L’Enfant (Luc et Jean-Pierre Dardenne)
Un film de Luc Dardenne et Jean Pierre Dardenne
Avec Jérémie Rénier, Déborah François, Jérémie Segard, Fabrizio Rongione et Olivier Gourmet.
Durée : 1H35
Date de sortie : 19 octobre 2005
Tout commence sur le tournage du dernier film des frères Dardenne. Les réalisateurs sont interpellés par une jeune femme qui pousse un landau, effectuant seule des allers retours. L’absent de cette situation, le père, deviendra quelque mois plus tard le héros du film l’Enfant.
Six ans après Rosetta, les réalisateurs remportent pour la deuxième fois une palme d’or pour ce film brut et sans fioriture. Ces anciens documentaristes nous présentent en effet le quotidien de Sonia et Bruno, deux jeunes paumés qui viennent d’avoir leur premier enfant. Son prénom, « Jimmy », sonne comme l’espoir d’une vie meilleure, les consonances renvoyant aux séries américaines où l’on ne connaît pas la souffrance. Sonia accole tout de même à celui-ci le prénom « Nicolas », appartenant au grand père de Bruno, comme pour montrer néanmoins son attachement à la lignée. Mais comment élever un enfant lorsque soi même on joue encore à se faire des croches pieds ou à se chamailler ? Autant Sonia fait preuve d’une faculté d’adaptation impressionnante, témoignant d’une inattendue maturité, autant pour Bruno, un bébé n’est qu’un bien matériel de plus. Idéal pour dormir plus facilement en foyer d’hébergement, gagner plus aisément de l’argent en faisant la manche, Jimmy n’est pas considéré par son père comme un sujet mais comme un objet.
Puisqu’il faut bien gagner sa croûte et que « travailler c’est pour les cons », Bruno décide un jour de vendre l’enfant à des receleurs. « Qu’est ce que je t’ai fait ? » demande Bruno face à la réaction violente de sa compagne, « Je pensais qu’on en referait un autre ». Mais le jeune homme ne pense pas mal, il n’en a pas les moyens. Hors de la réalité, il envisage son quotidien en blouson de cuir, dans un cabriolet, avec toujours du liquide « frais » sur lui. Son objectif n’est pas de faire le mal puisqu’il ne semble même pas avoir conscience de ce que sont les valeurs.
Ce film porte bel et bien la signature dardenienne : colorations de plusieurs mois, objets cachés dans les bois, eau glacée, cuisine sommaire, route bruyante et tous ces petits détails qui nous ramènent à la difficile réalité. Mais malgré le pathétique de l’histoire, les deux réalisateurs ne tombent jamais dans l’excès, nous épargnant le risque d’un côté trop mélodramatique. Toujours précis, leur regard montre avec justesse, sans jugement, l’histoire d’un petit cocon perdu dans une effrayante Belgique.