le filmer et je me suis aussi forcée à la mettre dans le film ». La censure sociale accepte mal la sexualité hors de son champ limité qu’est la pornographie.

3.2 La peau du cinéma

Le cinéma semble étymologiquement prédestiné à s’intéresser à la chair : pellicula signifie « petite peau » en latin. Lorsque la femme se taille les veines, elle veut regarder ce que la peau cache, pour se regarder, dans l’intimité de ses chairs, se voir comme on ne nous le permet pas, aller au delà de la peau, barrière obscène qui garde les mystères de notre constitution. Le corps est une inquiétante étrangeté, angoissante, avec lequel on vit mais que l’on ne connaît pas du fait de sa part cachée. Ce sang est aussi celui qui colore le sexe de l’homme après qu’il ait fait l’amour à la femme. Il regarde son « membre gâté » par la femme qui lui aurait là « jeté un sort ». La femme lui dit que si les hommes les ont
enfermées, c’est parce que « en réalité, ils ont peur de ce sang qui coule sans qu’aucune blessure ne soit faite ». L’absence de raison face au fluide rouge le rend obscène. Plus tard, elle lui fait boire un verre d’eau où baigne un tampon maculé pour lui faire boire ce sang, celui de son « ennemi ». Ce rouge est une métaphore de l’obscène : il est mort, naissance, contagion et maladie à la fois. L’obscénité peut également être positive, comme quand la jouissance du sexe est filmée à travers le visage qui est le lieu de la conscience. Cette obscénité positive se met au service de la connaissance de soi à travers l’autre, dont il convient de profaner le corps pour en capter un savoir absolu.

3.3 La mort et la religion

Breillat travaille sur la notion d’espace limite : symboliquement, l’océan est la limite absolue. La maison en bordure de la mer constitue une antichambre de la transgression, un intervalle où se filme l’imminence de la jouissance transgressive. Mais c’est également dans cet océan que meurt l’héroïne. La chair qui s’accouple est elle aussi celle qui va mourir. Le thème d’Eros et de Thanatos n’est pas nouveau, il est même récurrent en art. Le cinéma capte cet instant de jouissance car on ne peut filmer la mort sinon dans les snuffmovies. La mort est cette fente dans la vie, intimement lié à la religion. Le 28 janvier 2004, Catherine Breillat déclarait, dans le journal l’Humanité : « Dans notre époque où s’agitent les fondamentalistes, j’ai préféré un titre à connotations religieuses. Je crois que nous vivons une guerre entre humanisme et fondamentalismes. Les religions ont castré la sexualité des femmes. » Chair, mort et religion sont intimement liés. Le crucifix sur le mur n’était pas prévu au départ, de peur qu’il brise les lignes de force des plans. Il a été trouvé par la réalisatrice, dans une brocante, un peu avant le tournage. Le personnage féminin que joue Amira Cassar est dans une situation christique, elle est dans une position de révélation à l’autre, l’analogie est faite entre les plaies béantes et les orifices sexuels. Boris Bastide explique que « La grande provocation d’Anatomie de l’enfer est de faire sienne l’idée que les organes génitaux ne sont qu’une partie du corps humain parmi d’autres et qu’il ne doit donc exister aucune différence dans leur représentation. Le film s’inscrit ainsi de manière très explicite contre une vision judéochrétienne et patriarcale du corps féminin, legs d’une longue histoire. » Cela se confirme lors de la célébration sanguinaire où la femme
propose de boire son sang, un peu comme le ferait le Christ. La religion frustre, interdit et considère la femme soit comme une mère respectable soit comme un prostituée. L’enfer est aussi symbolisé par la fourche. L’enfer est la honte, le fantasme de la culpabilité dans laquelle on brûle. La censure suscite l’abomination du corps de la femme : si l’enfer a une anatomie, c’est celle de la femme.

Conclusion
Anatomie de l’enfer est un hommage indirect au sang, à la chair du désir, au regard positif sur le corps du désir. Catherine Breillat, dans son entreprise de montrer ce qui n’est pas montrable, s’inscrit parfaitement dans la question de l’intime et de l’obscène. L’obscène parvient à instaurer un dialogue entre le film et son public qui se situe dans une sphère autre que celle des mots et qui dès lors, dérange. Au corps des acteurs, répondent ceux des spectateurs, éprouvé dans ses limites à voir audelà de ce qu’il pensait autorisé. La médecine a réussi d’acquérir une meilleure connaissance du corps. Le cinéma est rattaché à la même entreprise de retrouver « l’image manquante ». Ce ne sont plus les mots qui permettent l’accès à la connaissance mais l’image, au sein d’une nouvelle esthétique du corps. Alors pourquoi filmer l’obscène ? Probablement car avoir une émotion, c’est penser.

Bibliographie
Dictionnaires :
Le petit Larousse illustré, dictionnaire encyclopédique. Larousse, 1995
Ouvrages :
BAYON, Estelle. Le cinéma obscène. Paris : L’Harmattan, 2006. 290 p. BREILLAT, Catherine. Corps amoureux. Entretiens avec Claire Vassé. Paris : Denoël, 2006. 264 p. BREILLAT, Catherine. Pornocratie.  Paris : Denoël, 2001. 143 p. CHEVRIER, H.Paul. Le langage narratif du cinéma. Paris : Les 400 coups, 1998. 173 p. OVIDIE. Porno Manifesto. Paris : La Musardine, 2004. 223 p.
Périodiques :
BREILLAT Catherine. Entretien, Libération, 13 juin 2000
Sites Internet :
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Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

David Le Breton et son livre “La peau et la trace”

Dans nos pratiques corporelles actuelles, l’eidos est entamé. La plasticité du corps étant devenue un lieu commun, on change la forme, le morphe, sans qu’il ne s’agisse seulement d’une métamorphose de l’apparence, problématique occidentale liée au progrès. L’individu est celui qui ne peut être divisé, le corps libéré est un critère de distinction nous poussant à penser que l’identité sociale prime, n’étant plus seulement l’assignation à une identité intangible. Le corps se fait décor. Un rapport particulier est instauré à la technique, dans une posture qui n’est pas nature. Dans La peau et la trace, David Le Breton porte un regard sur les signification et valeurs que revêtent les marques corporelles pour les jeunes générations ainsi que sur le cheminement inédit des marques corporelles. L’auteur appliquant démarche méthodologique herméneutique, tente de comprendre les pratiques des usagers, grâce à plus de quatre cent entretiens avec les personnes concernées. Dans un premier temps, nous nous interrogerons  sur la sémantique de la peau, résultante d’un bricolage identitaire. Puis, nous essayerons de comprendre comment la trace corporelle prend entièrement place dans la modernité.

Aussi incongru que cela puisse paraître, la peau a une dimension sémantique. L’homme la marque, joue, pose sa trace, dans une forme de bricolage identitaire. La nature nous a donné un soi corporel qui nous définit physiquement. Modifier le soi, c’est opérer une rupture du déterminisme social, c’est une opposition à sa culture d’appartenance.  Le corps est selon l’auteur une « matière première à modeler selon l’ambiance du moment ». Réhabilitant l’idée de dissociation entre corps et esprit, l’Homme contemporain voit son corps comme le lieu de « mise en scène de soi ». On transforme, on manipule ce corps dont nous sommes locataires, héritiers, pour nous l’approprier voire nous le réapproprier. On bricole, au sens où l’entend Michel de Certeau cette proposition plastique qui nous est offerte, tentant de tendre vers une forme de design corporel, du body building au body art. Se contenter du corps que l’on a devient obsolète quand on peut en faire un matériau qui donne sens. Il est comme insuffisant, inachevé ; il est également à portée de main, prêt à recevoir les marques culturelles. La trace sur la peau est de plus en plus courante : tatouage, piercing, stretching (élargissement du trou du piercing), scarifications, cutting (cicatrices ouvragées grâce à un scalpel), branding (cicatrice en relief), burning (brûlure délibérée réhaussée de pigments), peeling (retrait de la surface de la peau), implants et caetera. On joue avec sa peau comme on joue avec la mort, la marque faisant parfois partie d’une difficile construction de soi. Cela n’empêche pas pour beaucoup d’autres personnes d’avoir une vision ludique et décorative de ces traces.
Que faut-voir dans ce désir de marquer la peau ? Certainement pas les anciennes valeurs négatives que l’on attribuait précédemment aux modifications corporelles. Le tatouage n’est plus réservé aux prisonniers, aux marins ou encore aux prostituées. La modification n’est ni un désir d’affirmer sa singularité, ni un effet de mode : elle change l’ambiance sociale et devient un moyen de séduction, comme tout autre pratique culturelle. L’écart des générations est tel que certains parents ne comprennent pas que la modification corporelle  peut être plus une manière de s’intégrer, de s’embellir, plutôt que de le stigmatiser. Marquer le corps peut être une forme d’enveloppement au sens où l’emploi Kaufmann. La peau est notre frontière au monde, la marque en est prothèse, surface protectrice, démonstration d’un style en présence. L’individu est scripteur de ses limites.

Cette modification de la peau a une signification qui peut aller du rite de passage à la démarche artistique. Il s’agit de remplacer des limites de sens qui se dérobent par une limite sur soi, une butée identitaire qui permet de se reconnaître et de se revendiquer comme soi. Le signe tégumentaire est, chez l’adolescent en mal de reconnaissance, entre enfance et âge adulte, à travers le marquage du corps, un moyen de s’affirmer, de couper le cordon ombilical, de marquer un moment important de la vie sur le corps. Notre peau porte notre histoire, ce que nous voulons renvoyer comme image. Le tatouage à l’aine, qui a un côté érotique du fait de son emplacement, reste énigmatique est n’est dévoilé qu’à certains. Parfois, le jeune entre dans cette démarche de manière transgressive, c’est à dire qu’il va s’opposer volontairement aux codes parentaux dans le but de susciter chez eux une réaction. La marque symbolique est apaisante, elle ritualise le changement. De part la mondialisation, l’arrivée à une forme de village globale, l’identité est difficilement rattachable à une culture ou à un langage cohérent. Elle est patchwork, glanage, collage. Mais le t-shirt du Che, le piercing à l’arcade ou le tatouage tribal ne sont finalement qu’un uniforme pour le jeune qui avaient comme idée première de se démarquer. Problématique anomique, le corps est symbolisé et parfois même, nié. Ou bien l’usager incorpore ce qui pourrait devenir une norme sociale, l’appropriation du corps, de manière culturelle, par mimétisme de l’image. Ce que Freud appelle l’idéal du moi devient le moi idéal. Il n’y a pas de norme naturelle mais des normes sociales.
Certains artistes subliment ce mal identitaire. via le body art, le design corporel, la performance. Bob Flanagan, performer, transforme la douleur de sa maladie en plaisir grâce au BDSM. Orlan se fait poser des implants sur la tête. Gina Pane, figure majeure de l’art corporel, s’incise le corps dans le cadre de ses performances. Le corps devient matériau à remanier, à recréer. Il est isolé, mis à l’écart du sujet, de la théorisation. Les avancées scientifiques pourraient nous mener vers des modifications de l’essence, concernant la génétique voire même la naissance via le clonage ou encore l’utérus artificiel. Le corps de l’artiste est le lieu des signes, tout comme celui de la personne lambda qui veut affirmer son existence aux yeux des autres mais optera peut être pour des moyens moins radicaux via des signes réversibles ou non. L’art contemporain s’est accaparé le corps comme emblème du self par excellence.   L’artiste réinterroge ce corps où l’interiorité est un effort constant d’extériorité.  La question que pose l’artiste au-delà du corps est celle du sujet dans notre monde contemporain.

La trace corporelle prend entièrement place dans la modernité, s’inscrivant dans une forme d’individualisme. La marque contemporaine a une visée d’individualisme et d’esthétisation, à l’inverse de la marque des sociétés traditionnelles, qui s’inscrivait dans une filiation. Les motifs choisis n’ont pas toujours un sens universel et ils renvoient parfois à des références personnelles. La culture ambiante fonctionnant comme un vaste supermarché, la création individuelle s’amplifie, en riposte, aussi étonnant que cela puisse paraître. Via cette situation de design corporel, la modification matérielle du corps produit une nouvelle identité, notamment par le moyen de la sensation. Dans la société contemporaine, puisqu’il n’y a plus de rite de passage, on met à l’épreuve le corps. A l’inverse de l’ascèse, on veut éprouver une sensation pour avoir le sentiment d’exister dans un monde anesthésié. L’investissement voire le sur-investissement du corps est corolaire à la désagrégation du lien social. Le corps devient fin en soi, monde en miniature, modifiable à souhait.
Le corps est il décevant ? Comment marquer qui je suis, entre l’ipséité, la mêmeté et l’altérité, concepts développés par Ricoeur ? A partir de quand la barque de Thésée n’est elle plus la barque de Thésée ? Pour l’hypermatérialisté, je suis la matière qui me compose, l’identité personnelle est égale à l’identité numérique. Mais lorsqu’il y a modification, même si l’identité numérique est modifiée, l’identité personnelle est conservée. Le corps devient dans cette quête de soi un matériau sursignifiant. La modification de soi est en lien avec l’individualisme. Au nom de sa pertinence sociale, nous sommes tentés de nous former une identité, dans une spirale de narcissisation indéfinie du corps. L’identité fabriquée bien qu’individuelle a aussi une portée visant l’inclusion, la communication. La marque, même si elle est marque d’individualisme, nous relie aux autres, à une communauté flottante de personnes arborant les mêmes modifications. L’auteur note néanmoins l’importance qui est souvent trop accordée au mythe des « tribus ». Modifier son corps est aussi une façon de se démarquer. Si le piercing au labret devient une mode, peut être perdra-t-il son sens pour les précurseurs qui cherchaient la distinction. Dans le monde contemporain, le corps est signe de séparation, à l’inverse d’autres sociétés traditionnelles, où il relie l’Homme à ce qui l’entoure. Comme l’écrit Le Breton, « Le corps de la modernité est donc sous l’égide de la séparation ».

Mais ce texte a également ses limites. Par la marque, on voudrait être remarqué. Mais est-ce toujours vrai ? Certaines personnes ne se reconnaissent pas après un régime ou une opération de chirurgie esthétique et développent des problèmes psychologiques. Si l’image corporelle n’est pas en adéquation avec le schéma corporel, la modification est un échec. Beaucoup de gens refusent également des schémas corporels tels que la vieillesse. Modifier son corps, en prendre possession, peut être un acte de narcissisme, ou un manque de confiance en son image. On pense que tout passe par le corps conte tenu de l’importance accordée à l’image dans notre société. Changer l’image corporelle change-t-il la vie ? La métamorphose a également des limites dont David Le Breton ne tient pas assez compte, même s’il évoque succinctement le fait que la souveraineté personnelle soit limitée.  La loi, la bioéthique cadrent nos actions : on ne peut pas faire ce que l’on veut avec les embryons congelés. La morale freine aussi certaines actions même si certains ont des pratiques morales au-delà du juridique, d’où le développement des communautarismes. La religion codifie également l’usage du corps : le tatouage profane est interdit par le christianisme.
Le Breton évoque les traces réversibles et de celles qui marquent le corps sans rémission. Mais du corps naturel au culturel, il y a des paliers sur lesquels aurait pu s’attarder l’auteur. La modification de l’usage est l’appropriation d’un nouvel habitus potentiel. La modification du soi concerne la rupture, l’innovation. Enfin, la mutation, irréversible, consiste à créer une identité, à s’interroger sur la problématique du genre. Certaines modifications sont provisoires : l’épilation, la teinture, la flagellation,… Mais d’autres sont définitives : la vasectomie, la trépanation, l’avulsion des dents,… Ces marques du corps sont aussi probablement une recherche de spiritualité, Le corps n’est plus symbolique mais individuel. Il n’est plus cadré par la religion. La trace, souffrance, douleur, est effort transcendé, quasi sublimation au sens freudien du terme. Mais jusqu’à quel point peut-on transformer son corps ? Le post-humanisme s’oppose à la bioéthique. Faut il se libérer du déterminisme naturel comme le dit Kant, est-ce la fin de l’Homme pour le post-humain ? Ou bien la dignité de la nature est une valeur, faut-il refuser l’instrumentalisation de l’Homme, instaurer des normes particulières ? L’identité n’est plus substantielle, elle ne forme plus un tout.

Les modifications, forme radicale de communication, affirment une singularité individuelle dans l’anonymat démocratique. On ne veut pas passer inaperçu mais on garde ses distances, déodorant en poche, et piercing à la narine. L’homme métamorphosé n’est pas meilleur que l’homme naturel, qui n’est d’ailleurs qu’un mythe. Le naturel n’est pas synonyme de bon. Mais n’y a-t-il pas d’autres moyens d’exister que l’utilisation pathologique du corps ? Comme une preuve d’engagement, changer son corps, être changeable, mobile, sans réfléchir aux conséquences, c’est aussi dire de manière voilée que l’on est prêt pour le libéralisme.

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Posted by Alexandra Giroux on August 20, 2008

Rencontre avec Amélie Nothomb

Les rencontres du livre sur la place proposaient mercredi 24 janvier à l’Opéra une conférence en présence d’Amélie Nothomb. Les plus chanceux d’entre vous on reçu dans leur boîte aux lettres un carton d’invitation au texte prometteur : « Le phénomène Nothomb, international, fascine la plupart du temps, irrite parfois, mais ne laisse personne indifférent ». Heureusement, la rencontre valait un peu plus que cette petite phrase multi-usage. Certes, il y a six ans, quand Amélie Nothomb était venue pour la première fois, Françoise Rossinot lui avait posé quasiment les mêmes questions, mais l’auteur répond toujours avec autant de patience et d’humour.

Amélie Nothomb est beaucoup lue par les adolescents, probablement parce qu’elle évoque le malaise identitaire. Si certains critiquent cela, elle s’en fiche : « les critiques ne seront jamais aussi méchants que ma grand-mère ! » A 17 ans, alors que cette dernière la rencontrait pour la première fois, elle lui a en effet dit « eh bien ma petite, j’espère que tu es intelligente car tu es vraiment très laide ».

Dans « Biographie de la faim », elle écrit « la faim, c’est moi ». Elle a appris à lire toute seule, toute petite, dans « Tintin » : c’est une bonne méthode, ça peut servir. Une faim qui la pousse à 3 ans à lire la Bible – Jésus est un héros que l’on peut facilement aimer -  et à 6, à dévorer le dictionnaire. A 9 ans, elle découvre « Les Misérables ».

De part le métier de son père, ambassadeur de Belgique, elle déménage de nombreuses fois, vivant successivement au Japon, en Chine, aux Etats-Unis, au Bengladesh, en Birmanie et au Laos. A 12 ans, en Birmanie, pays où tout le monde meurt de faim, elle se fait violer et sombre dans l’anorexie, acte considéré là-bas comme immoral et indescant, quand on a les moyens de manger. Sa maladie a duré deux ans, neuf ans si l’on compte le temps où il faut réapprendre à manger. Buvant des litres d’eau avant de se faire peser, elle aurait voulu qu’on lui dise qu’il y a moyen de s’en sortir. A présent, c’est elle qui peut en témoigner. A 17 ans, elle découvre Nietzsche et le surhomme : « tout ce qui ne m’a pas tué me rendra plus fort ». Un livre salutaire pour elle, « qu’est-ce que je dois être forte » se dit-elle.  Quelque chose qui l’a autant aidé que de traduire « l’Illiade et l’Odyssée », du grec – langue synthétique, au français, même si ce n’est pas donné à tout le monde. L’anorexie faisait tout fondre, même le cerveau. Le Diable est celui qui sépare. Manger sépare le corps et l’esprit. L’écriture est une couture pour les ressouder.

Le rituel d’écriture d’Amélie est connu. Quatre heures, réveil. Un demi-litre de thé très fort du Kenya. La tête explose et la théine est rejetée en encre bic cristal bleu, sur des cahiers d’écolier. Le cycle d’écriture dure quatre heures. S’en suit la correspondance avec les lecteurs. Son bureau ressemble à celui de Gaston Lagaff. La réponse se fait sur le critère de qualité de la lettre et d’effondrement de la pile. Elle reçoit beaucoup de petits cadeaux, si bien qu’elle se dit parfois « Amélie, tu dois manger du chocolat », sinon, il n’y a plus de place.

Ses romans sont toujours courts. « Une chose si atroce ne peut pas durer trop longtemps » déclare-t-elle. Elle ne fait pas exprès. C’est biologique. Ses grossesses durent trois mois. L’avantage est qu’il est facile de relire ses ouvrages pour le plaisir. Peut être qu’un jour il y aura une mutation génétique de la grossesse. Françoise Rossinot espère juste qu’il n’y aura pas de ménopause littéraire.

Amélie Nothomb raconte qu’elle est tombée enceinte de son dernier roman, « Journal d’Hirondelle » suite à une anecdote réelle.  Une « colombe du saint esprit » était entrée dans son appartement, s’est coincée derrière la télévision et est morte (Amélie n’avait-elle pas dit ne pas regarder la télévision ? Est-ce parce qu’elle est si dangereuse ?) Etait-ce du chamanisme, la graine du livre commençait à germer, l’auteur était devenue un instant oiseau, voyant Amélie lui courir après pour la sauver.

« Journal d’Hirondelle » est une histoire d’amour dont les éléments auraient été mélangés par un fou. Tous les livres d’Amélie sont d’ailleurs des histoires d’amour qui ne disent pas leur nom. Celle de son prochain livre finira bien nous confie-t-elle. Ou tout du moins, c’est son interprétation.

L’interview se finit par un petit questionnaire à la Bernard Pivot.
Mot préféré ? Pneu.
Mot détesté ? Hormone.
Drogue préférée ? Le thé.
Son préféré ? La porte qui s’ouvre quand on a attendu longtemps le retour de l’être aimé.
Son détesté ? Le tableau qui grince.
Juron préféré ? Foutre ciel.
Métier le plus horrible ? Comptable.
Désir de réincarnation ? Eponge.
Si Dieu existe, il dirait à Amélie… « Si j’avais eu un enfant, j’aurais voulu qu’il soit comme vous ».

La rencontre a été suivie d’une séance de dédicace sur place avec la participation de la librairie « A la Sorbonne ». De nombreuses personnes n’ont pas hésité à faire longuement la queue, dans l’espoir de repartir avec un gribouillage personnel de l’auteur voire même, un peu de rouge sur la joue. Il fallait en profiter : elle ne fait plus les salons du livre, bonté pour les écrivains qui sont à côté d’elle et que personne ne vient voir.

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Posted by Alexandra Giroux on August 17, 2008

Mell – « C’est quand qu’on rigole » – Sortie le 24 septembre 2007

Mell, 24 ans, 32 dents et un troisième album qui sort le 24 septembre. Ses plaies, c’est du passé, elle vous fait le coup de la panne et voilà dans votre auto radio C’est quand qu’on rigole. Produit par le label Mon Slip, l’album culotté est aux couleurs sanseverinesques du fait de la collaboration d’Hervé Legeay et Gipi Cremonini, guitariste et contrebassiste du chanteur jazzy.

La jeune nancéienne souffle sur les nuages, l’émotion à fleur de plume. Pour cet album réalisé par Christian Olivier, Mell s’est essayée à la musique mais aussi au texte. Elle écrit des mots crus, les crache dans un petit micro et nous fout la trique.

Le son très « scène » de l’album confirme que c’est là que la jeune chanteuse révèle au mieux son talent. Sa prestation scénique au festival « Alors ! Chante… » de Montauban édition 2007 a d’ailleurs été récompensée par le « Prix Félix Leclerc de la chanson », ce qui lui offre son laisser-passer aux Francofolies de Montréal, en 2008.

A ceux qui voudraient voir la pile électrique sur scène, rendez-vous sur http://www.myspace.com/mellturbo pour le détail des dates. Pour les pantouflards, il vous reste son prochain single, « Sans parapluie », pour faire du bien à vos oreilles. Une chanson parfaite pour septembre et un album idéal pour la rentrée !

>> Zicmu – Rentrée 2007

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Posted by Alexandra Giroux on August 15, 2008

Participe présent et adjectif verbal

Le participe présent et l’adjectif verbal peuvent avoir une orthographe différente même s’ils se prononcent de la même façon. Ne pas se tromper, c’est l’assurance d’être crédible lorsque vous rédigez dissertations et lettres d’amour.

D’abord, petit rappel. Le participe présent est utilisé pour marquer une action. L’adjectif verbal montre quant à lui l’état, la qualité. Il est variable, à l’inverse du participe présent. Si vous pouvez mettre le mot au féminin, c’est donc un adjectif verbal.

Quelques exemples tirés du Bled :
* On entend les bêlements naïfs des agneaux appelant les brebis. (E. Pouvillon)
On entend les bêlements naïfs des agnelles appelant les brebis.
* Les ressorts grinçants commencent un petit refrain. (Escholier)
Les roues grinçantes commencent un petit refrain.

Vous n’avez plus qu’à apprendre la liste des principaux mots qui font rien qu’à nous embêter.

Participe présent – Adjectif
communiquant / communicant
extravaguant / extravagant
convainquant / convaincant
fatiguant / fatigant
naviguant / navigant
adhérant / adhérent
coïncidant / coïncident
négligeant / négligent
provoquant / provocant
convergeant / convergent
divaguant / divagant
naviguant / navigant
suffoquant / suffocant
différant / différent
fabriquant / fabricant
vaquant / vacant
déléguant / délégant
intriguant / intrigant
etc. (eh oui !)

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Posted by Alexandra Giroux on August 11, 2008

Rencontre avec Sanseverino, Christian Olivier, Mell et Eddy La Gooyatsh, au festival JDM

Dimanche 27 mai, le fameux festival de Bulligny donnait carte blanche à Mell pour la programmation, l’occasion pour Nancy by night de rencontrer la maîtresse de cérémonie, Sanseverino, Christian Olivier et Eddy La Gooyatsh, avant leur entrée en scène.

Le JDM, festival de musiques actuelles a déserté cette année le « fond du jardin du Michel » pour un terrain moins boueux, afin que les spectateurs puissent écouter les concerts les pieds au sec. Au programme, des artistes connus localement ou internationalement, de Jacques Higelin à Lady brings bad news.

Pour cette troisième édition, la chanteuse Mell a été choisie pour être le fil rouge du festival. Chargée de la programmation de dimanche, elle confie que le choix des artistes n’a pas été simple. Il n’est pas évident de ne retenir que quelques artistes quand les critères sont artistiques et humains. C’est pour cela qu’elle a choisi « d’aider des jeunes artistes » comme Sanseverino – qui aurait copié sa coiffure. Autre fameux invité, le chanteur des Têtes Raides, Christian Olivier, qui réalise  par ailleurs le prochain album de la chanteuse. Mell a notamment rencontré ces différents artistes lors de festivals, même si pour un artiste, ce n’est pas le meilleur moment pour écouter de la musique. Sanseverino préfère garder son énergie pour sa prestation : il écoute ce qui se passe d’une oreille et repart avec un CD si la musique lui a plu.

Christian Olivier explique qu’il est important de soutenir des festivals comme le JDM, qui a vu sa fréquentation baisser cette année. Selon lui, il faudrait qu’il y ait des aménagements pour que les organismes cherchent plus à créer du lien que de la compétition. La musique, c’est toute l’année, et c’est aussi dans les champs. Pour Sanseverino, la scène est une des choses les plus intéressantes du métier. Un enregistrement, qu’il soit CD ou mp3, constitue une partie différente du travail : les gens aiment avoir d’autres souvenirs que ce qu’ils ont enregistré avec leur portable. « Quand je fais un concert, je ne pense pas aux ventes de disques ». Christian Olivier explique que l’on apprend en faisant et que la scène fait travailler le côté écoute et physique. Elle influence ce qui sera fait en studio, tout comme ce qui est fait en studio influence également la scène.

Une heure de silence pour réentendre la musique

En France, il existe actuellement un fossé entre les gens qui vendent beaucoup de disques et ceux qui n’en vendent quasiment pas. C’est pour cela qu’il faut défendre la production, explique le chanteur des Têtes raides. Mais le problème n’est pas forcément lié au mp3. Les gens consomment différemment et autrement : la musique se vend pour la moitié dans les supermarchés. Les bacs à disques sont de plus en plus ridicules et c’est pour cela qu’Internet est important pour diffuser la musique. Le musicien est l’initiateur d’une action qui a lieu pendant la fête de la musique : partant du constat que nous sommes assommés de musique, il propose de la couper pendant une heure, pour  pouvoir mieux la réentendre par la suite. C’est une manière de défendre la musique, tout comme il défend par ailleurs la scène.

En plus de voir Mell en concert, vous pourrez acheter son album « C’est quand qu’on rigole », qui sort à la rentrée. Le temps de finir le mastering et il sera chez les disquaire. Enfin, « s’il reste des disquaires ».

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Posted by Alexandra Giroux on August 11, 2008

The social study of language

Talk is a central activity in social life and language is a crucial issue because it constructs ideas, as well as ideas are constructed by language. The way language is acting in his own right and how people use it has also to be considered. Different kinds of analysis are helpful to understand what is happening in the language. This essay will provide a critical comparison of conversation analysis, discursive psychology, and critical discourse analysis, which all provide a range of complementary and competing approaches to the social study of language. In a first part, these three disciplines will be presented. Then, the way they complete and compete will be highlighted. In a third part, an analysis of the role played by these three disciplines in social studies will be provided.

Conversation analysis (CA) is studying with details the way that people converse with others, how the talk-in-interaction works and how language is performed as a social activity. It is a distinctive analysis of the organisation of every day language use. It provides a “fine grained analysis” of language, or in other words, a micro level analysis. One of the pioneers of this discipline was Sacks who was interested in turn-talking: when people speak and when they do not. The approach is non cognitive. CA examines speech actions such as greetings, invitations, requests, interruptions and so on, in the course of the participant’s interactions. CA shows that talk is part of a context: it is indexical. Talk is also constitutive: it is reflexive. The material used is a very detailed and high quality transcription – called Jeffersonian – made from tape recordings. Pauses, hesitations or stresses on some words can have an important meaning. The analysis is not abstract but comes from the language in use. The analysts observes how categories – from gender to looks – are put to perform social actions – rather than behaviour: the question to be asked is how categories are used in conversation and what people do.

The emergence of Discursive Psychology (DP) in UK in the 1990’s has been strongly influenced by CA. It is a thorough a reworking of psychology and it does not spring from sociology. The focus of discursive psychology is the action orientation of talk and writing. The issue is the social actions or interactional actions being done in the discourse (Edwards and Potter 1992, p.2). DP deals with memory, attribution an identity. It dissects how people report and explain actions and events. DP explores “the situated, occasioned, rhetorical uses of the rich common sense psychological lexicon or thesaurus” (Edwards and Potter 2005, p.241). The analysts have look at ways in which people talk about attitude, memories, emotions, and so on.  Speakers can be seen to accomplish a wide variety of social actions via talk; accounts produced are highly context-specific. It examines as well discourses to highlight how psychological themes are handled. DP focuses on person and event descriptions in both talk and text. The aims are to show how language figures in social process and to ask what the relationship of language is to other elements of social processes. Sometimes, the analysts use visual images, body language, or any kind of semiotic material, for their analysis. In DP, language is not the resource but the topic. The central aim of DP is to analyse the processes of normalization and naturalization and to enquire about whose interests as best served by different discursive formulations

Critical Discourse Analysis (CDA) is an interdisciplinary kind of analysis, finding its roots in CA, linguistics, continental philosophy and so on. Some famous thinkers of this discipline are Fairclough, Wodak or van Dijk. Regarding this method, there is no accepted canon for data collection. The first aim of CDA is to be critical, to discern connections between language and other elements in social life which are often opaque. The focus of CDA is the production and reproduction of power and domination, frequently hidden, through language. In texts, different discourses can struggle to achieve dominance. The analyst focuses on the way categories are created and sustained in the discourses. Subjectively, the positions of the subjects are constructed in the different texts and reinforce thus the power. Objectivity is not achievable. CDA wants to give a voice to the powerless by challenging capitalism, racism or sexism in discourses. This approach of the talk focuses on social problems and is quite political. The analysis should have an emancipator goal, in order to uncover how discourse disadvantages many powerless groups. The work of Michel Foucault is really linked with CDA, as this discipline tries to develop an “archaeology of thought”. The issues of domination and exploitation established and maintained culturally and ideologically, are borrowed from Marx.

This essay has just briefly explained what CA, DP and DCA were. Now, a comparison will show that they have some differences and some similarities regarding both theoretical and methodological areas. First, they complete on some points. They are all concerned with surroundings context of production of talk. All the analysts explore language as a topic in its own right. Data collection is used here, as it is a main method in sociology. In CA and DP, analysts are not interested in what is under language but they want to show how words are put together to do what they do. For all CA, DP and DCA, the basis is a piece of transcribed text. They all examine the accounts of the participants and highlight which functions they perform. Talk as social activity is recognised and how people do things with talk is explored. Another common question is to show how the world is constructed through talk: they all adopt a constructionist position. The last common point is quite cynical but has to be mentioned: they have been accused of triviality because people have said that they were concerned with unimportant matters and that they just added little to existing knowledge (Wooffitt 2005, p.73).

But sometimes, regarding to substantive and methodological issues, these practice compete as well. CA is an own discipline although CDA and DP are two approaches to discourse analysis (DA). Some of this approaches are linked with sociology, others are not. “CA originated in sociology and is still strongly associated with that discipline although it has been influential in other areas such as discursive psychology” (Taylor 2001, p.312).  DP comes from social psychology. CDA is influenced by sociology but by several other disciplines as well. While CA and DP provide a fine grained analysis, CDA is a coarse grained analysis. The transcriptions used are very different: Transcriptions of CA for instance needs more details and has to conform to the Jefferson’s rules. CDA focuses generally on the content, the discourses, the repertoires. CA is not based on the assumptions and beliefs of the analyst; the analysis is unmotivated and starts with the data. On the contrary, a discipline such as CDA has first a theory about power and then looks into discourses and tries to find it in different materials. As it has been shown previously, CA and DP treat discourse as a topic in its own right. On the contrary, CDA considers that discourse is a helpful resource to analyse power. The problem is that sometimes, it misses the performance by focusing only on this topic. CA and to some extend DP are more concerned by the participants. On the contrary, CDA is more concerned by the analyst. As CA focuses only on talk, CDA and DP consider texts and even visual materials. CA is not concerned with rhetoric whereas DP and CDA consider the rhetorical organisation of what is said. CA forgets and ignores the context but DP and CDA are interested in it. CA is an objective discipline although CDA is more subjective. CA, DP and CDA have different links with the concepts of “social action” and “action orientation”. CA is interested in talk as social action: how people use categories, how order is achieved. DP is more action orientated, for instance it can study the way people use emotion as a justification of what they have done. CDA is concerned neither with social action, nor with action orientation because it tries to link with wider social-structural issues.

Understanding how CA, CDA and DP are competing and completing leads to analyze the role played by them in the social studies. The study of language is essential to understand social issues in a myriad ways. The question to be asked is what is the nature of social order in the world? Sociology helps to understand our world, to unpack it, and thus to make it better. Language is a determining fact in social relations and a good understanding of it is important to be able to position oneself in the relation with the others. All these disciplines are complementary, they undermine one other and the tension between them is productive. In any case, it is impossible to achieve “the” truth because it does not exist. The critic is always possible and may be necessary sometimes. For instance, CA is not guessing but it uses very precise steps which can be used if a researcher wants to make a critics. More than just being a theoretical subject, these practices can help us, on really pragmatic issues. For instance, Potter has helped understanding public disturbances during the Bristol riots (Wooffitt 2005, p.75). So, these disciplines are not exclusively concerned with the routine but can be exploited to explore important matters. In the same way, CDA deals with the way psychology can be used to damage people’s lives and how a marginalisation can be seen as a pathology. So, the study of language helps us to have a better understanding of our society and each discipline will focus on one aspect of it.

But, it is important to be aware that all these theories have their limits. All this discipline can and should work together. If one is weaker, the other one can compensate it. For instance, CA can help to understand power: how it is generated, collaboratively produced and normatively organised. CDA is critical of CA methodology, arguing that to fully understand how language works it is necessary to draw from wider and political context. It can be argued as well that CA is challenged by qualitative methods such as CDA or DP. CDA, buy trying to find power everywhere, may sometimes have a wrong interpretation of the facts. Moreover, the critique is not always accomplished. We can also point out that CDA, rather than focusing on discursive practice, is usually more concerned with abstract discourses. If some sociologists want to work on power, it could be interesting for them to use CA and CDA: CA alone is not enough because it forgets the context but added to the analyse of repertoires, it can really help to understand a text. It is too naïve to believe that discourses will help to completely understand our society. For instance, analysing only discourses and repertoires offer an impoverished view of human conduct. All these disciplines have to work with other social studies to achieve the goal of a better understanding of life.

Language is the mirror of our society. The more it is fully apprehended, the more the society is understood. Different disciplines can help to comprehend talk. Each of them has their specificities: CA for talk-in-interaction, DP for memory and emotion, CDA for power. Sometimes, CA, DP and CDA are competing, but sometimes they are completing in the social study of language. Although all concerned with surroundings context of production of talk, they all have quite different approaches of these texts. So, it is important to use all their potential to dissect the different hidden issues. They should sometimes work together to take the biggest benefit, even if it is important to always have an auto-critic method. Studying the language is important to get some insight of the social studies but it is not enough. That is probably why sociology contains several different interdisciplinary subjects.

References:

Edwards, D and Potter, J. Discursive psychology, mental states and descriptions in Molder, H and Potter, J. 2005. Conversation and cognition. Cambridge: Cambridge University Press.
Edwards, D and Potter, J. 1992. Discursive psychology. London: Sage Publication
Wetherell, M and Taylor, S and Yates, S. 2001. Discourse as Data: A guide for Analysis. Walton Hall, Milton Keynes: The Open University
Wooffitt, R. 2005. Conversation analysis and discourse analysis. London: Sage Publications

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